That’s it folks. Après 23 années d’activité et plus de 1700 groupes programmés depuis ses débuts en 1995, le Vans Warped Tour, emblématique festival itinérant dédié au punk rock et autres genres affiliés, vient de conclure sa toute dernière édition ce dimanche 5 aout à West Palm en Floride. Depuis de nombreuses années, ce « punk rock summer camp », qui a déjà traversé les 51 états américains ainsi que l’Europe, le Japon ou la Nouvelle Zélande lors de quelques éditions exceptionnelles, était devenu un rendez-vous incontournable de l’été pour la génération punk & skateboard des années 90 et 2000. Retour sur quelques points qui entourent l’un des événements fondateurs de cette communauté.

"J'ai été très chanceux d'avoir voyagé à travers le pays et parfois dans le monde entier en tant que l'un des fondateurs et producteurs du Vans Warped Tour", déclarait il y a quelques mois Kevin Lyman responsable mythique du Vans Warped Tour et ancien stage manager pour le festival Lollapalooza. "Aujourd'hui, avec beaucoup de sentiments mitigés, je vous annonce que l’année prochaine sera la dernière édition cross-country du Vans Warped Tour. Je suis en train de réfléchir sur l’histoire incroyable de cette tournée, sur ce que signifie la dernière édition pour notre communauté et je suis impatient de voir ce que nous ferons pour commémorer le 25ème anniversaire de la tournée en 2019."

L’annonce aura généré tristesse et nostalgie du côté des fans et musiciens qui ont un jour eut l’honneur d’y jouer, mais le constat est inéluctable. Après plus de deux décennies à parcourir les Etats-Unis en long, en large et en travers, il est temps pour le Vans Warped Tour de tirer sa révérence. Peut être plus autant au sommet qu’il y a quelques années mais toujours aussi important en terme de fréquentation grâce à son tarif très accessible, ce festival itinérant et la plupart du temps en plein air, restera un symbole important pour la communauté punk/rock qui a grandi au fil de ses éditions.

Le meilleur des tremplins

« Couldn’t wait for the summer and the Warped Tour » chantait déjà en 2001 Mark Hoppus dans un morceau de Blink 182. En 23 ans, nombreuses formations ont pu considérablement asseoir leur hégémonie sur le reste de cette scène et bien d’autres groupes ont pu compter sur la notoriété du festival pour faire décoller leur carrière. Au milieu de cette gentille troupe itinérante qui compte sur l’aide d’environ 1000 professionnels chaque été pour assurer son bon déroulement,  tous les groupes que vous avez pu entendre dans vos jeunes années en jouant à Tony Hawk Pro Skater s’y sont probablement déjà produits. De la présence de grosses stars du genre comme Green Day, Blink 182, The Offspring, Rancid ou de la vague Emo/Post Hardcore des années 2000 à la My Chemical Romance, Thursday ou The Used en passant par la nouvelle génération pop/punk représentée par The Story So Far ou autres Neck Deep, un immense vivier de jeunes formations s’y est un jour déjà produit. Notons ainsi que d’autres artistes plus « grand public », comme Eminem, Katy Perry, Kid Rock, Limp Bizkit, les Black Eyed Peas, N.E.R.D, Linkin Park, Billy Idol ou encore M.I.A ont pu un jour participer à une ou plusieurs dates du Warped Tour contribuant à forger un peu plus sa légende.

Au fil du temps, l’offre musicale a été renouvelée et la diversité du line-up s’est également affirmée avec l’ajout d’headliners plus orientés hardcore, metalcore, rap ou encore indie-rock. Au niveau des groupes qui auront le plus souvent squatté l’affiche au fil de son histoire, on trouve les pop/punks canadiens de Simple Plan (12 présences tout de même), le groupe de ska Less Than Jake et Anti-Flag (10) les vétérans de Pennywise (9) ou encore Every Time I die (avec 8 présences).

De la première édition en 1995 qui comptait No Doubt, Sick Of It All ou encore Quicksand au menu, jusqu’à cette dernière mouture 2018 dont Hatebreed, New Found Glory, ou Turnstile sont les noms les plus ronronnants, aucun festival américain ne pourra se targuer d’avoir permis l’éclosion d’autant de formations aux genres si hétéroclites. Si des poids lourds comme Fall Out Boy, Paramore ou Avenged Sevenfold en sont là ou ils sont aujourd’hui, c’est très certainement parce qu’ils ont sillonnés l’Amérique pendant plusieurs années à bord du Warped Tour.

Notons enfin que le VWT est particulièrement soucieux de mettre en avant de jeunes formations peu ou pas connues du grand public. Chaque année, ce sont plus de 10 000 groupes locaux qui s’inscrivent au fameux Ernie Ball Battle of the Bands pour avoir la chance de décrocher un lot en tout début de journée afin de pouvoir partager leur musique à une plus vaste audience. Le programme de la journée change d’ailleurs tous les jours pour parfois permettre à certains groupes de s’octroyer un créneau plus avantageux.

Un sentiment familial

L’un des éléments inscrits dans l’ADN du festival, c’est aussi la proximité dont peuvent jouir fans et musiciens sur le site. De nombreux stands de merchs tenus par les groupes eux-mêmes, des sessions signature, des barbecues…Tout est mis en place pour faciliter les interactions et casser la distance qui existe entre les artistes et leur public, comme c’est généralement le cas durant d’autres évènements de la même envergure. La plupart des groupes présents à l’affiche se connaissent bien et il n’est d’ailleurs pas rare de croiser des musiciens dans le public pour assister aux performances de leurs collègues, tout cela renforçant encore un peu plus ce sentiment de communauté. Oui, le Warped Tour est un festival pour lequel les groupes invités ne cessent de clamer leur amour et leur honneur d’être convié à la fête et tout cela se ressent.

De plus, grâce à une ambiance survoltée mais toujours bon enfant, de nombreuses familles pour lesquelles assister au Warped Tour est devenu une tradition annuelle, font également le déplacement. L’âge des participants tournant principalement autour de 15-25 ans, le festival a judicieusement décidé en 2013 d’accorder l’entrée gratuite aux parents qui souhaiteraient accompagner leur chérubin sur le site. Une zone spéciale est d’ailleurs dédiée aux parents sur chaque étape de la tournée pour que ceux-ci puissent tranquillement patienter pendant que leur progéniture s’épanouit toute la journée dans les moshpits.

Une histoire d’amour qui dure

Evoquer le Warped Tour, c’est aussi et évidemment se pencher sur le partenariat qui unit la tournée avec son principal sponsor, Vans, et ce depuis sa 2ème édition. Dès ses prémices, le Warped Tour a immédiatement rattaché son image à celle de la marque de skateboard, dont les activités ont débuté en 1966, et a fortement contribué à l’explosion populaire de la firme. “Avant que nous commencions à nous impliquer dans le Warped Tour, nous n’avions pas l’exposition suffisante à l’échelle nationale pour faire parler de nous». Ces mots, ce sont ceux de Doug Palladini, président de Vans. Dans les années 70, la compagnie commençait à faire l’unanimité au sein de la communauté des skateurs californiens et sa popularité accompagna naturellement la scène punk, également férue de sports extrêmes, dans son éclosion. Des représentations de skateboards ou des démonstrations BMX furent d’ailleurs immédiatement présentes sur le site du Warped Tour dans les années 90 et il n’est pas rare encore aujourd’hui que certains performeurs attirent autant de monde que des musiciens programmés en même temps. Bref, le Warped Tour a définitivement contribué à façonner l’image de Vans en tant que marque « contre-culturelle » et inversement. Si l’affection mutuelle que se porte ces deux communautés semblent aujourd’hui on ne peut plus logique, il aurait pu en être tout autrement. Pour l’anecdote, Kevin Lyman a affirmé dans une interview accordée il a quelques années, que lui et son équipe avait en 1996 un rendez-vous préalable avec Calvin Klein pour discuter partenariat. Il se trouve qu’un énorme blizzard empêcha les équipes de la marque de mode de rencontrer Lyman et ses partenaires. Entre temps, Vans se mit sur le coup. En 15 minutes, le deal était conclu. Et le reste fait partie de l’histoire.

Un festival qui a (aussi) du cœur

Qui dit punk et hardcore, dit également message. Au delà de l’organisation de l’évènement, Kevin Lyman, philanthrope reconnu, s’est également investi dans le monde associatif pour proposer au fil des années à plus d’une centaine d’associations, dont une vingtaine suivant la tournée sur l’intégralité des dates, de s’installer sur le site du festival. Grâce a son soutien marqué envers ces associations dont les causes représentées sont variées, Lyman a pu recevoir en 2009, le prix de l’Humanitarian of the Year par Bilboard, et en 2014 lui et son festival sont rentrés dans le Guinness World des Records pour la plus grande collecte de nourriture sur 24h à un seul endroit. Le Warped Tour peut également se targuer d’essayer d’être une tournée la plus verte possible, dans la lignée des associations qu’elle invite. La plupart des transports utilisés pour véhiculer les équipes roulent au bio-diesel et une scène complète fonctionne à l’énergie solaire. Des efforts sont également fait au niveau du catering, pour limiter les déchets plastiques. Et toujours dans le même esprit, l’initiative Warped Eco est également mise en place depuis plusieurs années pour permettre aux professionnels et bénévoles de nettoyer les sites pendant et après le passage du festival afin de minimiser son impact sur l’environnement. Les punks ont du cœur.

Best summer ever

Si la mort du Warped Tour marque en quelque sorte la fin d’une ère, son souvenir ne s’effacera surement pas d’aussi tôt dans le cœur des passionnés. Pour les nombreux amateurs qui n’auront jamais eu la chance d’y assister, le Warped Tour restera forcément une référence culturelle importante. En plus d’être une porte sur de nouveaux horizons et un moyen de découvrir une quantité astronomique de groupes, cette machine bien huilée aura surtout contribué à populariser le punk dans le monde entier, en donnant l’impression à ceux qui s’y intéressent d’appartenir à quelque chose qui dépasse les frontières. Pour cela, merci pour tout et bonne nuit, Warped Tour.