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Tracklist

  1. Bégayer - الميل
  2. P.I.L - Death Disco (12" Remix)
  3. Beak > - Life Goes On
  4. The Myrrors - Somos La Resistencia
  5. Throbbling Gristle - AB/7A
  6. Emptyset - Speak
  7. AMMAR 808 - El Bidha Wessamra
  8. Eurythmics - Take Me To Your Heart
  9. Slagmann - Phase 10
  10. Land Of Kush - Tensor
  11. ESG - Christelle
  12. Föllakzoid - IIII
  13. Tawney Reed - I've Got A Feeling

La période étant aux classements de la décennie, si vous nous demandez de vous citer des mixes réellement mémorables, nous serons plusieurs à la rédaction à évoquer cette formidable sélection de Oiseaux-Tempête pour la série Sounds of a Tired City. Pour qu'un groupe plutôt marqué post-rock / expé viennent détrôner les habituels électroniciens qui nous font rêver, il fallait qu'on se situe sur quelque chose d'unique, vous l'imaginez. La sortie de From Somewhere Invisible a donc été l'opportunité de solliciter le groupe afin qu'il nous ponde un podcast et réponde à nos questions. Vu la longueur des réponses de Frédéric Oberland et Stéphane Pigneul, on n'en dit pas plus et on vous laisse découvrir leur travail et leurs réponses. Passionnant.

Toute la discographie de Oiseaux-Tempête s'articule autour de l'idée du voyage et des idées glanées au contact de cultures autres qu'occidentales. Le risque serait de tomber dans le piège du pillage culturel, dans une démarche presque coloniale. Comment faites-vous pour conserver la distance nécessaire pour ne pas passer pour des pillards? C'est une question de regard, d'humilité?

Frédéric: C'est une question préliminaire qui nous a surtout accompagné lors de nos trois premiers disques et ce périple autour de la Méditerranée qu'on avait tissé alors. Notamment pour AL-'AN! où l'on se retrouvait à Beyrouth à jouer avec des musiciens libanais contemporains dont certains maîtrisaient différentes musiques orientales traditionnelles. La peur de ne pas être à la hauteur de l'enjeu et du don que nous faisaient ces âmes merveilleuses de jouer et de tenter quelque chose avec nous. La conscience évidemment d'être, malgré nos bagages personnels complexes à tous, des "petits blancs " ayant la chance de pouvoir voyager loin pour venir y faire, luxe ultime, de la musique, de la vidéo, des photos, sans aucune obligation commerciale, avec même la possibilité d'un non-résultat ou d'un échec... C'est surtout en amont que nous nous sommes posés ces questions de... légitimité? Sur place, on a simplement été qui nous sommes, et ces peurs se sont évanouies dans la grande chaleur amicale des gens rencontrés.

En ce qui concerne le pillage artistique, j'aime beaucoup cette phrase de Guy Debord qu'il avait lui-même piqué à Lautréamont : "le plagiat est nécessaire, le progrès l'implique". Si tu imagines la somme considérable de morceaux joués et écrits depuis l'invention de la musique il y a quelques milliers d'années par quelques illuminés dans des grottes, de l'imitation des sons de la nature aux premiers borborygmes, puis de ces derniers à toutes les symphonies ou comptines enfouies, oubliées, transformées aux quatre coins du monde, qui oserait venir dire, réellement : "hey, ce thème est à moi!" ? En musique, tout est toujours question de mutation, d'emprunt, d'interprétation, le reste est pure narcisse, fantasme d'ignorants ou fake news de mauvais zines culturels....

Une anecdote drôle, lorsque nous sommes retournées à Beyrouth pour la 3ème ou 4ème fois pour aller jouer au sublime festival Irtijal. On était assez flippé, c'était la première fois qu'on allait performer AL-'AN!, ce disque qu'on avait en partie enregistré là-bas, devant nos amis Libanais. On savait qu'on serait super attendu. Le concert était merveilleux, le line-up du festival grandiose, et l'accueil du public formidable. Quelques jours après, je discute avec une amie libanaise qui me parle du concert et d'"appropriation culturelle" au sujet de notre morceau "Carnaval" qui emprunte sur ses premières mesures quelques secondes du "Wa Habibi" de Fairuz, morceau que nous avions samplé alors qu'il était diffusé dans une rue de Beyrouth un jour de vendredi saint. Evidemment, j'écoute ses arguments, toute critique, tout ressenti est, en soi, légitime. Mais le problème en l'espèce c'est que la musique de ce fameux morceau "Wa Habibi" a une histoire méconnue pour certains : elle n'a pas du tout été composée au Liban par les frères Rhabany (compositeurs / arrangeurs pour Fairuz) mais par... Pergolèse ou Albanèse, deux compositeurs italiens du début du XVIIIème siècle - même si là aussi un flou subsiste. Et que l'on retrouve ce morceau, à la note près, dans le répertoire traditionnel de toute l'Occitanie, sous le nom de "Adieu Paure Carnavas", "Que Ne Suis-Je La Fougère?", puis comme un chant révolutionnaire contre Napoléon III...  En l'occurrence, les frères Rhabany étaient juste allé chercher cet air populaire et l'avait intégré, copyright moderne à la clef, à leur répertoire de musique "écrite"...  Evidemment, cette notion "d'appropriation culturelle" est beaucoup ambivalente que ce que l'on peut penser de prime abord... Stéphane : On s’est posé la question de l’orientalisme au sens péjoratif  très tôt avant d’aller au Liban. Des contacts et amis nous ont aussi mis en garde contre l’éventuel regard de certains libanais. Mais il n’en a pas du tout été ainsi. Le protectorat français surgit assez loin après les traumatismes des deux guerres civiles dans le discours populaire ou éclairé. Bien au contraire, tous les gens rencontrés sur place nous encourageaient à décrire leur pays à travers nos yeux et nos oreilles. Ils étaient très curieux du comment on allait s’y prendre. On s’est beaucoup documenté sur l’histoire du pays avant d’y aller. On se passait ou achetait beaucoup de livres de poésie, on a échangé des tas d’emails avec nos amis libanais. Je me souviens d’une période très culturelle, c’était très excitant. Il ne faut pas se leurrer, l’orientalisme fait partie de notre ADN français, la littérature romantique du XIXème en est gorgée. Mais d’après toutes les personnes impliquées, nous avons évité les poncifs et autres clichés du genre. Radwan a par exemple été extrêmement touché par notre façon de raconter son Liban. Cela nous a aidé à nous débarrasser de nos peurs d’intrusion maladroite ou « coloniale » comme tu dis.

Le texte a gagné en présence sur From Somewhere Invisible, avec un rôle plus affirmé pour le spoken word de G.W. Sok. Est-il toujours considéré comme un invité occasionnel ou fait-il intégralement partie du concept Oiseaux-Tempête? Comment s'est passée l'articulation entre le texte et la musique lors de la composition? Quel élément influence l'autre?

Frédéric: Oiseaux-Tempête fonctionne beaucoup plus à l'intuition que ce que tu ne penses... Effectivement Jos collabore avec nous depuis ÜTOPIYA?, et pose sa voix ci et là sur tous nos albums depuis bientôt 5 ans maintenant ; on peut donc dire qu'il fait partie du groupe, tout comme Paul / Mondkopf depuis AL-'AN!. Cependant, on aime bien garder cette idée d'un collectif un peu mouvant, et pouvoir adapter nos formules albums et lives en fonction des disponibilités et des envies de chacun(e)s. Pas d'obligations, pas de recettes, juste du désir et du fun ensemble. Cela nous permet sans doute d'éviter de nous répéter et de tourner en boucle autour des mêmes prés carrés. On préfère les courbes et les sentiers escarpés.

Pour From Somewhere Invisible, ce sont les conditions d'enregistrement du disque qui nous ont poussé inconsciemment dans cette direction de plus de voix assumée. A l'invitation de Radwan Ghazi Moumneh de Jerusalem In My Heart, on s'est retrouvé  en studio à Montreal à l'Hotel2Tango. Deux jours pour improviser un album tous ensemble avec Stéphane, Paul, Jean-Michel, Jos, Radwan et Jessica Moss. Pendant que nous jammions en instrumental, Jos écoutait nos prises et choisissait des poèmes sur les morceaux qui l'interpellait. Deux sur trois de ces titres avec spoken-word on été enregistrés en une seule prise dans la foulée des instrumentaux : "He Is Afraid And So Am I" sur un poème de Mahmoud Darwish et "The Naming Of The Crow" sur un poème de Yu Jian. On était tous rivé aux lèvres de G.W.Sok pendant la prise, frissons et épiphanies. C'est exactement pour ces raisons que nous ne planifions que bien peu de choses : il faut laisser de la place au chaos et au danger pour qu'émergent de l'inattendu et de la magie.

Plus on écoute Oiseaux-Tempête, plus le parallèle avec un autre groupe me parait évident, c'est L'Enfance Rouge. La même idée de voyage, la même démarche qui consiste à intégrer des influences orientales dans un son intrinsèquement rock. Comment expliquez-vous ce besoin d'aller puiser des sons ailleurs? On se sent à l'étroit en France?

Frédéric: Je ne connais pas très bien la discographie de l'Enfance Rouge, même si j'ai rencontré François Cambuzat une ou deux fois au détour de concerts, notamment lorsqu'il accompagnait Lydia Lunch. Je connais juste via un ami commun, Renaud du Cargo, le beau disque que L'Enfance Rouge a fait en Tunisie avec le chanteur Lotfi Bouchnak.  Pour le reste, je ne sais pas même pas si nous sommes intrinsèquement rock, ou simplement des fils et des filles de la fée électricité, au sens large. Les frontières semblent surtout efficaces pour les douanes et le contrôle insupportablement violent que nos sociétés modernes nous infligent, et de plus en plus.

Stéphane : Je me suis souvent fait la réflexion à vrai dire. Ca fait longtemps que je connais l’Enfance Rouge, j’ai joué avec Amaury, le cousin de François, pendant presque 4 ans avec Ulan Bator et tous leurs voyages m’intriguaient beaucoup. Je ne comprenais pas bien la démarche, le pourquoi du comment jusqu’à notre second album, et voilà nous aussi on y était ! Il n’y a pas forcement de raisons existentielles, c’est comme ça , c’est tout. Les aléas , les courants, les propositions , les envies. Tu te retrouves là dedans parce que ça te plait, moins par volonté que par plaisir. Quant à savoir si on se sent à l’étroit ici, oui un peu. Tu es libre de tout faire , on te donne les moyens de vivre et de faire vivre ta musique et pourtant on t’attend toujours au tournant dés que tu fais différemment.

Une partie de Oiseaux-Tempête compose également Le Réveil des Tropiques. Comment les deux projets se positionnent-ils l'un par rapport à l'autre? On l'impression que OT est plus cérébral alors que LRDT serait plus physique et spontané. Fausse impression?

Frédéric: Le Réveil des Tropiques s'est formé un an avant Oiseaux-Tempête, en 2011, avec une histoire complètement différente. Un groupe ultra-démocratique constitué de 5 fêlés où tout serait permis, de la décharge d'énergie quasi tellurique à la force d'inertie si personne n'arrive à se mettre d'accord à un moment. C'est très sain, je crois, d'apprendre à être soi-même plusieurs personnes à la fois, de rester à l'écoute, de permuter sa place, de chercher, en soi-même comme au sein du groupe, à donner au delà des voies toutes tracées. Pas sûr pour autant que OT soit plus "cérébral" et le RDT plus "physique". Les deux formations sont très spontanées, ont pour base l'improvisation totale, et s'appuient, dans le jeu comme dans les réflexions, sur les forces, les fragilités et les goûts de chacuns.

Stéphane : On pourrait tout à fait voir ça comme ça oui, mais la réalité est souvent plus complexe. L’essence même des deux groupes est aux antipodes l’une de l’autre. On essaye de garder du temps pour les deux.
C’est beaucoup plus simple de gérer OT que le RDT, même si ça demande peut-être encore plus de travail. Il y a un certain nombre d’individus à forte personnalité, tout ce qui sort du Réveil est voulu, approuvé ou renvoyé dans les cordes sans aucun ménagement. C’est évidemment beaucoup plus punk vu comme ça. Musicalement on est encore plus en roue libre et la prise de risque est totale. Ca passe ou ça casse. Ce qui n’est pas toujours plaisant d’ailleurs. Personnellement , l’équilibre des deux groupes m’est indispensable, je ne pourrais faire l’un sans l’autre.

Vous avez un rythme de production complètement dingue, avec grosso modo une sortie chaque année. C'est un besoin vital de coucher sur disque toutes vos idées et passer déjà à l'album suivant?

Frédéric: Pas spécialement un besoin vital, mais là-aussi, une suite de contingences, de hasards, et le soutien indéfectible de Sub Rosa à faire exister de ces objets disques hors étiquettes dans un temps qui correspond au mieux avec notre son du moment. Le fait d'enregistrer nos albums en improvisant absolument tout, puis de ré-écouter, de choisir, d'arranger, de bricoler à partir de ce matériau initial sans être embarrassé par tout un tas de pré-jugés liés pour beaucoup de groupes plus "classiques" à la quantité de répétitions, de concerts que tu peux faire avec une " compo" avant d'aller en studio et de l'enregistrer... Tout ça on ne connaît pas, on ne répète pas, on ne compose pas en amont, et je crois même que consciemment on a souhaité s'en détacher au maximum dans l'élaboration de nos disques avec Oiseaux-Tempête. Plutôt que de fantasmer comment l'on devrait/pourrait possiblement sonner, on s'appuie plutôt sur ce que l'on est ensemble à l'instant T de l'enregistrement. Puis, pour la scène, on ré-apprend à jouer certains morceaux qui nous semblent pertinents, et l'on y ré-insuffle alors, encore, de l'improvisation, quitte à ce que la version live d'un morceau s'éloigne grandement de sa version studio originelle... C'est vrai que jusqu'à présent notre rythme a été soutenu, et on ne s'interdit pas de ralentir la voilure à un moment ou à un autre, si on en sent le besoin. On n'a ni envie d'épuiser notre inspiration ensemble, ni d'ennuyer notre public.

La grande liberté de ton qui émane de chaque disque en fait un objet presque inclassable. Est-ce qu'une telle liberté serait toujours envisageable sur un autre label que Sub Rosa, réputé pour son travail quasi scientifique de recherche de nouveaux sons un peu partout dans le monde?


Frédéric: Sub Rosa est un label historique et merveilleux dont je suis un grand fan, à titre personnel, depuis une bonne vingtaine d'années. Défricheur, iconoclaste, grand écart, prise de risques, visionnaire, solidaire, la liste des compliments que l'on pourrait adresser aux amis Fred & Guy-Marc est bien longue... C'était quasi miraculeux pour Stéphane et moi lorsque pour la sortie de notre premier disque en 2013, ils nous ont répondu dans la journée pour nous dire : "banco". Un alignement d'étoiles qui s'est confirmé depuis, avec 7 de nos sorties passées par chez eux.  Est-ce qu'on pourrait sortir des disques ailleurs? Oui, sans doute, il y a tout un tas de labels qu'on aime, que l'on suit, dont on se sent proche. Maintenant, on y est bien, et on est pas loin d'être parmi les artistes qui ont sorti le plus d'albums chez Sub Rosa, en seulement 7 petites années. C'est fou, non?

Vu de Belgique, on a l'impression que la scène rock underground française est en pleine forme et n'a jamais été aussi créative: Oiseaux-Tempête, Cheveu, Psychotic Monks, L'Effondras, Lysistrata, etc. Ce n'est certainement pas le fruit du hasard. Qu'est-ce qui se passe chez vous en ce moment? C'est lié à un contexte social, politique ou culturel particulier?


Frédéric: C'est vrai que dans les années 80 et 90, c'était pas forcément la fête des musiques actuelles dans l'hexagone. Qui à l'international pour défendre le rock alternatif français, Téléphone, Trust ou même Noir Désir? Sans doute à raison, d'ailleurs... Ok, il y avait la marge, la scène hardcore, le (post-)punk, tous un tas de groupes plus ou moins obscurs qui faisaient de supers trucs, mais rarement visibles à l'international : Hint, Bästard, les Thugs. C'était encore l'époque des majors, des gros indés, de l'argent balancé par les fenêtres, des quotas en français qui faisaient ressembler presque tout à des variantes de variété dégueulasse... Franchement à part Serge Gainsbourg et et les grandes figures du panthéon de la chanson francophone, comment était-on perçu musicalement à l'étranger? Se rappeler cette phrase de John Lennon : "French rock is like English wine."

L'arrivée des musiques électroniques, de la French Touch et de ses dérivés, puis la mort du business de la musique en général, ont fait beaucoup de bien à la création par ici. Tout un tas de nouvelles générations ont pu tenter des aventures hors-normes, hors-étiquettes : de toute façon, à part prendre son pied avec les copains, qu'y a-il à gagner?

Je me rappelle des premières tournées anglaises avec FareWell Poetry, un groupe dans lequel jouait Stéphane également, vers 2010 ; on était pourtant signé sur un label anglais, Gizeh Records, notre "voix" était celle d'une poète anglo-saxonne, mais on était tous majoritairement français. On déboule au Café Oto, et là on entend limite "fuckin' French" avant le concert... Jusqu'à ce que le concert les emporte. En vrai, c'était super de faire ses preuves en outsiders devant un public pas du tout acquis.  Depuis 10 ans, le niveau ici a considérablement progressé, et c'est génial d'assister à ça. A titre personnel, je suis très fan des albums sortis ces dernières années par La Novia, Standard In-Fi, Hands In The Dark, In Paradisum et des groupes comme France, Tanz Mein Herz, Bégayer, les copains Saåad ou Mondkopf.

Stéphane : Je pense simplement qu’il y a des outils de communication dont les gens savent enfin se servir. Pour le meilleur ou pour le pire d’ailleurs. Il n’y a jamais eu autant de musique. Partout. Il y a des logiciels ultra simples, un accès à une bibliothèque infernale et illimitée, la discographie enfin complète du plus obscur des groupes cultes … c’est tout simplement dément. Je me dis que c’est tout naturel que de bons groupes émergement un peu partout,  l’un des points positifs d’internet , l’accès à la culture , il en faut au moins un ! Après, tu parles de la France mais c’est partout pareil. Et puis il y a le facteur niche. Tu regardes dans une direction, là ou tu veux et tu vois un tas de choses qui te plaisent. Les algorithmes sont là pour faire le boulot.

Pouvez-vous nous parler du mix?

Frédéric: Sélectionné par Paul (Mondkopf), Stéphane et moi, un pot-pourri plutôt dansant, international et trans-genre, de 1965 à aujourd'hui. La bande-son idéale pour ta prochaine manif' ?

oiseaux-tempete.bandcamp.com