Cobalt

Slow Forever

Vu la nature intrinsèquement extrême du genre, ils sont finalement assez rares les disques de métal qu'on s'aventure à conseiller à des gens qui n'en écoutent que très peu. Mais voilà, les études successives, attentives et presque obsessionnelles de Slow Forever ont imposé le constat : cet album de Cobalt est d'une intelligence et d'une puissance telles qu'il est impossible de le réserver aux seuls amateurs. Quatrième album studio d'un duo dont le membre fondateur (Phil McSorley) a été remplacé par le chanteur Charlie Fell (ex-Lord Mantis pour les connaisseurs), Slow Forever s'appuie sur une base black metal, c'est certain, mais le réduire à ce seul sous-genre serait tout bonnement criminel et réducteur. Car en embrassant des influences doom, stoner, blues ou hardcore, le duo livre un double-disque d'un magnétisme dingue, mais aussi d'une ambition rarement entendue sur un long format en 2017, nous faisant penser que Cobalt est au métal ce que Swans est au rock : une machine unique en son genre, géniale et insondable, et construite pour explorer de nouveaux territoires. Grisant. Et encore, le mot est faible. (Jeff)

Julien Gasc

Kiss Me You Fool!

Le toulousain n'a jamais été là pour niaiser et ce n'est pas l'allure des sorties qui s'enchaînent à un rythme toujours aussi effréné qui va nous contredire. Après un EP pas dégueu sorti en septembre dernier avec son projet Aquaserge (dont le batteur Julien Barbagallo, accessoirement batteur chez Tame Impala, vient également de sortir un long format) et avant le prochain long format du groupe qui sortira en février, voici donc un nouvel album solo enregistré cette fois-ci à Londres et sorti sous les couleurs de l'écurie Born Bad. Cet habitué des compilations de La Souterraine livre ici ce qui semble peut-être son album le plus abouti (on n'osera pas le terme d'album de la maturité car il ne s'agit pas de cela ici) ou, en tout cas, le plus évident, immédiat, quelque part entre le Gainsbourg des sixties et le Stereolab des nineties. Langoureux, simple mais aux mélodies sinusoïdales, voilà le disque qui se mariera parfaitement aux soirées au coin du feu en chandail de cachemire et chaussettes burlingtons. Allez, « Laisse-toi aller au plaisir » comme te le dit JuJu. (Michaël)

The Lemon Twigs

Do Hollywood

On l’avoue volontiers, on aime bien s’imaginer en chevaliers du bon goût. Détenteurs autoproclamés de la vérité absolue, il nous faut parfois endosser le rôle de l’arbitre et régler une bonne fois pour toutes certains litiges dont font l’objet nos chouchous. Et notamment celui concernant les très actuels Lemon Twigs, groupe new-yorkais formé par deux jeunes frères au charisme douteux et dont le premier album est sujet à controverse. Pourtant, celui-ci n’est qu’une succession de très belles compositions, fortement influencées par les sixties certes, mais assez singulières pour faire gagner au groupe notre admiration et le placer directement parmi les quelques espoirs très prometteurs des prochaines années. Car là où certains esprits mal-avisés ne perçoivent qu’arrogance et grandiloquence, on y voit plutôt l’assurance de la jeunesse au service d’une musique élégante, riche et opulente, faisant de ce Do Hollywood un album tout à fait recommandable. S’il est vrai que les deux frères s’offrent le luxe de piquer quelques gimmicks à leurs idoles, ces éléments piochésplus ou moins discrètement ne sont ici que les fondations d’une construction sonore aux allures de fascinant délire mégalomaniaque. Et puis franchement, avec des titres comme « I Wanna Prove To You », « Haroomata », « These Words » ou « As Long As We’re Together », difficile de ne pas prédire un avenir radieux à ces jeunes gens. C’est papa et maman qui doivent être fiers. (Pierre)

Oren Ambarchi

Hubris

Il est compliqué d’être catégorique au sujet d’un disque d’Oren Ambarchi : quand on voit à quel point l’Australien est prolifique, ne risque-il pas de faire mieux deux mois plus tard ? Et pourtant, ce Hubris signé sur Editions Mego semble réellement s’inscrire dans la lignée de ses meilleurs travaux moins drone et plus rythmiques, « Sagittarian Domain » ou « Knots » sur Audience of One pour ne citer que deux des plus connus. Réalisé en collaboration avec une pléthore d’invités cinq-étoiles (Jim O’Rourke, Mark Fell, Keith Fullerton Whitman ou encore Ricardo Villalobos), Hubris crée de longs canevas rythmiques ensuite troublés par la guitare d’Ambarchi ou les interventions des autres musiciens. On évolue ainsi librement dans un espace entre la musique minimaliste, le krautrock et une sorte de free jazz pensé par le prisme de la musique électronique sur « Hubris Part 3 », tout ceci en à peine 40 petites minutes. (Come)

Abra

Princess EP

On se retrouve rarement à écouter un projet solo d'Abra sans être un tant soit peu familier à l'univers d'Awful Records. Et à plus forte raison celui de Father, le chef de file de cette chouette bande de souillons : à intervalles réguliers en effet, le bougre fait appel à la jolie gamine d'Atlanta pour jouer la Meg Ryan de service, à grand renfort de râles érotiques dans ses morceaux. Autant dire qu'on était assez loin de penser qu'en solo, la belle puisse choisir d'exhiber davantage son côté fleur bleue : même si elle n'a jamais réellement réussi à effacer son côté garce, sa musique est bien trop introspective pour finir par faire les beaux jours de Dorcel TV. L'an dernier par exemple, son premier album Rose avait notamment donné le La de la plus belle des façons : l'amazone d'Awful Records chante admirablement bien. Mieux encore, son univers R&B transpire un certain goût pour le bricolage 80's et le do it yourself, qui lui offre un créneau vide de concurrence. Ce Princess EP pourtant, il n'apporte pas grand chose de plus à son projet précédent. Pas grand chose, sinon bien sûr le plaisir de parler enfin de l’œuvre de ce bout de femme, quelque peu passée sous silence dans nos pages par le passé. Et de l'aisance qu'elle a à écrire de belles chansons loin des inspirations crasseuses de ses collègues, armée d'une bête boîte à rythmes et de quelques arpèges de synthétiseur. Un Princess EP tantôt April Ludgate, tantôt Ann Perkins, en tout cas bizarrement excitant en toutes circonstances. Un EP à l'image de sa génitrice quoi. (Aurélien)

Lambchop

FLOTUS

En 12 albums et autant d’horizons musicaux explorés, Lambchop a réussi un tour de force plutôt génial : créer des productions assez différentes mais suffisamment similaires pour que la qualité en reste le dénominateur commun. Après avoir traîné ses guêtres dans l’indie rock (Thriller), la country (Nixon) ou la soul-gospel (Mr. M), Lambchop revient avec Flotus (acronyme de For Love Often Turn Us Still) et s’essaye à quelque chose de plus électronique. Evidemment, ça ne sonne comme aucune des productions précédentes et pourtant, ça reste du Lambchop. Le postulat du changement de style est fort, clair et direct. La preuve avec la première track « In Care of 8675309 », une longue ballade électro soul de 11 minutes. Dur d’éviter la comparaison avec le dernier opus de Bon Iver tant les deux groupes ont évolué dans les mêmes univers pour finalement redéfinir leurs œuvres respectives à l’aide de vocoder. Et comme pour Justin Vernon, on doit avouer que ce changement réussi plutôt bien à Kurt Wagner. Tout cela peut nous paraître étonnant mais cela semble finalement logique lorsque Wagner explique qu’il a puisé une partie de son inspiration chez Kendrick Lamar ou Shabazz Palace. Le pari est risqué mais remporté, l’album sort des zones de confort et on sent pourtant le groupe déjà très à l’aise dans ce nouvel exercice. On voudrait d’ailleurs insister sur un point : Flotus n’est pas qu’un bon album avec une voix vocodée, c’est un très bon album grâce à la voix vocodée. (Quentin)

Cough

Still They Pray

Demi-frère de l’excellent groupe Windhand (les deux formations partageant le même bassiste), Cough ne se chauffe pas pour autant du même bois. Les deux formations ont beau jouer du doom-metal d’une classe folle, au point de devenir des références incontournables du genre, Cough a toujours été le méchant de la famille. À tout le moins le torturé. Exit la chanteuse à voix de Windhand, le bassiste reprend le leadership ici, et ça change à peu près tout. Still They Pray est une merveille de sludge/doom, addictif de par l’intensité de son jeu et la densité de son atmosphère, bien aidé par un travail sur des pédales wah-wah du meilleur effet. Parce que Still They Pray, au-délà du monolithe doom qu’il est, est une formidable entreprise de musique psychédélique, une revue historique de tous ces groupes à la lourdeur affirmée, de Black Sabbath en passant par Saint Vitus, Electric Wizard ou Sleep. Une œuvre à la fois romantique, tourmentée, chaleureuse et viscérale. Une sorte de mélange ultra drogué entre la chaleur sudiste et groovy d’un repenti Hell’s Angel qui s’alcoolise au bourbon et toute la méchanceté satanique et misanthrope d’un Burning Witch. Du coup, ben c’est l’un de nos disques doom de l’année.

The Pirouettes

Carrément Carrément

Il n'y a pas pire sentiment sur Terre que de lancer Carrément Carrément, le premier disque de The Pirouettes. Sûrement parce que dans le fond, cet opus a quelque chose de voyeuriste: on a l'impression tout du long de regarder ce couple qui se bécote en public, sans la moindre gêne, et qui rafraîchit durablement l'ambiance de la soirée en imposant le spectacle aux potes. Vous voyez ce genre de couple ? Et ben, Leo et Victoria sont un peu comme ça: ils sont en couple, et ils aiment à le faire savoir, sur disque comme à la scène. Pour autant, même si on détourne le regard, on ne peut s'empêcher de le leur pardonner leur canardise. Car finalement leur romance est à l'image de leur musique: c'est à la fois adolescent, plein de couleurs vivaces, et sans doute un peu trop mignon pour un public plus proche des trente ans que des vingt. Du coup, ce n'est pas si grave si le tandem donne vraiment l'impression d'être un produit un peu trop Parisien pour être vrai: à aucun moment cette posture ne prend le pas sur leur capacité à envoyer des tubes par palettes. C'est pop, électronique, jamais vulgaire, et surtout ça assume finalement de chanter en français – et tant pis si ça prend le risque d'exposer en plein jour toute l'infinie niaiserie de leurs paroles. Alors c'est sûr, Carrément Carrément est un disque résolument cheesy et rétro à ne pas mettre en toutes les mains, peut-être le produit le plus interdit de ce second semestre 2016 quand on y repense. Et c'est sans doute pour ça qu'il a totalement sa place dans cette liste des oubliés. (Aurélien)

NHK yx Koyxen

Doomy Steppy Reverb

«Ah putain de merde enfin ! », voilà le cri de soulagement poussé lors de la première écoute de Doom Steppy Reverb de NHK Koyxen. Après des mois de diet à se farcir les mêmes plaques de techno encore et toujours « sombre, racée et minimaliste », l’album du Japonais nous a sorti du vortex mortifère de l’ennui qui nous guettait. Ici pas de vaine tentative proto-ambient-sound-design de mon cul, pas de dark techno chiante, Katsuhei Matsunaga joue une musique simple, directe et chatoyante. Après tout ce temps, on avait presque oublié que la techno ne devait pas nous évoqué immédiatement la figure d’un sinistre fonctionnaire européen en complet gris un lundi matin de novembre. En deux coups de cuilliere à pot, le producteur nippon -qui a fait ses armes sur PAN- met fin à la soupe à la grimace qu’est devenu la techno en 2016 en nous régalant avec 7 pépites de techno acidulée toute en tension. Chaque sonorité, chaque kick, chaque reverb semblent avoir été étirées jusqu’à son point de rupture pour libérer le maximum de son énergie. Disque tout en dynamique, Doom Steppy Reverb fout instantanément le gourdin et continue à offrir après des mois d’écoutes une belle résistance. Un grand disque alors ? Seules les années nous le diront, mais cela en a tout l’air. (Bastien)

Gloria

In Excelsis Stereo

Après un certain temps passé à s’intéresser au game, on finit par piger un peu quels sont les labels relativement dispensables et ceux dont il est au contraire recommandé de guetter la moindre parution histoire de ne pas passer à côté de l’éventuelle nouvelle pépite. Dans cette fameuse deuxième catégorie justement, difficile de ne pas citer le petit frenchie excellant dans la section "rock garage titillant toujours le punk" : Howlin Banana Records. Et parmi les groupes ayant récemment été adoubés par ce dernier donc, Gloria fait en quelque sorte figure d’exception. Car il n’est question ici ni de giclées de testostérone, ni d’acouphènes distribués à la pelle par un groupe jouant à toute berzingue mais plutôt de raffinement et de poésie - la touche féminine dira-t-on. Gloria, c’est donc le groupe de la parité : 3 filles, 3 garçons; le tout au service de mélodies délicates, précieuses voire même oniriques rendant tout à fait compte de l’admiration sans limite de ces jeunes gens pour les radieuses sixties. Et c’est là précisément toute la force de ce premier album qui évite le pastiche et la nostalgie castratrice en proposant une musique résolument moderne certes, mais assumant totalement son caractère uchronique. Alors, faisant preuve de toute la subtilité nécessaire, Gloria parvient à véritablement extraire de ces 10 titres la moindre trace de mélancolie, et transforme ce In Excelsis Stereo en véritable fête. (Pierre)

Somfay

Levamentum

Depuis le temps que Jesse Somfay est sur nos radars, on s’attend à ce qu’un jour le Canadien finisse par se vautrer, sortir un disque médiocre ou pire une véritable bouse. Ce jour funeste n’est pas encore arrivé puisqu’une fois n’est pas coutume Somfay revient encore avec brio faire saigner nos petits coeurs de fragiles. Après presque 2 ans d’absence Jesse Somfay revient plus affûté que jamais avec sa musique à mi-chemin entre trance, techno et d’IDM. Ce nouveau projet du Canadien signe son retour sous sa véritable identité et met définitivement fin au projet Borealis. Plus précisément, depuis l’excellent Kallionyma paru en 2014, le producteur Canadien a souhaité se recentrer sur des éléments plus personnelles et « feel good ». Sans se départir de la dynamique très trance et lof-fi qui prévalait sous son alias Borealis, Jesse Somfay semble avoir retrouvé un peu de paix intérieur. Rien d’étonnant à ce que Levamentum soit beaucoup plus lumineux et renoue véritablement avec les belles nappes d’ambient qui nous avait tant fait défaillir sur « A Catch In the Voice ». En revanche, s’il y a bien une chose qui n’a pas changé d’un iota c’est le romantisme qus’insuffle Somfay sur l’ensemble des 11 titres. A vrai dire, ce nouvel album va même encore plus loin vers des routes qui semblent toujours plus belles et plus cosmiques. Il serait bien dommage pour vous de rater ce si beau voyage. (Bastien)

Mild High Club

Skiptracking

Après deux soirées féculents à volonté chez hippopotamus et un concert de Kendji Girac pas piqué des hannetons, Pascaline accepte enfin de finir la soirée chez toi. C'est pas le moment de te louper, alors mets toute les chances de ton côté et lance Skiptracing, du Mild High Club, l'hymne officiel de la fédération internationale de coït. Un an après Timeline, ce deuxième album, toujours estampillé Stones Throw Records, reste dans la parfaite lignée du précédent. Tout n'y est que drogue et beauté. Stupre, calme et volupté. Car si Alexandre Bretin a eu la riche idée de laisser au placard l'esthétique low-fi qui plombait un peu Timeline, l'extrême lenteur, l’érotisme et le psychédélisme de ses partitions sont toujours là pour offrir un tout vaporeux à souhait et très agréable à l'oreille. On vous déconseillera donc en toute logique d'ajouter Skiptracing à votre playlist spéciale footing. C'est plutôt dans le catalogue très fourni des sorties psychédéliques de 2016 que cet album fera bonne figure, dans un registre violemment opposé aux GOAT, Thee Oh Sees et autres King Gizard and the Lizard Wizard, mais plus vaguement similaire aux dernières compositions synth-pop de Mac Demarco. Le petit plus qui fait la différence dans le Mild High Club est sa capacité toute particulière à forcer son groove au point de lui asséner cette subtile once de vulgarité, cette caractéristique un peu dérangeante qui ferait passer Marvin Gaye pour un petit chanteur à la croix de bois, Serge Gainsbourg pour un eunuque. (Hugo)

Alkpote & DJ Weedim

Sadisme et Perversion

Alkpote est l'empereur de la crasserie. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que l'empereur est bien accroché à son trône. C'est d'ailleurs son attachement maladif au pouvoir et son amour de l'extrême grivoiserie qui en font un personnage incroyablement polarisant; vénéré par certains qui en font le personnage le plus sous-estimé du rap français, honni par d'autres qui voient en lui un guignol paumé et terriblement caricactural. Mais avec Sadisme et perversion, disque entièrement produit par l'étoile montante DJ Weedim, la ténébreuse mitrailleuse joue la carte de la réconciliation. A sa manière. Car Sadisme et perversion est évidemment d'une grossièreté totale, mais il y a dans la manière de produire cette trap un peu mongolo, dans cette alchimie totale entre Weedim et l'aigle royal de Carthage qui confère un caractère grand-guignolesque et presque quatrième degré à la prose d'Alkpote - on pense aux "MEGA SALOPE" et autres "TRIPLE PLUTE" qui ponctuent les interventions d'une poésie toute particulière. Bien en place dans les pompes d'un personnage 'larger than life', et magnifiquement épaulé par un Weedim qui le comprend comme personne, Alkpote a tout simplement livré un des meilleurs albums de rap français de 2016. La crasse paie. (Jeff)

Acronym

Entangled In Vines

Si Northern Electronics a connu récemment une relative baisse de forme, cela ne saurait occulter l’excellente année 2016 d’Acronym : après son EP Guadalquivir sur NE, le suédois a offert à Semantica ce qui s’est imposé dès la première écoute comme un des tout meilleurs albums techno de l’année. Huit variations d’une techno toujours aussi profonde et maitrisée, qui délaissent l’aspect très progressif et ambient techno de son précédent LP June : là où ce dernier était très linéaire et quasiment prévisible dans ses évolutions, Entagled In Vines multiplie au contraire les points de vue pour affirmer ses ambiances quasi-chamaniques. On y perd certes un peu en matière de grands voyages techno, mais ces huit pistes quasiment identiques par leur approche tout en flux et reflux de kicks sont réellement impressionnantes, la capacité du producteur à créer de l’immersion et convoquer des paysages sonores sur un seul morceau n’étant définitivement plus à prouver. Un album techno qui arrive à enchainer les morceaux hyper efficaces sans passer pour une compilation, il fallait bien s’appeler Acronym pour nous le sortir. (Come)

Emma Ruth Rundle

Marked for Death

Plus le temps passe et plus nous avons de tendresse pour Emma Ruth Rundle. Après un précédent effort solo de toute beauté et un un premier album de Marriages très solide, cette nouvelle parution en solo vient confirmer et affirmer tout le potentiel de la jeune femme qui on n'en doute plus à désormais toute sa place dans nos cœurs entre Chelsea Wolfe et Emily Jane White. Les chansons de l'américaine ont cela d'exceptionnel, outre le fait d'être portées par une voix d'une maîtrise et d'une finesse assez rares, qu'elles développent une tension qui n'explose jamais réellement pour se concentrer plus finement sur justement ces moments qui précèdent l'explosion. Une musique à l'acoustique sombre qui sent l'orage comme l’asphalte après une averse au mois d'août. (Michael)

Westside Gunn

There's God And There's Flygod, Praise Both EP

Comme Le Village de Night Shyamalan, la ville de Buffalo dans l’Etat de New-York semble être resté hermétique aux évolutions du monde qui l’entoure. Les tendances trap, R&B, afro, ne sont jamais passées par ici ; Raekwon, Ghostface et tout le street rap des années 2000, sont restés les seuls mètre-étalon pour les bataillons de emcees du coin. Westside Gunn et son frangin Conway sont les rois de ce rap qui remet au goût du jour les Timberland et les fourrures à plusieurs milliers de dollars. Faisant preuve d’une productivité déroutante (difficile de savoir le nombre exact de projets qu’ils ont sortis cette année, certains n’étant disponibles qu’en version physique et d’ailleurs distribués par le micro-label français Effiscienz), les deux frangins ont mitraillé 2016 à coups de flows assassins et de samples de soul poussiéreux. Et ce court EP, There’s God and There’s Flygod, Praise Both – constituait peut-être la meilleure porte d’entrée dans leur univers. En ouverture, Westside Gunn s’y comparait à Karl Lagerfeld (« I’m tryna get money like that nigga ») sur une prod’ dissonante au possible qui donnait l’impression de s’être réveillé un beau matin dans une chambre de torture.

Deathspell Omega

The Synarchy of Molten Bones

Fin novembre 2016, après 4 ans de silence radio, le fleuron du black metal avant-gardiste français annonce subitement la sortie d’un nouveau disque. Excitation générale, du côté de la fan base comme du côté des groupes de metal eux-mêmes, qui attendent que les maîtres donnent à nouveau le la pour le black du turfu. Hélas, l’inspiration, certes puisée dans le mysticisme religieux le plus ésotérique, semble s’être tarie : Synarchy est plus un EP qu’un disque du haut de ses 29 minutes. On y retrouve sans surprise leurs guitares à rasoir de l'époque Fas, leur jeu de batterie virtuose et leur baragouin en anglais biblique, tout ça copulant dans le chaos le plus extatique. Entre l'intro et l'outro sur fond de trompettes d’apocalypse, l’auditeur est « famished for breath » dans un vortex de riffs grinçants et de blasts sans répit. Mais voilà, ça a beau rester manifestement au-dessus du lot, c’est du réchauffé, et il n’y a pas grand chose de neuf à se mettre sous la dent. Espérons qu’ils ne commencent pas à se faire vieux. (Antoine)