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Tracklist

  1. Erik Truffaz & Murcof – The Eye
  2. Skyscaper - Ekelon – Shaping the sky (Section II Edit)
  3. Aes Dana – Jetlag Corporation
  4. Kangding Ray – OR
  5. Rival Consoles – 3 Chords
  6. Signal – Wismut
  7. Troja – Impro on " Troja - Interferance" (Leave Things Remix)
  8. Kuba Sojka – Smooth
  9. Leave Things – Improvisation
  10. Leave Things – Improvisastion on Éveil du Cosmos
  11. Plat – Astand (Dualism)
  12. Kuniyuki Takahashi – Precious Hall
  13. Asura – I've Seen You In Vice (Anenon BDay Remix)
  14. Arandel – Overture

En France (comme un peu partout ailleurs), tout le monde aime la techno en 2016. Et si il n’y a jamais assez de place pour aller faire le pied de grue devant la cabine pour Ben Klock ou Recondite, il y a tout de suite moins de monde pour défendre la production locale, exception faite des quelques têtes de gondoles qui ont permis au genre d’exister dans l’Hexagone. Pourtant, des jeunes producteurs qui font de l’excellent travail, il y en a, et Leave Things en fait partie.

Derrière Leave Things on retrouve Tidane Cacique, jeune gars au parcours somme toute assez atypique : « Je crois que la musique commence pour moi à l'âge de 7 ans, à la découverte de la batterie, lorsqu'on m'a demandé "Tu veux faire quoi comme instrument ?". Les images des concerts de rock que mon père regardait à la télé me venaient dans la tête et ç'a été un choix précis. La batterie, c'est ce qui m'attirait. Et c'est aujourd'hui un instrument dont je joue toujours, que je n'arrêterai jamais. Plus tard, la guitare et le piano, surtout le piano, m'ont beaucoup intéressé. Mais la musique électronique, elle, est venue juste après avoir arrêté d'être batteur avec le groupe To Hell With Good Intentions. L'idée de créer mes propres morceaux m'avait toujours attiré. Je me suis acheté Ableton il y a maintenant 4 ans et après 1 an de pratique, j'ai réalisé mon première EP, Homeostasis, sorti sur Fin de siècle il y a tout juste 3 ans. À cette période, je commençais à découvrir des choses comme Asura Bersarin Quartet, Ametsub, Arms and Sleepers. Une série d'influences qui m'ont montré qu'il n'y a pas de limites dans la création et c'est ce qui m'a quelque part attiré vers la musique électronique. »

Mais le véritable aboutissement de ce parcours, c’est l’album Sedimentation (en écoute intégrale sur Bandcamp) sorti à la fin de l’année dernière dans une regrettable indifférence. Un disque tout en finesse et reliefs, esquissant les contours d’une techno bourrée d’émotions et de fragilité. Un passage au long format qui s’est révélé assez compliqué : « Quand tu fais de la techno, il est plus compliqué de rester cohérent sur la longueur. Et de raconter une histoire sans perdre en rythme. Mais avec ce travail, et c'est un plaisir vraiment profond de le faire, tu as vraiment l'impression d'aboutir à quelque chose de complet et de plus subtil que sur un format court. Je n'avais pas réécouté mon album en entier depuis 6 mois : j'ai eu ce moment où tu as tellement travaillé sur un projet que tu en as marre de l'entendre, j'entendais tout ce qui n'allait pas, tout ce que j'aurais pu changer. Et dernièrement, je l'ai réécouté et j'ai revécu beaucoup de choses qui ont façonné ce disque, des étapes importantes. C'était vraiment plaisant de replonger dedans avec du recul, une expérience vraiment particulière. »

Et si il y a la fierté du travail bien fait (on confirme, le travail est très bien fait), c’est à mettre en balance avec l’absence de reconnaissance en France, ou tout du moins la difficulté de percer dans un milieu qui n’a jamais autant été sous les feux de la rampe : « À notre époque, le web, Facebook, ça nous fait croire qu'on partage plus facilement ce qu'on fait, qu'on devient tous artiste en ouvrant un compte Soundcloud ou en ayant son propre label. Mais c'est tout le contraire : ça complique tout. C'est tellement de choses à gérer, il se passe beaucoup trop de choses et au final tu as l'impression de n'être qu'une info de plus. Tu n'as pas une réelle attention des auditeurs, la plupart écoutent en cliquant ici et là pour voir ce que ça donne dans l'ensemble sans rentrer dans le détail. Et je n'en veux pas aux gens, je comprends qu'il est difficile de sortir de ça aujourd'hui, c'est tellement partout autour de nous... C'est bien pour ça que le live est ce qui m'intéresse le plus, c'est sur scène que tu peux vraiment partager quelque chose avec les auditeurs. Après je ne renie pas non plus Internet, c'est pas comme si je ne m'en servais pas comme un moyen de communication essentiel. Mais comme toute technologie, ça n'est que l'utilisation qui en fait quelque chose de bon ou de mauvais. »

On le comprend, il y a derrière Leave Things un jeune type qui a bien assimilé les codes d’une musique qu’il a découvert sur le tard et qui a également beaucoup de recul sur le milieu dans lequel il essaie de se faire un nom. À ce stade, on ne peut plus que vous encourager à écouter son album sorti sur l'attachant label parisien Fin De Siècle, dans lequel vous aurez le sentiment d’y entendre autant The Field que Theo Parrish. Mais avant cela, peut-être que l’écoute de ce Goûte Mes Mix vous donnera une meilleure idée de l’ADN de sa musique : «  Je n'avais pas envie de présenter le genre de musique que je fais en club. Du coup, j'ai cherché à raconter l'histoire en 3 parties. De commencer avec un peu d'ambient, d'electronica, de glitch puis de faire monter la chose au fur à mesure via de l'improvisation live sur mes machines, je me suis lancé là-dedans sur un coup de tête. Enfin, je fais redescendre la pression sur des morceaux plus détendus, plus posés, qui me touchent et qui font partie de mes influences. En espérant avoir réussi à faire voyager et rêver les auditeurs, dans leur bulle. »

https://soundcloud.com/leave-things