Face à une actualité dictée par la frénésie de nos timelines et les avis définitifs de moins de 140 caractères, Digestion lente prend une bonne dose de recul et revient plusieurs mois après leur sortie sur ces disques qui ont fait l'actualité (ou pas). 

Chez GMD, bizarrement, on considère qu'une année dure du 1er janvier au 31 décembre. C'est pour cela que vous recevrez nos tops de fin d'année à peu près entre votre dernier vomi lié au Nouvel An et votre reprise du travail. Ce n'est pas le cas d'une bonne partie de la presse musicale, qui a, au début de ce mois de décembre, déjà publié ses classements d'albums. L'occasion pour nous de scruter les opinions parfois troublantes de nos "collègues".

Parmi les surprises de cette fin d'année, on a pu apercevoir que Dirty Computer, l'album de Janelle Monáe, bénéficiait d'une sacrée notoriété sur pas mal de sites. 14e chez Paste, 38e chez Stereogum, et même 2e chez Consequence of Sound, tout le monde semble s'accorder sur le fait que le retour de Queen J est un succès absolu. Tout le monde sauf nous, vous vous en doutez.

Quand on essaie de se prêter au jeu de la critique, on se rend vite compte que beaucoup de disques méritent qu'on s'y attarde pour analyser précisément le travail de l'artiste. Mais il y a aussi des disques qui, inversement, deviennent de plus en plus mornes au fil des écoutes. Malheureusement, le nouveau Janelle Monáe, quoi qu'on en dise, fait partie de cette catégorie. On l'a comparée à Beyoncé pour sa qualité de chanteuse afro-américaine engagée et populaire, on l'a comparée à Prince pour son travail artistique, mais il est clair que Dirty Computer ne se classe au niveau ni de la première, ni du second. Ce serait pourtant malhonnête de dire que l'album manque d'idées. Des idées, il y en a plein, et mêmes des idées originales et plutôt bien élaborées.

Le choix des featuring, déjà, est tout sauf inintéressant : Monáe a su conserver Pharell Williams dans un rôle restreint qui lui convient assez bien, et le morceau avec Brian Wilson apporte par exemple une fraîcheur assez rare dans le r'n'b contemporain. Et c'est probablement, d'ailleurs, le mot d'ordre de la composition de cet album : essayer d'apporter de la fraîcheur à un genre dans lequel on cherche en permanence des héros capables de nous sauver d'un ennui certain. En allant piocher principalement dans la pop ou le rock, le projet semble avoir consisté en la construction d'un album total, et à la première écoute, on a la vague sensation que Dirty Computer aurait pu tendre vers une version moderne du Sgt. Pepper des Beatles, par la positivité insistante des mélodies, par la multiplication des parties instrumentales, par la simplicité du chant.

Mais cette petite claque de la première écoute disparaît progressivement, à tel point qu'avec le temps, on cherche dans la tracklist d'aujourd'hui le morceau qu'on avait adoré hier, disparu comme après un rêve. En voulant rafraîchir de la pop avec de la pop, en voulant faire un album de r'n'b censé se réinventer dans des genres musicaux tout aussi convenus, on passe rapidement du plaisir d'entendre ce qu'on connaît à la lassitude de ne rien entendre d'inouï. Et si celle qui nous avait tant impressionnés avec ses précédents albums était devenue... ringarde ? Non Janelle, ce n'est pas en breakant avec vingt secondes de trap en fin de morceau qu'on rend un album de pop plus intéressant.

Mais le plus problématique dans Dirty Computer c'est que les morceaux fonctionnent tous relativement bien. Mais combien sont réellement à retenir ? Au final, ce sont les titres les moins audacieux qui marchent le plus. « Don't judge me », qu'on remarque à peine à la première écoute, bénéficie d'une cohérence aboutie, dans laquelle on ne retrouve pas le côté forcé de nombreuses autres pistes ; « I Like That » assume pleinement le rôle de chanteuse de Monae et sacrifie l'originalité à la simplicité. Mais à part ces quelques morceaux, qu'on pourra parfaitement mettre de côté et réécouter avec un grand plaisir (mais pas trop de fois), on est déçu. Parfois trop proche du travail de Prince, parfois trop proche de M.I.A., parfois encore trop proche de Beyoncé, celle qui avait une carte à jouer dans la pop actuelle s'est bizarrement elle-même reléguée au second plan en devenant une mauvaise version des artistes qu'elle vénère. Et à l'ère des Jorja Smith et des Abra, c'est une erreur qu'elle ne peut pas se permettre.

Vous savez quoi ? Mettez-le à Noël. Vous allez trouver ça joyeux et vous allez vous dire : "Ben dis donc, les types chez Goûte Mes Disques sont vraiment snobs, j'aurais dû faire confiance à Consequence of Sound et ne pas acheter l'album de Sourdure à mon père." Mais un conseil : ne l'écoutez qu'une fois, car le dernier Janelle Monáe est un album qui s'effrite avec une rapidité hors du commun. Joyeuses Fêtes.