Inquisition

Bloodshed Across The Empyrean Altar Beyond The Celestial Zenith

Simon

On pouvait se demander si après sept albums studio, la formation américano-colombienne allait enfin se décider à changer son fusil d’épaule, proposer ne serait-ce qu’une once d’évolution. Et bien la réponse est non, Inquisition revient pour faire du Inquisition comme il sait en faire depuis vingt ans. Et pour être honnêtes, ça nous arrange tant cette machine black metal-là cartonne à tous les étages. On est donc reparti pour nous envoyer un camion rempli de riffs d’exception, de riffs thrashy, de riffs sataniques. Ces deux-là, ou Dagon à tout le moins), ne savent faire que ça - et c’est d’ailleurs tout le cœur de cette formation : balancer de la guitare épique sans faiblir, reprendre le metal là où il commence véritablement sans se soucier du reste. On laisse la guitare bass pour les groupes de post-punk et on martèle à tous va sur des coulées continues de riffs légendaires, absolument black metal dans leurs dissonances mais bien aidées par les origines thrash du groupe. Ça groove forcément comme jamais (enfin comme toujours dans le cas d'Inquisition), ça ne s’arrête quasiment jamais et surtout ça ne manque jamais d’inspiration et déatmosphère pour écrire des vrais grands titres de metal sombre. Rajoute à ça la voix de Dagon qui s’enfonce la canette de Red Bull toujours plus loin dans la gorge au moment de prendre le micro (ceux qui sont rebutés par les voix monotones et démoniaques à la Abbath, il va falloir vous y faire) et tu obtiens le nouveau disque d’une des formations les plus essentielles du game américain. Un classique, un de plus.

Ghoul

Dungeon Bastards

Simon

Si les membres de Ghoul ont la volonté de rester anonymes depuis quinze ans, on sait aujourd’hui que les membres présents ou passés ont fait partie de groupes aussi essentiels que peuvent l’être Wolves In The Throne Room, Impaled, Exhumed, Phobia ou Dystopia. Un sacré line-up potentiel qui va du sludge au black metal en passant par le death metal, le grindcore ou le crust bien sale. Et contre toute attente, Ghoul choisit de délaisser toutes ces franges métalleuses pour mieux s’inscrire dans un bon vieux thrash metal des familles. Peu importe finalement car, en matière de coolitude, Dungeon Bastards est au sommet de son art. Trente-cinq minutes de riffs forcément rapides, mélodiques et abrasifs qui sonnent souvent comme le délire d’une bande de collégiens : avec ses chœurs hardcore-punk, son caractère hybride (le chant parfois death-metal et le click de ses batteries qui évoquent le grindcore indé) et son innocence, Ghoul est un véritable vent de fraîcheur dans l’actualité metal. Surtout qu’une fois dépassée la coolitude universitaire du tout, on sent très vite que le groupe n’est pas formé que de perdreaux de l'année. Les riffs sont malins, pleins d’énergie et le tout est structuré avec une intelligence qui ne peut être que le fruit de vieux briscards. Dungeon Bastards se danse en tapant des pains dans le vide et ses refrains se crient à s'en faire péter les cordes vocales. Un disque court quoiqu’excellent, qui devrait rappeler un paquet de souvenirs à une bonne partie d’entre vous.

Palehorse

Looking Wet In Public

Quentin

Cet album de Palehorse est d'autant plus jouissif qu'il est la dernière chose qu'on pourra entendre du groupe. Dans la foulée du Brexit, le groupe anglais annonce qu'il se sépare avant même d'avoir pu défendre Looking Wet In Public sur scène, laissant son public en tête-à-tête avec un disque à la brutalité écrasante. Entre sludge et noise hardcore, Looking Wet in Public oscille dans des univers sombres, glauques mais d'une efficacité redoutable. L'ambiance est lourde, souvent malsaine ("Lambs To The Laughter" en tête de gondole) et on ne peut pas dire que ce soit le chant éraillé qui vienne faire la lumière sur cette atmosphère déjà bien pesante. En 38 minutes pour 6 morceaux, dont certains peuvent prétendre au meilleur titre de l'année - "Miserable Heroin Addict vs. Jehovas Witness Guy" - Looking Wet In Public sonne comme un des disques de l'année dans un style qu'on aura bien du mal à définir tant l'énergie obscure qui le compose dépasse le spectre des genres musicaux. Un adieu en bonne et due forme pour un groupe malheureusement encore aujourd’hui trop méconnu.

Jagged Mouth

Louring

Simon

Si vous on dit Albuquerque, vous répondez Breaking Bad. En tous cas, il y a peu de chances pour que vous citiez spontanément les trois de Jagged Mouth. Tout simplement parce que la formation du Nouveau-Mexique est encore un bébé, qui sort à peine son premier album/démo. Mais si Jagged Mouth est encore sans label aujourd’hui, il ne fait nul doute que Louring aura vite fait d’attirer demain l’attention des écuries de premier choix. Ce premier album, disponible dans une édition de 100 cassettes, est une bombe de metal noir. Disons plutôt un doom metal très méchant infusé dans du sludge bien gras. Les amateurs l’auront vite compris, la combinaison de la lourdeur pachydermique et du groove intense est une recette qui marche à plein tube si elle est bien emmenée. Et pour le coup, c’est un sans-faute absolu durant une quarantaine de minutes. Surtout que, sous ces airs de musique sudiste faussement lente, on retrouve un chanteur délicieux qui s’égosille bien loin dans le spectre sonore en imitant des chauve-souris qui ont la chiasse un lendemain de Saint-Patrick. Le combo est parfait, Louring tourne et tourne encore sur la platine, preuve qu’on tient là trois-quart d’heure de blackened doom extrêmement inspiré et absolument recommandable. Cvlt Nation et Noisey ne s’y sont pas trompés : malgré leur statut de minipouss, Jagged Mouth devrait rapidement jouer les premiers rôles dans le metal jeu.

Martröð

Transmutation of Wounds

Simon

Dans la famille des super-groupes, je demande Martröð. Découvert lors d’une de mes insatiables pérégrinations sur Bandcamp, il m’a directement semblé que le groupe connaissait un succès d’estime assez phénoménal pour un jeune groupe sorti de nulle part. Et pour cause, en fouillant un peu, on comprend vite que ce groupe sans frontières (apparemment monté également comme un collectif) est composé de superstars du metal jeu, tous membres de formations aussi classes que peuvent l’être Blut Aus Nord, Skáphe, Leviathan, Krieg, Chaos Moon, Aosoth, Wormlust ou Misþyrming. Une dream team absolument infernale qui sort ici son premier EP, disponible en téléchargement name your price, à venir en 12’’ d’ici la fin de l’année. Deux titres, seize minutes. Beaucoup trop court bien évidemment. Surtout que Transmutation of Wounds est absolument impeccable dans sa dimension tragico-dépressive, sa noire maturité et son univers horrifique, sans cesse réinjectés dans ce grand couloir remplis de miroirs déformants. Une sorte de perfection black metal où chaque entité est clairement identifiable et où chaque personnalité ajoute sa pierre à un édifice absolument massif, cauchemardesque et complètement dément. Lovecraft likes this.

Urzeit

Anmoksha

Simon

Bon, ici il s’agira de sauver les femmes et les enfants d'abord. Vraiment. En même temps, vu ta présence ici, tu aimes probablement t’envoyer une bonne tartine de punk de temps à autre (qui n’aime pas me direz-vous ?), et tu dois également aimer te souiller les oreilles comme un porc dans une mare de boue. On te comprend parfaitement et c’est précisément pour ça que Jésus a créé le blackened crust. En gros, c’est plus proche du black metal que du hardcore, mais c’est suffisamment punk pour avoir envie de balancer des pains à tout ce qui passe à proximité. Une musique de misanthropes finis, pro-bagarre et tout ça. Urzeit c’est tout ça et plus encore : une musique de sauvages qui rappelle les meilleurs moments de Bathory (pour le côté black metal old-school gavé au punk) mais qui pique à la modernité toute la fureur des croisements incessants (les hurlements death sur les « chœurs »). C’est brutal et pourtant extrêmement inspiré et lisible dans les constructions, un vrai travail d’orfèvre – si on peut dire. On célébrait il y a peu de temps le triomphe de A.L.N. avec son projet Mizmor et on apprend aujourd’hui qu’il est également le guitariste et chanteur de ce futur grand groupe. Une bonne pioche, dont on aura encore probablement l’occasion de reparler d’ici peu.

Unyielding Love

The Sweat of Augury

Quentin

On sait pertinemment bien que le grind ne fait pas dans la dentelle. Ce serait même ce qui le définit parait-il. Mais ça ne devrait pas nous empêcher de vous préciser que cet album d'Unyielding Love est d'une violence ultime. Probablement est-ce dû à tous les ajouts noise dans le bordel. The Sweat of Augury, c'est un attentat auditif de 8 titres qui n'épargne rien ni personne. Et pourtant, pas question de recycler simplement les vieilles recettes du grind. Même si les 6 premiers titres respectent le schéma classique du "pas plus de 2 minutes", les deux derniers morceaux s'étalent sur 5 minutes chacun. Lorgnant intelligemment vers le black metal, « The Pregnant Hurt » et « Sweated Augury » nous prouvent qu'Unyielding Love a plus d'un tour dans son sac pour faire naître le chaos. Sorti du fond des tripes, le chant vient s'associer à des instrus frénétiques pour éteindre ce qu'il restait d'humanité dans cet album. Proche du noisegrind d’un Gnaw Their Tongues, souvent dérangeant et rarement agréable, The Sweat of Augury nous assène une claque immédiate et imparable qui promet de nombreuses réécoutes.