Wiegedood

De Doden Hebben Het Goed II

Simon

Il suffisait de voir la vague sur laquelle surfent tous les membres du collectif Church of Ra pour savoir que le deuxième album de Wiegedood allait cartonner. Aujourd’hui considéré comme l’un des plus gros produits d’export en partance de Flandre, le crew à l’habitude de travailler dans un triangle formé par le black metal, le hardcore et les musiques électroniques obliques. Une bande de mecs sympas donc dont les membres se retrouvent autour de projets aussi bien cotés que Amen Ra, The Black Heart Rebellion, Oathebreaker ou Treha Sektori. Wiedegood, c'est donc une sorte de super groupe qui rameute le guitariste (Gilles Demolder) et le batteur (Wim Coppers) d'Oathbreaker ainsi que le bassiste d'Amen Ra, devenu chanteur pour l’occasion. Et quand on connait un peu de quoi sont capables tous les groupes cités plus haut, on sait d’avance que le deuxième album du projet va forcément faire mouche. Quatre titres de black metal qui blastent comme en 40 mais qui incarnent toute la modernité du genre : de la tenue exemplaire de la composition à la propreté de la retranscription propre à nos amis flamands en passant par une compréhension parfaite de ce qui est demandé à un groupe de post-metal en 2017, De Doden Hebben Het Goed II ne prête le flanc à aucune critique. Comme quoi, il n’y a pas qu’en cyclisme qu’on cartonne.

Weeping Sores

Weeping Sores

Simon

Considérer Weeping Sores comme un petit poucet car on tient ici leur premier EP/album tiendrait de l’insulte, et ce pour la simple raison que derrière ce trio se cache le frontman de Pyrrhon, soit l’un des meilleurs groupe de death-metal de New York. Initialement conçu comme un projet solo où Doug Moore aurait enfin pu enregistrer ses propres morceaux de guitare (il n’est en effet « que » chanteur dans Pyrrhon et Seputus), Weeping Sores a vu le batteur des deux groupes précités ainsi que la violoniste Gina Hendrika Heygenhuysen se joindre au projet pour progressivement aboutir à ces quatre titres qui agitent aujourd’hui quelque peu la toile. Et pour cause, on n’avait plus entendu un projet de funeral doom/death mélodique aussi engageant depuis des années. Les blast beats sont désormais devenus des batteries roulées, une danse s’est formée entre la lourdeur et le bourdonnement death/doom des guitares et l’air gracile d’un violon plus ou moins discret. Les voix, elles, sont lentes, gutturales ou éthérées (cette intro de « Coward » <3) et planent comme une toile de tristesse au-dessus de ces quatre titres cathartiques, baignés dans une jolie enveloppe DIY. « My goal was to write simple, instinctive music with an emphasis on songwriting over invention or brutality. On some level, I think I wanted to make a singer/songwriter record. But since I have no idea how to do that sort of thing, it became a metal project instead». Touché.

Culte Des Ghoules

Coven

Simon

Ceux qui découvrent le groupe avec cet album riront probablement au moment de découvrir ce patronyme ô combien ridicule, et pourtant Culte Des Ghoules figure en première ligne au moment de citer les groupes de black metal les plus influents de Pologne. Henbane, sorti en 2013, était une vraie bombe, et on s’arrête là avec l’introduction parce qu’il y a beaucoup (beaucoup) de choses à dire sur cette nouvelle livraison. Tout simplement parce que Coven ne se veut pas comme un « simple » double-album mais avant tout comme une pièce de théâtre. Une représentation en cinq actes allant de onze à trente (!) minutes chacun, initialement intitulée « Coven, Or Evil Ways Instead of Love » et qui parle de quête spirituelle et de désir de mort. Un programme d’autant plus marrant que ça cause de Satan partout. On se retrouve donc avec un casting de six personnages – de la tireuse de carte au paysan – tous incarnés de manière différentes par un chanteur forcément au-dessus de la moyenne. Et pour le coup, Coven irradie dans sa volonté de proposer un produit bigger than metal. Culte Des Ghoules atteint sans mal une densité narrative très appréciable, couplée à un black metal sataniste qui rappelle le meilleur des débuts de Beherit ou Mayhem. Du vrai rock’n’roll impie, qui possède un paquet de tours de cons (à commencer par une performance vocale absolument mémorable) pour amener l’auditeur dans des recoins sombres et lugubres. Seul bémol, qui est finalement le défaut de toutes ses qualités, une longueur qui peut décourager (un dernier titre de trente minutes, sérieusement ?) mais qui ne devrait pas constituer un point bloquant pour tous les amateurs de rituels black en bonne et due forme.

Warbringer

Woe To The Vanquished

Simon

Dix ans de carrière, cinq albums et un line-up aussi stable que l’équilibre politique en Irak : Warbringer a aujourd’hui tout du vrai groupe de vétérans. Mais si on parle de Woe To The Vanquished, c’est que le groupe sort peut-être (sûrement même) son meilleur album, en même temps qu’un candidat plus que valable au trône du disque de thrash metal de l’année. Peut-être parce que les Américains ont aujourd’hui compris que le revivalisme thrash ne peut se contenter de singer les recettes du passé – même si le dernier effort de Lich King pourrait servir de rare contre-exemple – et qu’il s’agit aujourd’hui d’y ajouter un peu de modernité pour survivre aux fantômes du passé. Et que dire sinon que Warbringer a tout compris en étendant sa palette à des influences black (l’incroyable final avec « When The Guns Fell Silent ») death, mélo ou prog. Si bien qu’avec la technique de ce nouveau guitariste (on est jamais loin de la maestria d’un Jeff Waters, vraiment) et toute l’énergie d’un groupe renouvelé, Woe To The Vanquished résonne vite et fort comme le disque de référence que tout le monde attendait cette année. L’un des immanquables du genre de ce premier semestre (aux côtés du Conformicide de Havok et du Nightmare Logic de Power Trip).

Lorn

Arrayed Claws

Simon

Il est devenu impossible pour nous de passer à côté de la moindre sortie de I, Voidhanger Records tant le label italien est devenu un crack de la curation metal indépendante. Qu’il s’agisse de Spectral Lore, Skáphe, Howls of Ebb, Mare Cognitum ou Ecferus (pour ne citer qu’eux), la structure ne cesse d’impressionner en envoyant foule de groupes de qualité supérieure sur le devant de la scène. Et de ce qu’on peut entendre sur ce Arrayed Claws, Lorn ne devrait pas faire exception à la règle. Avec ses cinq titres absolument électriques et dissonants, le black metal des Italiens frappe un grand coup dans la ruche, faisant étalage d’une personnalité forte au sein d’une scène parfois marquée par son immobilisme. La recette est simple, tout tient dans l’ambiance. Une ambiance balancée, d’une part, entre du riffing véloce, atonal, ultra-technique et dissonant, et de l’autre par de vraies belles sections ambient. Cela donne rapidement un produit délicieusement psychédélique, moderne et singulier. Un disque électrique qui tombe très rapidement dans l’oreille, malgré une capacité de réécoute appréciable.

The Great Old Ones

EOD: A Tale of Dark Legacy

Simon

S’il y a une chose qu’on ne pourra jamais reprocher aux Français de The Great Old Ones, c’est leur inflexible volonté de faire de l’obscurantisme narratif en reprenant pour cela les thèmes de l’inévitable H.P. Lovecraft. Un choix absolument pertinent quand on sait que le black metal n’a jamais été loin de l’hôpital psychiatrique, de la relation douloureuse avec son intérieur et de la difficulté à entrevoir sainement le rapport au monde extérieur. Une sorte de monde dans le monde, effrayant par nature, nihiliste et total. Un mythe de Cthulhu comme un autre. Signée aujourd’hui sur le très respectable Season of Mist, EOD : Tale of Dark Legacy est cette nouvelle post-metal réécrivant le Cauchemar à Innsmouth du maître américain : trois quarts d’heure en compagnie d’un personnage principal qui va petit à petit devenir cinglé, croisant la route des mythologies les plus sombres (coucou Dagon) et des demi-mondes les plus perchés. Pour ce faire, trois guitares, une voix hurlée d’outre-tombe et ne sont pas de trop pour retranscrire les horreurs mentales subies par notre infortuné voyageur. Une œuvre black à souhait, infusée de manière légère mais persistante par des accents shoegaze ou doom, flippante par nécessité, suffocante et sombrement lyrique. Un bien beau disque, sérieux à tous les niveaux (dont la production pour le moins cryptique vous demandera probablement une adaptation au début) qui se raconte comme un obscur conte au coin du feu. Pour être sûrs que l’horreur survive toute la nuit.