Tracklist

  1. I Believe in Miracles - Jackson Sisters
  2. Don’t Stop (Unreleased Long Version) - SpaceArk
  3. Let’s Get Down With The Beat - Tomorrow’s People
  4. Plastic Doll - Dharma
  5. 121 ((Doug Willis Raw Edit) - Carlos Romanos
  6. High Light (Todd Terje Rekutt) - Barrabas
  7. Spacer Woman (Vocal Version) - Charlie
  8. Placeholder - Body in the Thames
  9. Storm Cleaned - Flora FM
  10. Be Za Girl - KW Griff
  11. We Need Dat - Arma
  12. Pick Up - El James
  13. Toxiccc - CASINA
  14. Bridging Mechanics - Pépe
  15. R.I.P. (Phillip D Kick’s footwork jungle edit) - Remarc
  16. Awfully Deep - PZG & Dubsknit’s
  17. Return - Chump Change
  18. Head East - Mayflo

Passé de sombre grouillot de « la scène » à nouvel espoir flamboyant de la dance française en sortant le très riche et étonnant EP (post) footwork Travail du Pied sur Beat X Changers, le jeune et fringant Mayflo a amené avec lui une gouaille et une expérience très moderne, libérée et collective, de la production. Parmi la faune locale, le garçon se glisse partout, pas tant par appétit du réseau que par passion pure : loin des étiquettes les plus bankables, on le croise le plus souvent dans les interstices branlants dans lesquels on entend des samples, de la MPC, des kicks joueurs et où on peut encore rencontrer des ferrailleurs aux grands coeurs. Une chose est sûre, de loin comme de près, Mayflo passionne autant qu'il confuse, que ce soit en tant que musicien, DJ ou même radio host pour à peu près toutes les crèmeries que compte Paris. Le prix, sans doute, d'une exigence de liberté et d'un refus de tout calcul. On s'est donc dit que ce serait pas mal de lui demander de faire parler la poudre pour nous aider à définir des contours plus nets à son horizon. Spoiler, ça ne nous a pas tant éclairé. Il va falloir s'y résoudre : c'est en ayant les coudées les plus franches que la garçon fait opérer sa magie. Et la vibrante heure de mix qu'il livre aujourd'hui en est la meilleure illustration. Mayflo is a feeling.

La sortie de ton EP Travail du Pied t'a installé sur la carte des producteurs hexagonaux qui discutent avec la musique actuelle de Chicago. Pourtant, à y regarder de plus près, tu es loin de te cantonner aux hybridations footwork. Y a méprise sur cette étiquette ?

Alors oui, on peut clairement dire que j’ai un faible pour la footwork. C’est une musique dont je suis tombé amoureux il y a un moment, et qui est tellement créative et dynamique, ça me fascine. Quand je me suis mis à produire, c’est ce qui est sorti le plus naturellement, même si, à mes débuts, je connaissais assez mal ce registre. Pour autant, en tant que DJ, c’est plus de la house et de la techno que je viens. Et puis je joue aussi pas mal de disco, de funk, d’afro au Mellotron par exemple. En fait, j’aime beaucoup de trucs, et je m’ennuie si je reste sur un seul délire. C’est valable dans la musique, comme dans les autres aspects de ma vie d’ailleurs. De toute façon j’évolue beaucoup, en tant qu’humain et en tant qu’artiste, et ça veut aussi dire que je me déplace continuellement dans le spectre musical. Ces derniers temps par exemple, je me suis mis à écouter et à jouer pas mal de break, d’electro, de ghettotech, de bass.

En résumant un peu, tu t'es construit au milieu de deux bandes assez différentes : les jeunes loups d'ItineraireBis, avec qui tu joues souvent, et la communauté vétérante de producteurs Beat X Changers. Comment définirais- tu ton environnement ?

C’est vrai que les deux univers sont très différents. D’un côté, ItinéraireBis correspond aux soirées house-techno parisiennes plutôt grand public, assez jeunes, qui restent garantes d’une qualité musicale et d’une certaine originalité, toujours à la recherche de formats ambitieux. Je pense qu’une chose qui a permis le succès du collectif, c’est sa volonté de toujours rester « bonne ambiance », face à des crews ou organisateurs qui ont parfois mauvaise réputation. On cherche à être cool, à former une communauté de personnes qui reviennent car elles apprécient la musique, mais aussi l’humain. De l’autre côté, Beat X Changers est très ancré dans les communautés de danseurs hip-hop et house. Ça fait bientôt 10 ans que le label existe, et il a réussi à fédérer plein de gens autour de sa conception d’une musique large mais pointue, avec toujours cet objectif : la danse. C’est toujours kiffant d’aller à leur soirée mensuelle parce que tu retrouves tout le temps les mêmes gens, c’est presque familial en fait. J’y vais souvent en équipe, et on essaie de pas en rater une parce que t’en prends plein la vue et plein les pattes. D'ailleurs, le dernier week-end avant le confinement, j’ai réussi à réunir ItinéraireBis et Beat X pour une soirée commune qu’on a organisée à la Java, et c’était particulièrement kiffant ! Au-delà de ces deux univers, ces derniers temps je me suis pas mal rapproché de scènes souterraines qui tournent plus du côté de la bass music et de l’electro. Je pense notamment aux événements de Rinse France, de SeekSickSound, de The Bass Society. Ça correspond à beaucoup de musique, beaucoup d’énergie, et je trouve ça encore vachement sous-représenté par rapport à l’explosion d’inventivité que ça représente. Ce sont des scènes historiquement mal aimées en France, mais je crois bien qu’elles vont se faire de plus en plus de place dans les années à venir.

Par ailleurs, tu es plutôt actif dans les communautés digitales de producteurs, comme le Frenchwork (des compilations de footwork françaises) ou justement Beat X. Les notions d'échange et d'apprentissage entre pairs résonnent comment pour toi ?

Ouais je trouve ça super important, c’est à mes yeux l’un des apports les plus positifs d’internet à notre culture. C’est notamment aux débuts de la Chinerie que j’avais rencontré l’équipe de la Webradio SquareSound qui a été ma porte d’entrée à tout le milieu quand j'ai commencé. Avec tous ces réseaux qui existent, c’est possible d’entrer en contact, d’échanger des sons, des prod en cours, et ce avec des gens qu’on n'a parfois jamais rencontrés, mais dont on connaît les goûts et dont on admire le talent. L’exemple récent qui m’a le plus impacté, c’est la communauté de La Dub War qui s’est formée l’année dernière. L’idée, initiée par The Bass Society et SeekSickSound, était de lancer des battles de productions musicales de bass music entre producteur·rice·s français·es. C’était marrant, il y a plusieurs compilations qui en sont sorties (et d’autres qui ne sont jamais sorties), mais c’était plutôt un prétexte au fond. Le réel intérêt, c’est que ça a permis de fédérer pleins de jeunes producteur·rices partout dans l’hexagone, plus ou moins aguerri·e·s. Maintenant, on n'y fait plus vraiment de battle, par contre on échange beaucoup d'unreleased, de promos, de conseils de productions, et ça a permis de souder une belle équipe très éclectique, talentueuse et innovante. 

On entend une grande liberté dans le mix que tu nous proposes aujourd'hui. D'où tiens-tu cette vision large de la dance music ? Et comment fais-tu pour y définir un « cap » esthétique ?

J’ai toujours beaucoup navigué dans ma consommation et ma pratique musicale. Depuis que je suis petit, je vais aussi bien dans des clubs de jazz, dans des concerts de hip-hop, de rock, de musique contemporaine, en club… Le truc qui en ressort, c’est qu’il existe évidemment mille façons de danser. Selon les humeurs, tu peux avoir envie d’une expérience de danse communautaire et d’une effusion festive, tu peux avoir envie d’un truc percutant et brutal en warehouse, une expérience plus libre et sauvage. Le tout, c’est de se sentir bien dans un cadre. Ça parait con, mais si les raves, c’est ton truc, va kiffer. Si c’est pas ton délire, n’y va pas ! C’est un peu ça ma philosophie à vrai dire, chacun·e a le droit à son ambiance qui le·la fait vibrer, sans jugement. Personnellement, beaucoup de trucs me parlent, donc j’essaie de naviguer dans tous ces univers-là, mais évidemment d’autres me passent complètement au-dessus de la tête ! Donc selon mon humeur, selon les soirées du moment que j’ai appréciées, les sons que j’ai trouvés, ça va définir mon cap esthétique, qui est naturellement assez changeant ! C’est pas forcément évident comme ligne à tenir en tant que jeune DJ à Paris. Par exemple, ces derniers temps j’ai fait pas mal de belles dates house ou disco, qui rendent plus difficile le fait d’être repéré pour d’autres types d’événements. Donc n’hésitez pas à me booker, pour plein de genres d’événements, j’ai beaucoup de cordes à mon arc !

Certes, on est coincés chez nous, mais comment envisages-tu le futur, quels sont tes projets en cours ?

Dû à un hasard de calendrier croisé avec des initiatives de circonstances, je sors sur 4 compilations différentes pendant ce confinement : Beat X Changers 2020 Legacy, Le French Work Vol.5, Egregore « Un Toit un Droit », et Quarantine Sonic Squad. Le tout m’a un peu ralenti, mais j’ai un EP presque fini sur une ligne house-electro-bass dont on devrait commencer à parler assez vite. Ce confinement a également chamboulé nos plans avec mon ami Lucien avec qui on avait organisé une deuxième soirée ALL I SEE IS RED avec comme guest un pionnier de la footwork de Chicago. Ce n’est que partie remise ! On a pas mal de belles choses avec ItinéraireBis qui ont été soit reportées à plus tard, soit malheureusement annulées, il va falloir suivre notre actu pour se tenir au courant. Sinon je continue pas mal ma vie radiophonique. J’ai hâte de reprendre ma mensuelle au Mellotron, et je vais essayer de repasser balancer du gros son chez Rinse France. On continue aussi notre émission Mix/Talkshow « Sombres Hérauts » à la Station Station malgré le confinement. Sinon, pour le fun, on a traduit en français le guide sur « Comment construire son homestudio » d’Octo Octa avec l’ami Pilote, ça devrait bientôt être dispo sur internet. Enfin bref, on s’occupe quoi !

soundcloud.com/mayflo1