Les oubliés du premier semestre 2014

Moodyman

Moodyman

On a oublié de vous parler de ce douzième album de Moodymann, et c’est une honte. Pour tout vous avouer, on l’a purgé ce disque, avec tant de sérieux qu’ils nous semblait falloir à chaque fois une écoute supplémentaire pour vous en parler correctement. Pourtant, il n’y a rien de mystique dans ce LP titanesque (on vous chronique ici la version 27 titres), tout est une affaire de sens, d’intelligence de jeu et de recul sur la musique. Une deep-house originelle, parfois chantée (les remixes de José James et Lana Del Rey excellent dans ce registre), toujours chaude et pleine de poids. Ce disque est un manifeste politique, aussi, qui ne saurait se départir de ses liens viscéraux avec Détroit, sa misère et ses inégalités. En bref, ce disque éponyme cristallise tous les clichés house de base tout en les sublimant à un échelon supérieur, musicalement presque parfait (et ce « Sloppy Cosmic » en fin de parcours ne saurait nous contredire). Monté comme une sorte de radio à grande échelle, cette version éclatée du LP donne l’impression d’être intouchable dans le panthéon des œuvres noires-américaines de cette année en cours. Kenny Dixon Jr. a frappé fort, très fort.

The Phantom Band

Strange Friend

Fidèles depuis leurs débuts à Chemikal Underground (le label des défunts Delgados), les gars de The Phantom Band continuent d’aligner les albums impeccables dans l’indifférence la plus totale. Il faut dire qu’aussi élégant il puisse être, leur son n’a certainement pas ce qu’il faut où il faut quoi caresser la hype dans le sens du poil. Elégante, riche en textures et tiroirs, sinueuse à souhait et jamais dans la démesure, la musique de The Phantom Band se borne à faire mouche en recyclant dans un mélange de politesse et d’efficacité des influences allant du kraut au folk en passant par la pop, sans jamais sonner indigeste ou forcer le trait. Un vrai petit miracle à une époque où le mélange des genres accouche plus souvent du pire que du meilleur. Quatre ans après un The Wants peut-être un peu moins accessible et certainement plus sombre, le groupe laisse entrer la lumière et continue d’assumer son statut de secret trop bien gardé du rock écossais. C’est déjà pas mal mais il mérite tellement mieux que cela.

Frànçois & the Atlas Mountain

Piano Ombre

On doit bien l’admettre: tout chez Frànçois & The Atlas Mountain pue le produit formaté pour hipsters: un artiste francophone signé chez Domino, des paroles assez abstraites, une feeling global écolo soixante-huitards. Et c’est parfois assez proche de la réalité. Pourtant, tout est loin d’être à jeter dans le dernier album du groupe, Piano Ombre. Il y a d’abord l’ouverture “Bois”, où la voix, les arrangements, la montée des cuivres concourrent à installer une ambiance très prenante. On se demande d’ailleurs bien pourquoi, puisque’ c’est pour enchâiner sur le single “La Vérité”, envers lequel on a la même relation d’amour/haine vis-à-vis du bobo: c’est propre sur soi, mais tellement vain, tant sur la forme que sur le fond. C’est malheureusement plutôt dans ce registre que va évoluer l’album (“Summer of a heart”, “Réveil inconnu”, “La Vie Dure”), quand il n’essaye pas de se rapprocher d’un Grizzly Bear (“The Way to the Forest”). Pourtant, on finit toujours par revenir à ce disque, d’abord parce qu’il est agréable à écouter. Ensuite, parce que les arrangements sont très réussis, et que la production parvient à en tirer le meilleur en gardant cette impression de chansons qu’on pourrait chanter simplement avec une guitare autour d’un feu de bois. Et parfois, ça suffit amplement.

Temples

Sun Structures

Biberonnés au rock des seventies au beau milieu des prairies anglaises du Northanmptonshire, les lutins de Temples se sont engouffrés dans la niche de la neo-psychedelia que les Flaming Lips, MGMT et Tame Impala ont taillé dans le grand chêne du rock, désormais sexagénaire. Et ce qu'on peut déjà vous annoncer, c'est que ces types ne sont pas là pour faire de la figuration. Leur premier album a véritablement fait bondir la presse anglaise, jamais avare en superlatifs lorsqu'il s'agit de mettre en lumière des jeunes pousses prometteuses. Car il est bien question ici d'ambition lorsqu'on entend la production léchée de Sun Structures, avec ces batteries lourdes et planantes, ces guitares sonnant comme des clochettes accrochées au cou d'un hobbit aux pupilles dilatées ou encore la voix polymorphe et androgyne de James Bagshaw. Pitchfork ne s'est tout de même pas privé de gâcher la fête en accusant Temples d'avoir allègrement pillé le catalogue de leurs influences (on entend pêle-mêle du Beatles post-Revolver, les guitares 12 cordes des Byrds, les orgues du Moody Blues sur "Shelter Song", par exemple). Cela serait sans oublier les mélodies qui, elles, ne se copient pas à l'ère du numérique. Une écoute de "Move With The Season" suffit à comprendre qu'on est en présence d'artistes sérieux, qui savent à qui ils doivent leur musique sans toutefois leur faire des courbettes trop polies. On leur pardonnera les turgescences de la fin de l'album en étant intimement convaincus que si leur premier colis représente une véritable percée dans le rock aérien et mystique, le second consacrera ces anges psychés si ils évitent les dangers de la répétition d'une même formule. Mais pour le moment, replongeons-nous encore dans les choeurs de "Keep In The Dark" et savourons l'idée que des hommes puissent encore nous extirper de la croûte terrestre avec de simples morceaux de bois et des cordes de nylon.

Stephen Malkmus & the Jigs

Wig Out at Jagbags

Que reste-t-il du pur indie rock américain en 2014 ? Certains vieux de la vieille vous diront qu'il n'en subsiste plus que de pâles ambassadeurs, soit passés sur une major avide de fric ou abîmés par leurs espoirs déçus en matière d'honnêteté artistique et de rémunération viable. Modest Mouse se tait depuis 2007, les Pixies sortent une compilation d'EP qu'ils travestissent en nouvel album et Arcade Fire... fait tout sauf de l'indie, quoiqu'en disent certains. Il y a bien eu quelques sursauts de grâce en 2006 avec des albums d'Alamo Race Track ou des Figurines, mais qui entend encore parler d'eux à présent ? En fait, il semblerait que l'on doive encore et toujours diriger nos écoutilles vers ce bon vieux Stephen Malkmus pour se rappeler ce qu'est un authentique disque indé. Le leader de Pavement n'a jamais vraiment arrêté de nous en foutre plein la gueule depuis la dissolution de son groupe mythique en 1999 (mais reformé en 2010) puisque l'animal s'est aussitôt empressé de rassembler autour de lui des musiciens de talent sous le nom de "Jicks" avec qui il a sorti une chiée d'albums plus parfaits les uns que les autres. Et ce n'est pas Wig Out At Jagbags qui mettra fin à cette série impressionnante. Malkmus chante toujours avec ce mélange de désinvolture juvénile et de malice propre à ceux qui en savent plus que la moyenne. Il ne s'agit pas ici de montrer aux jeunes générations ce qu'est la philosophie indie, l'éternel branleur magnifique entend plutôt nous faire comprendre qu'on aura beau chercher autre part, il faudra toujours revenir vers lui en chialant car on n'a toujours pas trouvé meilleur songwriter dans ce genre plutôt casse-gueule. Dire que le disque est cohérent relève presque d'un pléonasme lorsqu'on aborde une œuvre de Stephen Malkmus. Pour certains, cela pourrait apparaître comme de l'auto-complaisance, mais quand on a trouvé un tel son en 1989 et qu'il sonne toujours aussi bien 25 ans plus tard, pourquoi aller voir plus loin ? Ne serait-ce pas un peu l'accomplissement que tout artiste recherche en amorçant sa carrière ? En tout cas, ce type peut continuer à composer des titres comme "The Janitor Revealed", "Shibboleth" ou "Houston Heades" jusqu'à ce qu'il se bave dessus en fauteuil roulant, ça nous convient parfaitement.

Kaaris

Or Noir pt. 2

La chronique de l’Or noir de Kaaris a été une des plus lues de toute l'histoire de GMD, et c'est paradoxalement un des artistes qui divise le plus au sein de la rédaction. Bref, on ne pouvait en toute logique pas manquer de gloser sur ce Or noir Part 2 – l’album accompagné d’un second disque d’inédits. On ne vas pas tortiller du cul pour chier droit : cette collection de nouveaux titres est une nouvelle fois un des meilleurs trucs rap que l'on ait écouté cette année. Au menu : des productions en béton armé et des punchlines douces comme un fistfucking au gros sel. On ne saurait toutes les écrire mais on peut vous dire de ne pas manquer « SEVRAN », « Chargé », « Killé » ou « Je remplis l'sac » et de vous faire aider par ParGenius des fois que vous n’arriveriez pas à suivre. Ici, pas de morceaux pour lycéennes de banlieue comme Booba peut en faire pour tempérer sa violence. Non, la nouvelle livraison de Kaaris est un vrai disque de mâle alpha. Après tout, on ne réclamait que ça.

Exmag

Proportions

Pour se frayer un chemin dans le vaste monde des beatmakers il en faut en avoir soit dans le pantalon, soit dans la caboche. Les quatre d’Exmag eux l'ont joué tout en finesse. Ils pouvaient certainement signer sur Soulection ou HW&W et s'assurer une visibilité confortable, mais ces messieurs ont préféré rejoindre les rangs du tout jeune label Lowtemp. Finalement ce n'est pas plus mal, car pour tenir tête à Ta-Ku et consorts il est préférable de jouer dans une autre team plutôt que de finir sur le banc de touche à regarder les camarades faire mieux que soi. On vous l'a dit les mecs sont malins, mais mieux encore ils savent se montrer délicats, et là où d'autres martyrisent leur MPC, Exmag compose soft. Quelques petits riffs de gratte sur des mélodies soulful, c'est basique mais ça fonctionne. Tout au long de Proportions aucun risque n'est pris. Cela peut déplaire mais l'avantage est là : l'album se tient et on l'écoute jusqu'à la fin sans indigestion. Exmag est loin d'être une clique de génies, mais ils semblent avoir du recul et être conscients de leur potentiel, alors ils y vont avec modération, ils s'économisent pour tenir sur la longueur dans le dur monde des beatmakers où chaque jour des petits nouveaux débarquent et "d'anciens" disparaissent.

Cherry Ghost

Herd Runners

Cela fait bien longtemps qu’on a arrêté d’écouter Elbow à la rédaction de GMD. Tout d’abord parce que la bande de Guy Garvey a arrêté d’être intéressante il y a une paire d’albums maintenant, et ensuite parce qu’on n’a plus personne pour vous parler un peu correctement du groupe. Pourtant, à l’époque où Elbow commençait à nous saouler avec sa bienveillance et sa bonhommie excessives, on avait déjà pris le parti de parier quelques kopecks sur Cherry Ghost. Avec Beneath this Burning Shoreline, on avait découvert un songwriting limpide et lacrymal, romantique sans donner dans le sentimentalisme bidon, et ne sombrant jamais dans le pathos inutile ou dans l’effet de manche bidon. Et le constat est plutôt simple : avec ce troisième album, intitulé Herd Runners, le groupe de Bolton livre une copie en de nombreux points similaires, tant au niveau du fond que de la forme. Et de la qualité aussi. Disque automnal par excellence, Herd Runners n’attendra que le retour de températures moins clémentes pour vraiment vous séduire. En attendant, que cela ne vous empêche pas de vous familiariser avec un groupe qui, vu son absence totale de reconnaissance par chez nous, ne risque pas de s’embarquer dans une tournée européenne. Dommage…

Mozes and the Firstborn

Mozes and the Firstborn

Crachant depuis les Pays-Bas quelques glaires électriques, Mozes And The Firstborn ranime les passions adolescentes que l’on avait écorchées dans le Grunge des 90’s. Ces éructations ne sont toutefois pas si virulentes et relèvent plutôt du nez qui coule que des lèvres écumeuses. D’ailleurs, sous la tutelle du garage-pop, les enfants sales n’ont pas oublié de se moucher dans la soie néo-psyché, faisant ainsi le tri au sein de leur éducation éclectique à laquelle ils empruntent néanmoins une structure et une noblesse — juste de quoi pisser en finesse sur la cuvette, manger du saumon la bouche ouverte et claquer la porte pour se tirer avec la Benz de papa. Jusque là, rien d’original avec la figure de l’adolescent qui traine des pieds en ricanant. Mais Mozes And The Firstborn dépasse les clichés en insufflant l’esprit de la liberté dans le carcan de ce rock éprouvé et rebattu. Au travers de grosses distos, de reverbs vocaux et de tourbillons hallucinés, point la route des vagabonds, celle qui permet de voir les astres et leurs mouvements, loin des lumières fixes de la ville. Avec leur premier album, les Néerlandais démontrent qu’il suffit de brefs écarts pour sortir de la rigidité pop, tout en la gardant visible, et frapper de fougue : si les fugues timides s’obstinent à suivre des chemins au lieu de couper à travers champs, elles n’empêchent aucunement d’observer les fossés, riches d’une multitudes de fleurs, de mauvaises herbes et de déchets délectables.

Vril

Torus

Ce n'est pas faute d'avoir essayé de chroniquer cet album en temps et en heure. Mais, rien n'y a fait le rédacteur s'y est cassé les dents à chaque fois. Pourtant ce gus de rédacteur avait tous les ingrédients en main : un Vril qui fait ses armes sur Delsin Records avant de lâcher ce fameux Torus sur Forum (label où officie Prince of Denmark), une techno qui s'aère en injectant de belles rythmiques house et un statut d'outsider au milieu des grosses sorties techno de 2014. On s'étonne d'ailleurs du peu de publicité que ce projet a reçu. A notre humble avis ce disque aurait tapé un bon gros 9/10 des familles. Histoire de vous donner une petite idée du potentiel de l'album, on le met en balance avec les Lucy, Inigo Kennedy et autres Kangding Ray. Rien que ça. Pour vous convaincre de ce potentiel de jeune premier, on vous renvoie directement aux magnifiques « XXXII », « Torus CXXVIII » et « Torus VIII ».

Tryptikon

Melana Chasmata

Un deuxième disque pour Triptykon, c’est surtout un énième retour pour Thomas Gabriel « Warrior » Fischer. L’homme derrière Hellhammer et Celtic Frost, impossible à canaliser plus de deux sorties à la suite, reprend donc du service et offre un successeur à l’excellent Eparistera Daimones sorti quatre ans plus tôt. Que dire dès lors, sinon que ce Melana Chasmata s’impose, avec les dizaines d’écoutes au compteur, comme l’un des plus gros disques de metal de l’année. Un disque épique et extrêmement précis (l’héritage Celtic Frost, sans doute), forcément narratif à l’extrême, qui bâtit de grandes cathédrales dark metal à base de guitares acérées et d’ambiances intrigantes. Un disque polymorphe qui ne s’embarrasse d’aucun code, d’aucun cahier de charges pour tout miser sur la mise en abîme sonore et les constructions plus ou moins complexes. Cela fait trente ans que le metal de l’ami Fischer demeure inqualifiable (quoique son apport au doom thrash, death et black metal est indéniable), et cette plaque de Triptykon ne dérogera pas à la règle : doom-metal à tendance gothique ? Difficile d’en dire plus. La seule alternative possible dans ce cas est de se lancer tête baissée dans cette nouvelle œuvre labyrinthique de la légende suisse.

Chris Garneau

Winter Games

Si on n’a pas parlé du Winter Games de Chris Garneau, c’est moins parce qu’on l’a laissé passer que parce qu’il s’est partiellement imposé comme la B.O. d’un début d’année, le genre d’environnement sonore qui finit par devenir naturel et qui se révèle malgré lui difficile à décrire. Dévoilé en décembre 2013 au format digital avant une sortie dans les bacs en avril, ce quatrième disque du natif de Boston est de loin le plus abouti. Sans renier les balades charismatiques qui ont constitué ses premiers succès (qu’on songe à “Baby’s Romance” sur Music For Tourists), Garneau tente ici de dépasser le seul piano, en lui associant tantôt d’autres cordes, tantôt d’improbables bidouillages électroniques (qui tendent quelquefois vers le baroque, comme sur le superflu “Oh God”). L’ensemble est remarquable de profondeur et de densité : sur “Winter Song 2” les violons et violoncelles s’associent à une polyphonie discrète pour aboutir à une harmonie faussement feutrée, tandis que sur “Pas grave”, témoignage de la francophilie de l’artiste, la voix s’efface progressivement pour mimer autant la séparation relatée que la désinvolture feinte avec laquelle celle-ci est vécue. Au final, ce dernier titre synthétise bien l’album : faussement naïf, il associe le déchirement à la légèreté et affiche une simplicité de façade qui peine à dissimuler des arrangements minutieux. En un mot, le travail de Garneau déborde à la fois d’une délicatesse et d’une angoisse qui rappellent celles des Antony Hegarty, Perfume Genius et, allons-y franchement, Elliott Smith.

Omar-S

FXHE Anniversary Compilation 2

Vu la propension qu’à Omar-S, légende qui s’ignore de la musique électronique de Détroit, à vivre sa musique dans une discrétion que l’on pourrait tout aussi bien apparenter à du je-m’en-foutisme, il était presque normal que l’on « oublie » de parler de ce disque. Il nous avait déjà fallu redoubler d’attention pour ne pas louper la première compilation anniversaire de son label FXHE, que nous avions chroniquée dans le détail. Par contre, pour ce second volume, on n’a rien vu venir. En même temps, ce nouveau mix estampillé FXHE réunissant une fois de plus des bombinettes parues ces dix dernières années, la nécessite de coller à un planning était forcément moindre. Et là où le premier numéro réunissait des artistes signés sur la label, cette nouvelle livraison se concentre exclusivement sur des productions signées Omar-S. Des titres présents sur son Fabric 45 de 2009 à d’autres piochés dans ses différents albums en passant par des singles dont on n’avait jamais entendu parler, il y à boire, à manger et à groover sur cette grosse heure de musique qui oscille entre raw house et techno câline. Comme d’habitude avec Omar-S, c’est accessible sans être plan-plan et joyeux sans être exagérément hédoniste. Du Omar-S quoi.

I Break Horses

Chiaroscuro

La dernière fois qu’on vous parlait de I Break Horses, c’était en 2011 pour un premier titre qu’on rapprochait de M83. Le groupe suédois, toujours signé chez Bella Union, a sorti en janvier un second album, et il semble avoir suivi la même trajectoire que M83: les nappes de guitares ont été mises en peu en sourdine et remplacées par des claviers. Le résultat est honorable, même s’il n’est pas indispensable. Il semble clair que l’ambition de Maria Lindén et Fredrik Balck est de rendre leur musique plus accessible. C’est en tout cas ce qui ressort des singles “Faith” et “Denial”, tout à fait radiophoniques grâce à une batterie électronique entrainante, qui accompagne la jolie voix éthérée de Maria et quelques claviers, sonnant même parfois 80’s comme sur “Disclosure”. D’autres titres font toujours le pari s’une structure moins formatée, parfois avec une certaine réussite (“Berceuse”), parfois avec une certaine lourdeur (“Ascension”). N’est pas The Knife qui veut! Bref, un album de pop scandinave qui démontre que nos amis du froid sont aussi à l’aise dans des registres un peu moins immédiats que ceux de Robyn ou de MØ.

Horse Meat Disco

IV

L'été, c'est toujours l'occasion idéale de rompre avec la monotonie musicale: c'est d'ailleurs souvent à ce moment de l'année que le fou de rock indé se reconvertit le temps d'une canicule en wigger qui fait résonner Notorious B.I.G à pleines basses dans sa Twingo d'occasion. Et en bons wiggers, on apprécie toujours un bon titre disco de derrière les fagots pour faire redescendre la pression entre deux mixtapes. Et ça tombe bien, puisque chez Horse Meat Disco, ça fait déjà quatre volumes qu'on s'amuse à compiler d'obscures reliques disco diggées dans les brocantes ou chez de vieux disquaires pas encore en liquidation judiciaire. Et ça fait quatre volumes que c'est un vrombissant succès, un succès d'autant plus garanti que les gars ont le chic pour flairer la tracklist qui aligne sans broncher son quintal de basslines qui bouncent du gros, ses violons qui transpirent le fion et même quelques edits et remixes saugrenus qui invitent les boîtes à rythmes house à cette fête déjà pas avare en moments de bravoure. Tu cherchais la bande-son idéale pour ta pool-party ? Tu peux foncer les yeux fermés sur ce quatrième volume, et on peut déjà t'assurer que tu vas faire des heureux.

Para One

Club

Il faut avoir quitté le bateau French Touch 2.0 au dernier moment pour réaliser que Para One est probablement l'ultime bastion encore debout d'une scène qui a pris des allures de compost. Ironie du sort, l'album dont on vous parle n'est rien d'autre qu'une autre affaire de recyclage: celle d'un producteur à ce point fier de son album (l'excellent Passion) qu'il se permet de lui offrir un lifting dancefloor deux ans après sa sortie initiale. On avait tout pour voir de de l'égotrip dans cet exercice, il n'en sera rien: Club apporte à un album qui s'écoute en chaussons lapin un coup de pied au cul bien balancé, qui corrige même les défauts de son calque en couplant le groove violence d'un Thomas Bangalter avec le UK Garage furieusement romantique de MJ Cole. On repassera pour la nouveauté – mieux vaut attendre pour ça la bande-son du prochain Céline Sciamma – mais on reviendra à ce Club pour son efficacité redoutable qui, malgré ses quelques pointes de putasserie, nous permet d'affirmer que même un mauvais Para One vaudra toujours mieux qu'un bon Boys Noize. A bon entendeur.