Brice Coudert (Weather Festival / Concrete Paris)

cuisiné par Tristan le 31 mars 2014 | publié le 6 juin 2014

Le nom ne vous dit peut-être pas grand-chose mais c'est pourtant un des organisateurs des soirées dont tout le monde parle depuis deux ans, de Tsugi aux magazines féminins - non, ce n'est pas la même chose, arrêtez les mauvaises langues au fond de la salle. Nous sommes donc allés à la rencontre de Brice Coudert, un des quatre fondateurs de la structure Concrete, dans leurs locaux du 19ème, alors même que Paris s'apprête à vivre un weekend qui s'annonce enthousiasmant avec la deuxième édition du Weather Festival, dont il est l'un des instigateurs.

Goûte Mes Disques : Tu pourrais nous parler un peu de l'évolution de la Concrete ?

Brice Coudert : En gros, le projet est l'affaire de quatre associés, Aurélien, Adrien, Pete et moi. On était deux groupes d'amis qui se sont rencontrés, et dont le point commun était de vouloir créer quelque chose de frais à Paris. A l'époque on se retrouvait dans des teufs de 300/500 personnes, où on connaissait un peu tout le monde, et on s'est dit qu'on avait envie d'aller chercher un peu plus loin. Dans un premier temps on a monté une structure qui s'appelait Twsted. On avait monté une première soirée à Mairie de St-Ouen, ça nous a plu et du coup on y a vite pris goût et eu envie de développer ce truc. On avait dans l'idée de faire un lieu différent à chaque nouvel event, et c'est en cherchant un nouveau spot qu'on était tombé sur le bateau qui sert aujourd'hui à la Concrete. Au bout de 3 Twsted, étant donné que ce projet était voué à se déplacer dans différents lieux, on s'est dit qu'on allait monter un autre projet plus stable sur le bateau, avec une approche plus "pro" et plus "club". C'est comme ça qu'est né Concrete.

GMD : Vous faites partie des premiers clubs sur la région parisienne à avoir développé des events de jour...

Brice Coudert : A l'époque les afters sur Paris avaient mauvaise réputation. C'était souvent des trucs un peu dark dans des clubs bizarres, avec des gens pas toujours recommandables. La Sundae est arrivé à ce moment-là, et a proposé des événements le dimanche après-midi super cools, à l'époque où les Terrassa, la teuf dominicale des années 2000 commençait à un peu moins bien marcher. Les Sundae ont été une vraie bouffée d'air et nous ont prouvé qu'à Paris, il y avait un vrai public, et une vraie demande sur ce genre d'événement. On a donc pris le risque de proposer un format All Day Long à une époque où ça se faisait pas du tout. Notre spot étant assez aéré et lumineux, on savait qu'on pouvait se permettre de proposer ce long format, tout en gardant une atmosphère sympa. L'idée était également de proposer des line up équivalent aux meilleurs clubs européens, et ne pas se contenter de faire venir les gens pour boire un verre sur la terrasse. On voulait un vrai club de jour, capable d'être au niveau des grandes institutions européennes.

GMD : Ça a dû demander une certaine adaptation de la part du public club, tout de même plus habitué à des events de nuit, non ?

Brice Coudert : C'est plutôt nous qui avons adapté notre format. Dans le fond, on aurait pu rester sur de simples après-midi. Mais en ouvrant à midi ou quatorze heures, les gens commencent à arriver à seize heures, l'endroit se remplit doucement et le temps que ça se remplisse l'ambiance ne sera réellement au top qu'à partir de 18 ou 19 heures. Alors que lorsqu'on ouvre dès sept heures du matin, tout le monde est encore chaud de la soirée précédente, et les gens qui ont dormi le samedi savent dès leur réveil que la fête bat déjà son plein à Concrete. C'est aussi pour ça que sur les nuits, on a choisi de commencer nos soirées très tôt, dès vingt heures : plus on ouvre tôt, plus on augmente les chances de faire une teuf qui gagne en intensité tôt – et c'est gagnant-gagnant autant pour le public qui se déplace que pour l'artiste qui joue en définitive.

GMD : Ça a dû vous apporter un public un peu moins pointu musicalement ce genre d'organisation, non ?

Brice Coudert : Oui, et c'était l'objectif. Pour m'être frotté presque dix ans aux nuits parisiennes, je suis le premier à savoir qu'il y a eu des trucs incroyables où je me suis éclaté comme les teufs Freak' N' Chic au Zèbre de Belleville, les Katapult ou pas mal de soirées au Rex, mais au bout d'un moment, tu te rends compte qu'à chacune de ces fêtes, c'est tout le temps les mêmes personnes que tu vois. Que tout le monde est éduqué musicalement, et que ça c'est cool, mais qu'à un moment tu tournes un peu en rond en ne rencontrant pas vraiment de nouvelles personnes. On voulait vraiment élargir ce cercle, sans en vulgariser le sens, et la clé finalement on l'a trouvée en allant chercher du côté des gens qui n'écoutent pas cette musique. Vu que le nombre de clubbers était trop limité, il fallait en créer de nouveaux, en les éduquant musicalement avec la musique qui nous plaisait.

GMD : Ca reste pourtant assez pointu comme affiches. Presque élitiste finalement !

Brice Coudert : Musicalement parlant, oui c'est élitiste car on veut vraiment faire venir les meilleurs artistes. Par contre on est prêt à partager cette culture avec tout le monde. Et tant pis si ça déplaît aux puristes : je préfère voir des jeunes faire la teuf en écoutant Ben Klock ou Derrick May, plutôt que sur Skrillex ou Aviicii.

GMD : C'est difficile d'attiser la curiosité des néophytes avec des noms qu'ils ne connaissent pas forcément ?

Brice Coudert : Au départ, on a attiré les gens avec notre concept de fête un peu déjantées le dimanche. Les gens y ont pris goût et mine de rien, sans s'en rendre compte, se sont fait l'oreille musicalement. Aujourd'hui même quand les gens ne connaissent pas les artistes programmés à Concrete, ils se disent que si on les fait venir, c'est qu'il y a sûrement une raison. On a créé un rapport de confiance avec notre public au fur et à mesure. Le Weather Festival c'est un peu l'aboutissement de cette confiance : j'estime que ce n'est pas normal qu'à Berlin la techno fasse partie de la culture locale, qu'à Lyon la mairie contribue au financement des Nuits Sonores et qu'à Paris on ait rien de cette ampleur alors que la musique électronique est aujourd'hui omniprésente. La musique électronique aujourd'hui ce n'est pas que le clubbing, elle touche vraiment tous les styles. Ça n'est pas un genre en soit. Lorsque l'on invite Underground Resistance, Moritz Von Oswald ou Mount Kimbie à l'Institut du Monde Arabe comme on le fait cette année, qui ont respectivement des influences soul, dub, afrobeat ou pop, c'est vraiment dans l'optique de casser les préjugés et montrer que la musique électronique a aujourd'hui de multiples facettes.

GMD : A ce sujet, c'est inattendu d'avoir pioché Mount Kimbie pour l'un des gros noms de la Weather de cette année, là où le line-up de l'an dernier était plus strictly techno. C'est une façon de différer votre travail de programmation par rapport à la Concrete ?

Brice Coudert : Pour être honnête, autant l'année dernière on était un peu limité à plein de niveaux, autant cette année, on s'est éclaté et avons réussi (sur le papier) le festival idéal (selon nos goûts). On aurait pu booker des noms comme ça dès l'an dernier si on avait eu les structures et des lieux qui se prêtaient à ce type de performances live. La première édition du festival nous a permis de faire nos preuves et d'avoir accès à des super lieux pour cette seconde édition. Du coup, quand on a un lieu comme le parvis de l'Institut du Monde Arabe, ça nous donne le cadre parfait pour proposer un événement culturel et basé sur de la musique un peu moins dancefloor. On est capable d'aller très loin musicalement avec Weather, et d'en surprendre plus d'un.

GMD : Tu peux nous parler des contraintes que ça apporte d'organiser des événements dans des endroits aussi atypiques ?

Brice Coudert : C'est vraiment une galère (rires). On a mis deux ans à obtenir l'autorisation de nuit pour Concrete, et il a fallu faire avec tout ce que la loi française impose comme normes de sécurité, avec à la clé des travaux et pas mal d'argent investi. C'est laborieux mais au fur et à mesure on arrive à avoir ce qu'on veut.

GMD : Tu peux nous parler de l'agence de booking et du label que vous avez créés?

Brice Coudert : Ca rentre vraiment dans notre projet global. On veut vraiment pousser nos artistes et créer une vraie scène parisienne, et ça marche assez bien : François X était en Argentine récemment, Cabanne en Roumanie, Antigone joue la semaine prochaine au Berghain à Berlin, S3A aux Nuits Sonores... Lorsque l'on parle musique électronique aujourd'hui, la France est pas forcément le premier pays qui vienne en tête. Et on aimerait que ça le devienne. L'agence de booking nous sert donc à pousser nos artistes, et le label à faire découvrir la musique qu'on aime, en mettant un gros focus sur des artistes français comme Voiron, Ben Vedren...

GMD : Tu peux revenir un peu sur les problèmes de l'année dernière au Weather?

Brice Coudert : Vu que c'était la première édition du festival, c'était pas si facile de trouver des lieux assez spacieux. On s'est retrouvé à bosser avec un propriétaire pas honnête qui nous a loué sa salle (le Palais des Congrès de Montreuil) pour que le jour de l'événement on apprenne que la climatisation ne marchait pas, et qu'il nous était interdit de laisser les gens accéder aux points d'eau gratuits. Du coup il faisait 45 degrés dans la salle, et les gens buvaient de la bière pour se désaltérer. C'était assez apocalyptique mais du coup ça a créé une atmosphère extrême et unique. Et je suis sûr que dans quelques années on me parlera encore de cette teuf tellement c'était dingue. On est en procès actuellement avec le propriétaire du Palais des Congrès, et pas mal d'autres entreprises à qui il a fait le même coup que nous nous ont rejoint pour porter plainte. Bref, cette année, au parc des expositions du Bourget, ça sera une autre histoire. 100 000 m2 dont la moitié en open air, 80 points d'eau gratuits... Ça devrait être largement plus confortable que l'année dernière.

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