L'année se termine, on a du retard sur la plupart des trucs qu'on voulait vous livrer et tout le monde planche sur les sempiternels tops de fin d'année (nous y compris). Au beau milieu de cette foire à l'hyperactivité, on en profite pour revenir sur les meilleures mixtapes sorties ces derniers mois. Le temps de quelques paragraphes bien sentis, on fait le point sur ces tapes qui ont agité le cocotier du rap jeu, qui ont fait cramer les serveurs de Datpiff ou, qui nous ont tout simplement foutu des papillons dans le bide. Une fois de plus, Goûte Mes Disques se la joue dealer de bonne came. Gratuite par dessus le marché. Ne nous remerciez pas.

Simon, Jeff, Aurélien

Rich Gang - Rich Gang: Tha Tour pt. 1

Pratiquement tous les gros labels et majors se sont battus pour attirer Young Thug et Rich Homie Quan dans leurs rangs. Normal quand on cumule comme eux toute la hype et les attentes du rap jeu de demain. Toujours est-il qu’après une lutte acharnée, c’est finalement Cash Money (Lil Wayne, Drake, Nicki Minaj, Tyga ou Bow Wow) qui s'est fait plaisir en s’offrant les deux emcees avec à la clé des contrats qu’on imagine juteux. On n’est donc pas étonné que Birdman, en bon patron qu’il est, ait décidé de jouer avec ses nouvelles acquisitions d’entrée de jeu. Florentino Perez a fait de même avec CR7 et Gareth Bale, la logique est respectée. L’association Thug/Quan n’est pas nouvelle, elle marche carrément bien dans ce Rich Gang : Tha Tour Pt.1. Aucune nouveauté ici, le duo s’appuie sur ce qui a fait sa force par le passé : Rich Homie Quan (Future du pauvre pour certains, next big thing pour d’autres) joue la carte de la sobriété avec son flow chantant admirablement calé dans ses temps pendant que l’autre gugusse joue les fanfarons sur la ligne de front. Parce que, clairement, si Rich Homie Quan c’est Xabi Alonso, Young Thug c’est Balotelli : un branleur génial qui ne joue pas comme les autres (ces envolées de voix, bordel !), qui fait uniquement ce qu’il veut quand il veut, et qui, au moment où tu te dis qu’il est surcoté, te cale une lucarne des quarante mètres. Une association entre l’eau et le feu qui cartonne parfois, et qui fait le taf avec les honneurs tout le temps. Une qualif’ en huitièmes de finale, sans trop forcer. (Simon) 

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Travi$ Scott – Days Before Rodeo

Un jour, Travi$ Scott sortira son premier ‘véritable’ album. Un disque qui sortira probablement sur G.O.O.D. Music ou Def Jam, aura été teasé à outrance, et sur lequel on croisera les usual suspects du rap jeu. Les attentes seront logiquement immenses. Mais contrairement à ce qu’on voudra nous faire croire, ce n’est pas pour tout de suite. Pour le moment, le Texan vit la good life, produit pour des grosses cylindrées, se la joue star des catwalks, s’offre des couvertures de magazines spécialisés et affole la constellation mixtape en offrant au téléchargement des titres qui n’auraient pas été retenus pour ce fameux premier album, Rodeo. Days Before Rodeo donc, pour en remettre une triple couche de sauce andalouse après avoir posé quelques crapuleux jalons avec Owl Pharaoh l’année dernière. Douze titres qui voient Travi$ Scott puiser pas mal de son inspiration chez un certain Kanye West (notamment dans son utilisation de l’autotune) et s’inscrire dans une veine mi-thug mi-hipster assez fédératrice. Douze titres (et quelques gros singles) où le emcee affiche un tel magnétisme que les présences de Young Thug, Big Sean ou Migos sont vite reléguées au second plan. Travi$ Scott, big in 2014, probably huge in 2015. (Jeff)

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Ty Dolla $ign - Sign Language

Notre côté canaille nous fait parfois oublier qu'il y en a qui n'ont pas attendu la retraite de DJ Abdel pour sortir de la mixtape R&B au kilomètre. Honte à nous donc, si l'on aborde le sujet en cette fin d'année, en omettant les récents cartons de TeeFlii ou PARTYNEXTDOOR. Pourtant, il n'y a guère que Ty Dolla $ign pour nous faire comprendre à quel point le genre a toute sa place dans nos dossiers Hood Therapy. D'abord (et surtout) parce qu'il invite très régulièrement la crème du rap jeu à sortir quelques vers savoureux entre deux refrains à la cyprine (citons ici les performances remarquables de Casey Veggies, YG ou T.I), ensuite parce qu'il est l'un des rares à perpétuer l'incontournable association entre MC et chanteur sans que la cohabitation paraisse poussive ou téléphonée. Et cette alchimie, elle est avant tout due à la direction artistique prônée par le chanteur préféré de ta meuf, et qui le voit opter pour les productions sensuelles d'un D.R.U.G.S plutôt que pour celles plus rentre-dedans de son bro de cœur DJ Mustard. Pour autant, s'il épure sa présence à l'extrême, ce n'est que pour rendre sa participation plus percutante et habile encore. La preuve? Enfile toi la tape de A jusqu'à Z et tu verras bien ce qui arrive quand le beat entêtant de "Type Of $hit I Hate" vient t'enfoncer les tympans. Succès garanti. (Aurélien)

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Boosie Bad Azz – Life After Deathrow

Cinq ans c’est long. Surtout quand tu les passes en taule. Enfin, pour tout bon rappeur qui se respecte, le passage en zonzon c’est comme l’entrée à l’université : ça fait bien sur le CV. Surtout quand tu t’appelles Lil Boosie et que tout le monde te considère comme le petit prince de Baton Rouge depuis un paquet d’années. Fini Lil Boosie, on l’appelle désormais Boosie Badazz (oui c’est un blase en papier mâché, on sait) et on accueille son Life After Deathrow avec un plaisir certain. Parce qu’à force de se coltiner de la trap music de brutes, on aime s’envoyer de temps à autre du gros rap de sudiste, avec ses claviers qui claquent et son ambivalence émotionnelle. Life After Deathrow c’est du gros travail de gangsta, de gros O.G. qui s’en battent les noix de la mode qui consiste à foutre des gros drills partout et qui trace son sillon de manière claire-obscure, entre grosses émotions et froid réalisme. Certains diront que cette tape manque de feux d’artifice, nous on constate simplement que c’est le genre d’exercice qui prend plaisir à se digger lentement, pour finalement révéler un vrai gros disque rempli de grosses productions et de flow assurés. Seuls les vrais reconnaissent vrai. (Simon)

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Rome Fortune - Small VVorld

OK, Small VVorld est plus un (très bon) EP qu'une véritable mixtape. Mais c'est surtout un prétexte idéal pour faire le point sur la carrière du MC maigrichon, lui qui nous a offert trois projets en moins d'une douzaine de mois - une vitesse de croisière qui irait presque taquiner le museau d'un certain Lil B. Car l'habitué des terrains fréquentés par les bâtards sensibles d'OVO a su mettre progressivement de l'eau dans sa bouteille d'Hennessy. Plus que sur n'importe quel autre projet auquel il a participé, Small VVorld a mis en évidence une facette qui présente son géniteur plus proche d'un André 3000 que d'une énième copie de Drake. Plus extraverti et pimp que jamais, le projet est porté par une production qui tape invariablement juste, permettant à Rome Fortune de jongler entre pop sucrée ("Workin Gal", le tubesque "FriendsMaybe" avec ILOVEMAKONNEN) et ratchet music de cathédrale ("5 Seconds Rule"), sans se priver de quelques incursions sur ses territoires de prédilection ("Why", "Suit Case"). Bref, malgré son aspect casse-gueule et risqué, Small VVorld alterne entre les univers mais se montre à l'arrivée tellement cohérent qu'on espère pouvoir entendre rapidement le premier véritable LP de Rome Fortune - prévu pour l'an prochain. Grosse saveur donc. (Aurélien)

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