Hijokaidan

乾為天 (Ken’Iten)

Emile

Les darons du noise japonais sont de retour pour un album dont on ne s’amusera pas à compter le numéro dans leur impressionnante discographie. Bon, on l’a fait : c’est le trentième. Et bien malgré ces trente albums, non seulement l’énergie du groupe d’Osaka reste phénoménale, mais la quête d’originalité n’a pas été freinée. 乾為天, littéralement « Magasin d’autorité » (on se mettrait facilement à douter de Google Translate si le nom du groupe lui-même ne signifiait pas "Escalier de secours"), est un album dont la structure est calquée sur celle d’un set de jazz. Entre les deux morceaux qui encadrent l’ensemble des pistes du disque, on ne trouve que des solos des différents membres : batterie, guitare, et même voix, tous y passent, comme pour déconstruire méthodiquement et rationnellement le désordre galvanisant qui émerge de leur musique, laissant apparaître la complexité de leur travail et la difficulté qu’il y a à obtenir une telle permanence dans la pression. De quoi mieux comprendre cette musique, si dure à écouter et dont on n’a pourtant beaucoup de mal à sortir.

Kevin Richard Martin

Sirens

Côme

Kevin Martin/The Bug, c’est avant tout une puissance sonore démesurée, les soirées qu’il organise à Londres portant ce simple nom : « Pressure ». La pression que fait subir le son de l’Anglais sur le corps est en effet digne d’un concert de Sunn O))), Lawrence English déclarant notamment que ses yeux vibraient dans leurs orbites lorsque Kevin Martin avait présenté Sirens au CTM il y a quatre ans. Il faut croire que l’expérience a dû plaire à l’Australien car Sirens sort aujourd’hui sur son label Room40, habituelle référence en matière de musiques contemporaines. Si l’album est au nom de Kevin Martin et non de The Bug, c’est que le disque est éminemment personnel, composé en réponse à la naissance de son premier enfant, naissance difficile au vu de la tracklist (le disque se termine heureusement sur un « A Bright Future »). Dès les sirènes de départ commencent en effet 45 minutes de basses sourdes, de lentes montées en puissance suivies de brusques chutes de volume, l’effet global ressemblant à s’y méprendre parfois aux grondements de la banquise chez Thomas Köner. De ce qui était au départ une performance cataclysmique ressortent cependant aujourd’hui des morceaux qui semblent bien plus délicats dans leurs quelques mélodies et leurs détails, bien plus intimes d’une certaine façon. Quelques battements de cœur, quelques notes, pour réinjecter un peu d’humanité et finalement réussir à émerger hors de l’horreur sur le piano du dernier morceau. Bienvenue parmi nous.

Sisso

Mateso

Emile

Notre label ougandais préféré est de retour sur la scène électronique avec Sisso, un artiste de Tanzanie qui pratique une dance expérimentale pour le moins novatrice. Mohamed Hamza Ally, de son vrai nom, travaille à l’intérieur d’une vitesse qui oscille habilement autour de la frontière qui sépare l’excitation et l’halètement. Tantôt dansante, tantôt épileptique, la musique de Sisso se définit au croisement du happy hardcore, du footwork et du shangaan. Autant dire que si ce croisement existe, il rentre en plein dans l’esthétique générale du label ougandais, toujours porté vers le futur tout en donnant une place d’honneur aux musiques traditionnelles.

Katsunori Sawa

An Enlightment Manual, Your Consciousness Of Truth

Emile

On avait découvert Katsunori Sawa sur l’excellent label de Chafik Chennouf, Leyla Records. Souvent appelé à l’exercice du remix pour sa capacité à faire sortir les sonorités techno de leur univers, le natif de Kyoto déploie tout son talent dans un EP solo paru chez Opal Tapes. Et comme si l’aspect club de sa musique s’éventait avec sa solitude, on le voit fouiller dans le lointain de ses promenades musicales. Musique concrète, collage sonore, rave, musique traditionnelle, de grandes lignes esthétiques se croisent dans une expérimentation qui ne va jamais au point de l’inaudible mais circule sur plusieurs brèches de nos habitudes sonores. Un vrai petit bijou, pour les amateurs de techno, mais surtout pour tout le monde.

Peter Downsbrough

And That

Emile

Peter Downsbrough offre la vision d’un monde fragmenté. Ancien étudiant en architecture, il est passé maître dans les années 1960 dans les constructions paradoxales et les incitations parcellaires à un univers auquel même le langage ne peut accéder. En témoigne ses dernières expositions montrant des portes ne menant nulle part, sur lesquelles des morceaux de phrases et de lettres trônent faiblement. « And That » est une bande-son de son art, dans laquelle il travaille et monte des morceaux d’improvisations enregistrées par les deux musiciens belges Xavier Garcia-Bardon et Benjamin Franklin. Entre paysages sonores, pièces de guitare et traitements de voix, And That fait la part belle à la douceur des creux qui entourent les rares plénitudes de notre expérience du monde.