Red Axes

The Beach Goths

Si on a plutôt tendance à classer Red Axes dans le bac « musiques électroniques », la manière dont le duo use de la musique psychédélique le rapproche très régulièrement de sphères autrement plus organiques et rock'n'roll. Un constat qui est d’autant plus valable lorsque Dori Sadovnik et Niv Arzi passent au format album. Venant d’un groupe qui a tendance à pas mal brouiller les pistes (comme quand il reprend Bauhaus) et que l’on connaît davantage pour ses EP’s orientés dancefloors que pour ses long formats, on se demande pourquoi The Beach Goths a eu droit à une sortie au milieu du mois d’août, quand on pense davantage à la marque de vodka que l’on va boire dans le camping du festival qu’au prochain disque qu’on va écouter. Dommage car bientôt six mois après sa sortie, The Beach Goths révèles ses nombreuses qualités de « slow burner », et fait honneur à un titre oxymoresque. Jamais vraiment dans une démarche de club mais très clairs dans leur volonté de ne pas se prendre au sérieux, les deux producteurs de Tel Aviv font le choix de ne pas choisir. Alors oui, on sent que The Beach Goths est l’affaire de deux types qui ont l’habitude de jouer à Ibiza, et de partager les docks avec Maceo Plex ou Michael Mayer, mais on sent aussi que The Beach Goths est pondu par deux types pour qui les Cramps et Iggy Pop ont valeur de figures tutélaires. Cela donne un disque très poil-à-gratter, parfois plus borderline qu’une vanne de Tex sur les violences conjugales, mais globalement aussi fendard qu’un supercut des meilleures blagues de Jean-Marie Bigard.

Jlin

Black Origami

On ne le dira jamais assez : l'auditoire de Planet Mu ne peut bouder Jlin. Discrète malgré le terrifiant boucan de sa musique, Jerrilynn Patton est l'une des actrices les plus solides signées sur la structure de Mike Paradinas depuis son virage footwork. Osons-le dire: elle est peut-être la plus douée du crew, tant elle parvient à pousser le genre jusque dans ses retranchements les plus mentaux. Deux ans plus tôt, on découvrait la native de l'Indiana avec Dark Energy, un passage à tabac digne d'une partie fiévreuse de Double Dragon. On la retrouve cette année avec Black Origami, un film de vacances dans les bidonvilles d'Inde, monté comme le Man on Fire de Tony Scott. Un album qui enchaîne des rythmes durs comme les tambours du Bronx, des mélodies syncopées jusqu'à l'épilepsie, tout ça a la lumière d'un groove ghetto complètement irrésistible. Un effort qui pousse le footwork au niveau supérieur, puisque Jlin réussit à intégrer des respirations salutaires dans cette superposition de rythmes furieux, dans une démarche qui relève carrément du free jazz à ce degré de folie et de maîtrise.

Tomalone

Seuls

Avril 2017 : Tomalone est le producteur derrière "Flingue en porcelaine", "La lune" et "17072009" de l'album Tout Me Fait Rire de L.O.A.S soit, selon les mots de son auteur lui-même, le "noyau dur" du projet. Novembre 2017 : Tomalone dégaine Seuls, premier album solo qui finit de jeter le pont entre chanson française et hip hop. Ce pont qui a été l'un des fils rouges de l'année 2017 avec les sorties de Damso, Jok'air, Hyacinthe et L.O.A.S donc. Ici, les paroles façon pop bubblegum restent suffisamment bien ciselées pour donner envie d'y revenir ("le monde est ton satellite, il tourne autour de toi") mais suffisamment larges pour que tout un chacun puisse s'y projeter. Tonton L.O.A.S passe filer un coup de main à l'écriture et cela se ressent : son corps semble s'être désintégré au-dessus du disque et l'on n'entend plus que l'écho lointain de sa voix, à la fois confuse et prophétique. Si l'approche reste rap, la production oscille ici entre electronica light et bande-son d'un afterwork qui dérape. "De la musique de dancefloor pas faite pour danser mais pour descendre les verres au comptoir en interrogeant le barman sur le sens de la vie" comme nous le disions dans notre chronique du single le mois dernier. Bref, Seuls s'impose clairement comme l'un des projets les inattendus et les plus convaincants de cette fin d'année et méritait amplement sa place ici.

Cigarettes After Sex

s/t

Dire que le blase de ce groupe est une belle trouvaille serait un euphémisme tant la simple évocation de l’acte sexuel évoque immédiatement chez nous, tristes sires rongés par le vices, l’apaisement que constitue une bonne clope cramée dans le plumard une fois exécutée la levrette de chaudronnier. Mais comme avoir un nom qui défonce n'est pas synonyme de bonne musique (sinon on vous aurait déjà parlé de Teenage Jesus & the Jerks ou Scraping Foetus off the Wheel), vous serez heureux d'apprendre que tout dans ce premier album n’est qu’ordre et beauté, calme et volupté. Evoquant régulièrement le seul disque de The XX digne d’intérêt pour sa poésie (on vous laisse deviner lequel), cet album éponyme apparaît comme un véritable ovni avec ses mélodies fragiles et sublimes. Un disque rare sur lequel les instruments semblent effleurés, où l’on craint autant l’orage que l’on admire l’ataraxie, et où l’on se surprend à se sentir à la merci d’un groupe à la mélancolie contagieuse. C'est une évidence: la formule élaborée par les Américains n'a pas fini d’ensorceler les coeurs les plus hardis, quitte à émasculer le temps d’un album les plus virils d’entre-nous.

Zola Jesus

Okovi

En musique comme en littérature, l'inconfort, la folie ou la dépression ont toujours été des terreaux fertiles à la création. L'artiste devient alors ce clown triste dont les périodes sombres viennent nourrir les désirs de l'audience. C'est, malheureusement pour elle, à Zola Jesus d'endosser ce rôle peu glorieux pour Okovi. Et si le travail n'a pas été facile, il aura au moins eu des vertus salvatrices. Oppressée par l'univers urbain de Seattle, Zola Jesus fuit sa dépression et ses démons pour les grands espaces et une petite maison dans les bois dans le Wisconsin. C'est là qu'elle écrit et compose, comprenant que son salut ne viendra pas d'une lutte interne mais bien du soutien aux autres. Entre la tentative de suicide d'une amie et l'annonce d'un cancer chez une autre, elle saisit l'importance non pas de questionner la mort en elle-même mais plutôt les fardeaux qui nous habitent et nous mènent inexorablement tous vers la même fin. Okovi ("les chaînes" en slave) est un album de réflexions complexes traduites sur des airs goth-pop. Ce n'est pas l'album sur lequel Zola Jesus aura trouvé le bonheur mais il lui aura au moins permis de faire la paix avec la vie et de tendre la main, admettant que pour continuer à vivre, il faut parfois accepter que tout le monde a besoin d'aide.

Wesley Fuller

Inner City Dream

A l’arrivée d’une dernière mousse au chocolat clôturant un déjà très consistant repas familial, baissant les yeux vers celle qui sera responsable de deux jours de jeûne, je ne peux m’empêcher de questionner l’utilité de cette dernière étape culinaire. Ce goût déjà bien connu se noiera immanquablement dans l’alignement de saveurs l’ayant précédé, c’est la gourmandise seule qui rend impossible toute résistance. Wesley Fuller est une parfaite mousse au chocolat de repas dominical. Ses recettes, déjà sur-utilisées, se reposent sur un rock dansant, biberonné à la pop sixties la plus classique, marinant dans des mélodies disco-dansantes des eighties. Mais quelque chose rend l’Australien unique, nous pousse à y revenir contre toute explication rationnelle : ses refrains sucrés se mêlent parfaitement aux guitares funky qui parsèment les douze pistes, déclenchant le déhanchement comme la saveur chocolatée active les sécrétions salivaires. Fuller flirte avec le kitsch sans jamais tomber dans le vulgaire. On peut alors mettre la voix de la raison en sourdine et céder encore, inlassablement.

Pessimist

Pessimist

On aura beau dire, on adore se foutre de la gueule de la drum'n'bass. En même temps, vu les fans bas du front, les productions totalement identiques et la branlette générale devant du drum programming, on n’a généralement pas besoin de se forcer pour amuser la galerie. Et si l’on tirera toujours notre chapeau devant un mec comme Marcus Intalex, le genre nous en touche généralement une sans faire bouger l’autre, d’où notre stupéfaction devant ce premier LP de Pessimist. La signature sur Blackest Ever Black aurait dû nous mettre la puce à l’oreille, le mec n’a clairement pas le temps de niaiser. Un produit absolument pur, qui convoque le début de Shifted (tiens, un ancien du duo dnb Commix) ou un producteur comme Samuel Kerridge, reprenant de ces deux individus leur travail sur les textures et la gestion de l’intensité. Des productions qui émergent du brouillard pour mieux imposer leurs structures rythmiques carnassières dès qu’elles décident d’exploser, et retirent de leurs influences techno une sourde brutalité. A l’arrivée un disque devant lequel on n’oserait plaisanter de peur de s’en prendre une, et un producteur que l’on ne peut que respecter.

Kamasi Washington

Harmony of Difference EP

On avait laissé Kamasi Washington sur un triple opus gargantuesque, le bien nommé The Epic, allant puiser dans toutes les influences et restituant une œuvre monstre et protéiforme balayant toutes les nuances du jazz fusion à la musique impressionniste. C’est avec un mélange de curiosité et d’excitation qu’on se retrouve à poser sur la platine Harmony of Difference, un EP d'une trentaine de sorti cette rentrée sur Young Turks. Excellente pioche pour le label anglais de Sampha ou FKA Twigs : le californien se révèle au moins aussi pertinent sur format court que long. Les claviers et la section rythmique composent un écrin pour un saxophone qui se déploie en majesté, commençant par un « Desire » tout en retenue et montant en puissance piste après piste pour aboutir sur le bouquet final de « Truth », ce dernier morceau reprenant le thème du premier pour fermer la boucle. Là où The Epic parlait aux tripes par sa densité et aux cerveaux par la multitude de chemins empruntés, l’aérien et resserré Harmony of Difference s’adresse au cœur de l’auditeur et touche juste, confirmant le statut de Kamasi Washington et la place incontournable qu'il occupe aujourd'hui.

Jack Peoples

Laptop Café

A l'aune des nombreuses rééditions offertes à son oeuvre, difficile de se dire que cela fait quinze ans qu'on pleure la mort de James Stinson. Et c'est d'autant plus difficile quand des enregistrements inédits sortent de nulle part : en juin dernier, Laptop Café rassemblait six nouveaux titres issus des sessions de l'album Lifestyles Of The Laptop Café, petit bijou de techno downtempo sorti sous l'alias The Other People Place. Et puisqu'on parle ici d'un monstre de spontanéité (il racontait que ses sessions au sein de Drexciya se faisaient en une prise), on ne peut que se rassurer : les pelures de Stinson sont plus belles que les fruits de pas mal de producteurs. La magie opère donc, et pas qu'un peu : si ces nouveaux titres n'ont que valeur de judas sur une production jamais portée à maturation, tout dans ces esquisses transpire la classe de l'album de TOPP. C'est même en fin d'EP que l'on trouve vraiment son lot de pépites, laissant entrevoir les portes stellaires que Stinson souhaitait ouvrir à sa musique (sur les steel drums de "Song 04" notamment ). Si Laptop Café est un disque post mortem logiquement moins abouti, il saura contenter les plus fans de l'ange disparu de Détroit. Et pourquoi pas convaincre les autres de se replonger dans sa formidable carrière en marge de Drexciya, de Transllusion à Lab Rat XL.

Various artists

Disque la Rayé (60's French West Indies Boo-Boo-Galoo)

C'est dans le New-York métissé des 60's qu'est né le boogaloo, sous-genre des musiques latines créé par des Portoricains qui avaient visiblement l'entrejambes en feu. En opérant une fusion diabolique entre soul et r&b d'une part, et mambo et pachanga d'autre part, ce qui aurait pu devenir l'electro-swing de l'époque s’est mué en lame de fond qui a pris en otage tous les ballrooms de la Big Apple, pour ensuite se propager au reste de du continent américain. Quand on connaît un peu sa géographie, on sait que les Antilles françaises sont à quelques encablures de Cuba et Porto Rico. Logique donc que les chaudes rythmiques boogaloo aient déferlé sur Fort-de-France et Pointe-à-Pitre. C'est à cette variante française du genre que le digger Julien Achard et le boss de Born Bad JB Guillot ont décidé de rendre hommage, en procédant à une étude approfondie du phénomène pendant trois ans, pour finalement accoucher d'une compilatioqui se veut être autant un hommage aux pionniers, qu'un étalage de morceaux sur lesquels le boogaloo est d’abord une influence. Car on s'en vite compte, les artistes sélectionnés vouaient d'abord un culte aux vertus libératrices de la musique avant de s'affilier à des chapelles. D'ailleurs, le communiqué de presse ne s'en cache pas: c'est "rarement très orthodoxe", et c'est évidemment ce qui rend cette compilation plus savoureuse qu'un Ti Ponch sur une plage de Sainte-Anne.

Ufomammut

8

A l'heure d'un stoner en perte de vitesse, un nouveau Ufomammut sur Neurot Recodings est forcément attendu de pied ferme. Après sept albums revisitant en permanence le stoner et le doom sans pour autant s'en échapper dans la facilité, le challenge était de taille sur 8. Pour ne pas décevoir, le trio italien a conçu une boucle infinie faite de riffs lourdingues et de psychédélisme synthétique. Le côté traditionaliste de la démarche se matérialise à travers des clins d'oeil appuyés à l'oeuvre de Kyuss et Black Sabbath, mais le groupe se démarque de la meute avec ces longs passages proches de l'ambient. Faire planer le métalleux avec un album « progressif » dans tous les sens du terme, c'est là tout le talent d'Ufomammut. Est-ce que 8 est le meilleur album d'Ufomammut ? Difficile à dire : ce qui est sûr, c'est que c'est probablement un des plus maîtrisés en termes de production et de cohérence. Mieux encore, il annonce surtout une tournée mémorable, car il est pensé comme un vrai live - la parfaite unité, celle dans laquelle tout se répond, et se renvoie à l'infini.

Snapped Ankles

Come Play The Trees

Premier album pour les fifous de Snapped Ankles, et le moins que l'on puisse dire c'est qu'il aura réchauffe cette fin d'année. A mi-chemin entre les illuminés de King Gizzard et la Fat White Family, Snapped Ankles tape fort dans un style psyché cra-cra qui a le vent en poupe. Mais les Anglais ont un truc un plus: une armada d'équipements artisanaux qui leur permettent de recracher une sorte une musique tribale qu'on qualifierait de post-punk si le terme n'était pas devenu le plus gros fourre-tout de ces derniers mois (post-punk is the new post-rock). Reste qu'il y a dans chaque titre suffisamment d'énergie pour tenir l'hiver et même un peu plus - même si on a ici un gros faible pour "Jonny Guitar Calling Gosta Berlin", "I Want My Minutes Back" et "The Invisible Real That Hurts".

Sannhet

So Numb

De Sannhet on attendait un peu plus que d’être cet obscur groupe dont Sufjan Stevens arbore parfois les t-shirts en concert. Si Revisionist, la précédente galette du groupe parue sur The Flenser avait fait son petit effet, on espérait qu’une signature (assez logique) sur Profound Lore allait au groupe de passer un nouveau cap en termes de notoriété. Hélas, on ne peut pas vraiment dire que So Numb ait réussi à capitaliser sur ce passage par une structure ayant une meilleure visibilité et une énorme crédibilité dans le milieu du métal. Et puis cette absence de reconnaissance, elle est finalement assez difficile à comprendre au vu de la qualité de ce troisième album, qui gagne en émotion et intensité ce qu’il perd en abstraction, les New-Yorkais y jouant davantage sur les nuances, les textures et la profondeur des atmosphères. Un album plus lumineux, plus accessible aussi, et qui ne pourra que plaire aux amateurs de Deafheaven, Cult of Luna ou Isis.

ANDINA: Huayno, Carnaval and Cumbia

The Sound of the Peruvian Andes 1968​-​1978

A l’heure où l’ésotérisme est la condition sine qua non d’une certaine forme de hype, on ne peut que vous recommander de vous plonger à corps perdu dans ANDINA. On y découvre un microcosme andin inexploré auparavant, et ce à une époque où cette partie du continent était épargnée par les divers séismes musicaux frappant l’Occident. Authentiques, festifs, populaires et carrément folkloriques, ces 17 titres oscillent entre catharsis et joyeuse invitation à approfondir le sujet. Car on ne saurait décrire fidèlement toutes les pépites contenues dans cet album, tant elles divergent par leurs influences (allant parfois jusqu’à évoquer ce Japon qui a fourni énormément de migrants au Pérou dès le 19ème siècle), que par les motifs instrumentaux où se tutoient tour à tour 6 cordes, vents et percussions. En fin de compte, il semble bien qu’ANDINA ne soit finalement ni plus ni moins qu’un formidable reliquat d’une époque désormais révolue, pendant laquelle les Tropiques n’étaient manifestement pas si Tristes que cela.

TOUTS

Lit

Après un premier EP en mai qui leur promettait de devenir les meilleurs wannabe Clash du Royaume-Uni, les gars de TOUTS reviennent avec Lit, et franchissent les étapes comme Teddy Riner empile les médailles: avec force et facilité. En quelques mois, les Nord-Irlandais n’ont pas changé la formule ni ralenti le rythme, ils ont par contre affuté et enrichi leurs mélodies. Les chansons tiennent mieux la longueur, et affirme la portée sociale du groupe (“Bombscare”). Les coups de guitare acérés guident les quatre morceaux de l’EP, qui sont autant de perles rock-punk comme la perfide Albion sait si bien en produire. Si chacun des membres atteint à peine la vingtaine, les voix ont déjà les relents des cigarettes à peine froide et de la bière jamais chaude. Lit est à l’image de ses géniteurs: immédiat, pressé et terriblement addictif.

Why The Eye?

Why The Eye?

Si l'année 2017 aura plutôt bien réussi aux rappeurs masqués (Siboy, Kalash Criminel et Kekra sont dans toutes les esprits et dans tous les smartphones), une autre bande de mecs cagoulés, actifs sur la scène expé eux, ont sorti un disque dont on aura malheureusement peu parlé, mais qui déploie une belle brochettes d'idées farfelues et use d'instruments artisanaux pour nous amener sur un terrain de jeu qui prend vite des airs de dancefloor improvisé. Sur ce premier disque pour les labels bruxellois Plynt et Angstrom, Why The Eye? trempe des influences afrobeat, kraut et noise dans un grand bocal d'ayahuasca. Et comme tous les bons alcools fait maison, ça a forcément du coffre et pas mal de répondant. Surtout que cette concoction-là, elle est plutôt du genre à consommer sans modération, histoire de se laisser imprégner par une musique dont le caractère expérimental ne doit pas être un frein à la découverte: car si on n'est certainement pas dans une mêlasse sans saveur pour finir dans une playlist "Acoustic Lounge" che Spotify, il y a quelque chose d'accessible chez Why The Eye?, une approche instinctive et un groove viscéral qui parle à nos instincts les plus basiques.

Alex Lahey

I Love You Like A Brother

Sur l’autoroute indie 2017, un bref coup d’oeil dans le rétro nous mène vers un constat sans appel : cette année, ces dames ont plus que jamais tenu la dragée haute à ces messieurs. À tel point qu’un large pan du territoire pop-rock est couvert voire occupé par ces dernières. Et entre les valeurs montantes, les confirmations, les leaders charismatiques et les rouleaux compresseurs, il devient difficile de se faire une place tant chacune s’impose grâce à une personnalité et des choix forts. Pourtant, c’est mission accomplie pour Alex Lahey à qui le très bon I Love You Like A Brother permet d'intégrer la mêlée. La tentation de la comparaison méthodique avec ses consœurs est alors grande, mais il n’en sera rien tant l’artiste occupe son créneau propre et montre une énergie dingue. À vingt-cinq ans, un ep et un album seulement, Alex Lahey fait preuve d’une maturité impressionnante dans l’écriture des textes qui nous baladent dans les préoccupations, les joies et les peines de l’âge de raison. Sa musique est sincère mais directe, décomplexée et servie par un format pop rock somme toute assez classique mais très efficace. Ajoutons au tout que l’album est sorti sur le propre label d’Alex Lahey et on obtient un cocktail qui goûte la qualité et les belles promesses d’avenir.