Interview

Exsonvaldes

par Jeff, le 27 août 2009

Y'a pas à dire, les mecs d'Exsonvaldes sont des gens à l'emploi du temps bien chargé. Les quelques questions posées ci-dessous ont végété dans la boîte mail de Simon, chanteur du groupe parisien, pendant plusieurs semaines avant que les réponses ne nous parviennent. En même temps, venant d'un mec à la tête d'une formation qui a mis cinq bonnes années pour accoucher de son second album, c'était plutôt logique... Quoi qu'il en soit, ne boudons pas notre plaisir, car notre homme est plutôt du genre loquace, et il nous apporte ici des éléments d'information bien précieux sur l'élaboration de Near the edge of something beautiful, le travail du producteur Alex Firla, les comparaisons avec les Girls in Hawaii ou les ambitions du groupe.

Goûte Mes Disques: Cinq années pour accoucher d'un second album, c'est très long. Peux-tu nous retracer le parcours qui vous a menés jusqu'au studio pour y enregistrer Near the Edge of Something Beautiful?

Simon: C'est un parcours assez tortueux. D'abord nous avons beaucoup tourné après la sortie de Time we spent together, tout en commençant à écrire notre deuxième album en parallèle. Deux ans après la sortie du disque, nous commencions à avoir une idée assez précise de ce à quoi il pourrait ressembler. Mais, n'ayant pas l'intention de retravailler avec Noise Digger sans pour autant avoir activement recherché de nouveau label, nous étions un peu seuls. C'est à ce moment que nous avons rencontré Alex Firla, le réalisateur. Il avait envie de faire le disque, nous aussi, on a donc décidé de se lancer dans l'enregistrement, et de chercher ensuite un label. Il est donc producteur du disque avec nous. On est parti un mois à la campagne, en été, pour commencer les prises de l'album, avec Alex, et Patrick, notre ingé son live. Je crois qu'on a pensé à un moment qu'on finirait ce disque en un mois ou deux. En fait, ça nous a pris presque 2 ans ! Nous n'avions pas de deadline, on a donc évidemment changé d'avis cent fois sur tout les aspects du disque. C'était le risque. On a terminé les prises et le mixage à Paris, dans le studio d'Alex, puis on est allé à Londres pour le mastering. Nous avions enfin un disque, mais pas de label. On a discuté avec pas mal de labels pendant presque un an avant de signer avec Volvox Music. Et là il fallait encore préparer la sortie du disque, faire la pochette, etc. Alors que toutes ces choses se font en général en parallèle de l'enregistrement. C'est surtout ça qui explique tout ce temps je pense. Et puis comme on est un peu indécis et perfectionnistes en même temps, on a encore pris un peu de retard pour retourner en studio enregistrer une nouvelle version de "Lali", un an après. Mais finalement on est contents du résultats, tout ça valait le coup…

GMD: En ouvrant votre album avec "A Day Like Today", n'aviez-vous pas peur d'envoyer un 'mauvais' signal à l'auditeur, qui pourrait penser que vous êtes un ersatz de Girls in Hawaii, aujourd'hui très populaires dans l'Hexagone,  alors que le reste de l'album n'est pas représentatif du premier titre, aussi réussi soit-il.

Simon: Je trouve que le titre est quand même assez représentatif, même si oui, s'il doit y avoir un titre qui sonne Girls in Hawaii, c'est bien celui-là. Mais on aime beaucoup GIH, ce sont de bons amis à nous, donc pas de problème. Pour le tracklisting aussi on a changé plusieurs fois d'avis. On a enlevé un titre au dernier moment. Mais je trouve que "A day like today" est le bon titre pour commencer. Il donne quelques pistes, mais ne dévoile pas tout. Tout en étant plutôt simple, et mélodique.

GMD: A choisir, préférez-vous être considérés comme les Death Cab For Cutie français ou les Girls in Hawaii français?

Simon: A choisir, on aimerait bien un jour ne plus avoir besoin d'utiliser le nom d'un autre groupe pour parler de nous. Mais j'aime bien les deux, pour des raisons différentes. On est très proches des GIH, avec qui on partage beaucoup d'influences. Après, DCFC, c'est les Etats-Unis, ça fait forcément plus fantasmer que la Wallonie !

GMD: Visiblement, la rencontre avec Alex Firla a été déterminante. Sans lui, pas d'album tel qu'on le connaît aujourd'hui? Qu'a-t-il apporté qui manquait au groupe?

Simon: Il nous a complètement décomplexés. Il a cassé nos codes, nos réflexes, et nous a appris à trouver le fil directeur de chaque morceau, celui qu'il ne fallait pas avoir peur de suivre jusqu'au bout pour affirmer l'identité de chaque titre, sans se soucier de la cohérence de l'ensemble. Il nous a appris à ne pas avoir peur de nos idées.

GMD: Plusieurs titres intègrent une composante électronique. S'agit-il là d'une voie que le groupe ambitionne d'explorer plus encore à l'avenir?

Simon: Oui, mais on ne revendique pas d'évolution particulière de ce côté-là. Pour nous, l'ordinateur est un instrument comme un autre, un outil. On va tester une programmation de batterie sur un break comme on pourrait tester un arrangement de violoncelle.

GMD: Es-tu d'accord pour dire qu'en 2004 comme en 2009, Exsonvaldes était à l'image de ses pochettes: plutôt linéaire et terne sur Time We Spent Together, et bigarré et flamboyant sur Near the Edge of Something Beautiful?

Simon: Plutôt d'accord, même si "terne", c'est un peu violent! Mais avoir une pochette à son image, c'est un peu le but d'une pochette de disque, non ?

GMD: Aujourd'hui, vous jouez à Paris dans de grandes salles mais vous faites également de nombreux concerts en appartement. Une préférence entre ces deux lieux pour le moins diamétralement opposés?

Simon: Je crois que les deux sont essentiels pour nous maintenant. Avec les concerts en appartement, on a vraiment découvert une nouvelle façon de communiquer, entre nous et avec les gens. C'est une expérience qui nous fait vraiment progresser. Mais on ne donne pas le même concert en appartement ou dans une salle, donc les concerts "normaux" restent très importants pour nous aussi. D'autant qu'on a encore aussi beaucoup de choses à découvrir et à travailler de ce côté-là.

GMD: Et peut-être un petit plaisir avant une nouvelle étape dans la notoriété? Justement, avec une musique comme la vôtre, jusqu'où pensez-vous pouvoir aller en termes de succès commercial et populaire? Penses-tu justement qu'un groupe comme Exsonvaldes pourra avoir un jour l'aura d'un Death Cab For Cutie (pour reprendre un groupe qui vous ressemble), chouchou des universités US et playlisté dans de nombreuses sitcoms pour ados?

Simon: C'est difficile à dire. On aimerait évidemment bien avoir un succès à la Death Cab, ou une histoire à la Phoenix. Mais les places sont chères ! Pour l'instant, on fait notre chemin, et on continuera tant qu'on aura des choses à raconter, et suffisamment de motivation. On verra ou ça nous mènera !

GMD: On arrive à la moitié de l'année, quels sont les disques qui t'ont le plus marqué?

Simon: L'album de Phoenix, justement. Je trouve que c'est un groupe hyper intelligent, et pour autant très accessible. Un groupe malin ! J'ai aussi pas mal écouté Bat for Lashes, Dan Deacon, et Soap & Skin. Plus récemment, Mew, et Ghost Society, un groupe d'amis danois.

GMD: Et ceux-ci seraient-ils susceptibles d'avoir une influence sur un hypothétique prochain album?

Simon: Oui, sans doute un peu, mais pas forcément beaucoup. On commence à avoir une vision assez précise de notre musique, forgée au fur et à mesure des années. On a déjà commencé à écrire notre troisième album, on va essayer d'aller beaucoup plus vite que pour le deuxième.

GMD: C'est également la période des festivals d'été. Si Exsonvaldes pouvait programmer son propre festival, où celui-ci aurait-il lieu et qui verrait-on y défiler?

Simon: Il aurait lieu au soleil, avec Phoenix, Death Cab for Cutie, et une reformation exceptionnelle de Chokebore ! Ou alors peut-être un festival en appartement...