Boîte à trésors: Girls in Hawaii

En dévoilant Everest, un troisième album fouillé et dense, les Girls in Hawaii ont effectué cet automne un retour remarqué aux affaires. Le groupe, chaleureusement accueilli par la critique dès ses débuts, s’est en quelques années révélé l’une des figures de proue d’une scène indie belge aussi faussement naïve qu’harmonieuse. Parmi les raisons de ce succès, outre une capacité à cheminer entre balades éthérées et titres pop, on pense naturellement à l’approche si singulière des voix, investissant une langue anglaise exotique et assumée, à l’image de ce qui se joue souvent chez les aînés de dEUS, comme un instrument supplémentaire plus encore qu’un simple médium. Mais c’est tout l’ensemble, au vrai, qui forme un précipité séduisant, dont on est souvent tenté de démêler les ingrédients. Entre deux dates de leur tournée européenne, les Girls nous ont dès lors fait le plaisir de nous ouvrir leur boîte à trésors. On y trouve des reconnaissances d’héritages, des hommages, des clins d’œil à des artistes voisins (musicalement et géographiquement), d’autres ambiances cotonneuses et quelques surprises. Le tout forme une setlist délicate et raffinée. On n’en attendait pas moins.

Pearl Jam

Sometimes

J'ai découvert Pearl Jam quelques années après Ten, leur premier disque. Ten et Versus, leurs deux premiers disques, je les aimais bien, mais sans plus. Je n'étais pas trop fan de la production, ni de tous les morceaux, j'étais méga plus fan de Nirvana! (sic) Quand No Code est sorti, je me souviens avoir été ultra-excité par la pochette, qui reste à ce jour et selon moi la plus cool pochette jamais réalisée par un groupe… J'ai mis un peu de temps à rentrer dans le disque, il me paraissait plus mystérieux et hanté que les précédents. Petit à petit c'est vraiment devenu un disque de chevet que j'ai écouté en boucle pendant des années. C'est sans doute le premier disque dans lequel j'ai perçu une profondeur, des strates à découvrir petit à petit. Je le trouvais vraiment jouissif, j'adorais le son, le jeu, la tension et, plus que tout, j’y trouvais une sorte de chemin miraculeux : du premier au dernier morceau, il y avait un récit et une excitation constante et intacte… Des émotions et des ambiances vraiment diverses, des moments tellement intimes, puis des décharges de fougue et d'électricité… C'est le premier grand concert rock que j'ai vu. Pearl Jam, pour cette tournée, à Amsterdam dans une salle gigantesque de 15 000 personnes. J'étais halluciné par la puissance du truc. J'avais 14 ans, j'étais bousculé de toutes parts, je les voyais à presque 1 kilomètre de distance. Ils faisaient 1 millimètre de haut mais j'étais fou de joie. Pour cet album au nom intriguant, ils n'ont sorti aucun single, aucun clip, n’ont fait presque aucune promo. Ils étaient en plein conflit avec l'industrie du disque et les organisateurs de concerts aux Etats-Unis. « Sometimes » est la première chanson du disque. « 9 AM », le morceau qui ouvre notre premier disque, en est directement influencé. (Antoine)

Mathieu Boogaerts

Siliguri

Découvert il y a quelques années via des amis. Au départ, j’étais très perplexe, car la voix trop maniérée m'énervait. Comme j'ai habité chez eux pendant quelques mois et qu'ils étaient grands fans du bonhomme, je me le suis payé tous les jours ou presque, et petit à petit j'en suis tombé absolument amoureux. J'adore ce disque, son intelligence, sa pudeur, son humour, sa concision et son économie absolue de moyens, son langage, son son, sa délicatesse. Plus tard j'ai appris que Mathieu Boogaerts l’avait écrit en s'exilant 3 mois à Barcelone, puis 3 mois à Berlin. Il y a habité tout seul, perdu, souvent découragé et en plein doute, plutôt qu'excité ou inspiré. Il a eu l'air de souffrir beaucoup, et pourtant... (Antoine)

OP8

Crackling Water

Mon disque de chevet ultime, car il résume tout ce que j'aime dans la musique : les mélodies, la sensualité, les choses dites sur le bout des lèvres, quelque chose de définitivement félin, de féminin. On est nombreux dans le groupe à aimer ce disque. Lisa Germano qui rencontre Calexico et Howe Gelb de Giant Sand en grand manitou, c'est un groupe culte pour une minuscule minorité. Ce qui rend le projet encore plus merveilleux. Malheureusement l’aventure fut arrêtée à cause de problèmes d'ego entre Gelb et Calexico. Dommage, l’album suivant devait être enregistré avec Clint Eastwood ou Cat Power à la place de Germano. (Lio)

John Maus

Hey Moon

Un pote à Ariel Pink, ce qui est déjà une bonne nouvelle en soi. C'est un peu toute cette lignée de gars qui baignent à fond dans le home studio hardcore, le genre de type dont le dieu est R. Stevie Moore, le papa du home studio. Ce type a écrit ce disque dans le bureau où il était censé écrire sa thèse de philo. C'est un des albums les plus excitants que j'ai entendus ces dernières années, découvert grâce à Pitchfork, là où d'habitude je tombe sur des disques plutôt chiants. (Lio)  

Jonti

Hornet's Nest

Une chanson qui se trouve sur l'album Twirligig sorti sur Stones Throw Records. Je suis tombé par hasard sur ce disque en 2011. L'univers de Jonti est un joyeux bordel avec plein de samples, des rythmiques un peu maladroites et des mélodies de voix enfantines. Bref, un bon mélange de plein de chose que j'aime bien. (Daniel)

Moondog

Bird's Lament

Comme beaucoup de gens, j'ai découvert Moondog avec cette chanson-là. C'est un artiste troublant et intriguant qui n'arrête pas de me surprendre. Et puis cette année c'est les 200 ans d'Adolphe Sax. Hé oui, les Belges aussi ont un Adolphe célèbre. (Daniel)

Tortoise

Swung from the Gutters

C'est sans doute mon morceau préféré d'un des groupes qui m'a le plus marqué et influencé dans mon approche de la musique. Je les ai découverts par hasard lors d'un festival à l'AB et j'ai été complètement ébahi par leur musique. À l'époque (fin des années 90), je trouvais que le rock n'avançait plus, on était complètement submergé par la techno, le trip-hop, que j'aimais beaucoup aussi... Je commençais à me plonger des mes études de jazz et ils sont apparus de nulle part avec leur musique inqualifiable mais qui, pour moi, était le concentré parfait de tout ce que j'avais pu entendre et aimer avant. Probablement un des groupes les plus novateurs de la fin du XXe siècle. (Boris)

Blonde Redhead

Chi è non è

 

Un groupe qu'on a beaucoup écouté. Une belle carrière, des débuts noisy de Fake Can Be Just As Good au magistral et très pop Misery is Butterfly. Ici, j’ai choisi un inédit chanté en italien, langue maternelle des deux jumeaux du groupe. Un morceau qui résume bien toute la classe et la mélancolie dans l'écriture du groupe. J'aurais pu en mettre dix autres mais celui là me tient particulièrement à cœur, je ne m'en lasse pas (Brice)

Evil Superstars

Last Children

J'ai hésité entre ce titre et un morceau des Girls Against Boys, que j'ai découverts à la même époque. Mais bon, il s'agit ici de mon groupe belge favori. Le morceau est issu d'un EP génial et moins connu, Remix Apocalypse. Ce groupe est génial, fou et drôle... Bref, un truc à écouter absolument. Leur premier album, Love Is Ok, est super lui aussi. (Brice)

(ndr: le titre choisi par Brice étant introuvable sur les tubes, on l'a remplacé par un autre du groupe, un peu plus connu et tout aussi bandant.)

Hymie's Basement

21st Century Pop Song

Hymie's Basement, c'est la rencontre de deux grands talents de l'indie américain. Yoni Wolf de Why? et Andrew Broder de Fog. Cet album collaboratif datant de 2003 a été enregistré en l'espace d'une semaine à Minneapolis dans la cave d'un magasin de disques – le bien nommé Hymie's. Plus petit dénominateur commun du projet : spontanéité, urgence, fraîcheur et amour du "4-pistes cassette". En toile de fond, du talent brut qui s'exprime par une facilité déconcertante de pouvoir dire tout simplement des choses très compliquées. Bref, un disque pour filer des complexes à tout songwriter en manque d'inspiration. S'il ne fallait retenir qu'un titre de cet album, ce serait sans doute « 21st Century Pop Song », un petit bijou "hip-pop" d'une clairvoyance à vous couper le souffle. (François)

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