Avec Dondolo d'abord, avec Young Michelin ensuite, et avec Aline enfin, Romain Guerret a lentement mais sûrement dessiné les contours d'un univers comme on en voit peu dans la musique française actuelle. Une musique qui, à défaut d'avoir le cul entre deux chaises, a l'arrière-train qui trempe joyeusement dans l'immense flaque d'eau qui sépare le France du Royaume-Uni. Car c'est dans cette volonté de fusionner une certaine idée de pop à la française (dont Jacno serait une bonne incarnation) avec le songwriting habité d'un Morrissey que le groupe a persévéré. Pas étonnant d'ailleurs qu'on retrouve aux manettes du nouvel album des Français un certain Stephen Street, qui a participé à l'élaboration de plusieurs albums des Smiths. Sur La vie électrique, la vision musicale d'Aline continue de s'affirmer, à mesure que le groupe prend confiance dans la puissance et l'efficacité de son travail de sape. Déjà séduits par Regarde le ciel, on sort complètement amoureux des écoutes répétées d'un second disque traversé par un souffle libérateur tout simplement jouissif. Vu comment on a kiffé, on s'est dit que ce serait cool de demander à Romain Guerret de nous choisir dix titres qui comptent pour lui. Le bonhomme s'est exécuté. Voilà le résultat. 

Dionne Warwick

Heartbreaker

Reprise d'un titres des Bee Gees par une de mes chanteuses préférées. On est au début des années 80, Dionne a vieilli mais sa voix est toujours là, douce et puissante. Elle est toujours juste, elle n'en fait jamais trop. On est assez loin de Burt Bacharach et de son piano mais c'est avec ce titre qu'elle connaîtra le plus gros succès de sa carrière.

Alice DJ

Better Off Alone

Un morceau d'Eurodance, un genre que j'ai détesté de toute mon âme à l'époque. Sauf ce titre que j'aimais en cachette. C'est une production typique du milieu des années 90's, 909 et synthé trans, bien dégueulasse. J'adore le refrain et le thème principal qui arrive ensuite. C'est assez épique en fait, un truc à écouter en soirée, les bras levés vers le ciel, ou en bagnole - tunée de préférence.

Mano Negra

Mad House

J'ai eu ma période Bérus et Mano Negra quand j'étais ado. Je m'en suis remis assez rapidement, mais j'ai toujours aimé ce titre-là, à part peut-être le pont "gros sabots" qui n'est pas au niveau et un peu pénible. En tout cas il me rappelle de très bons souvenirs. Je le ré-écoute toujours avec plaisir. Il y a une certaine grâce, une certaine légèreté.

Miou Miou et Nathalie Courval

J'ai peur du noir, j'ai peur du loup

Tiré de la B.O du film "La grande trouille" (Tendre Dracula) de Pierre Grunstein, une parodie de film de vampires bien franchouillarde. Voir ces deux jeunes comédiennes à moitié nues en train de chanter tout en se préparant pour la nuit dans la chambre sombre d'un château est tout à fait réjouissant. Elles sont malicieuses, drôles, tendres et pétillantes, beaucoup moins naïves qu'on ne pourrait le croire en entendant cette chanson à double lecture...

John Maus

And The Rain

J'adore les ambiances qu'installe la musique de ce type. L'utilisation des claviers, les mélodies, sa voix qui hante les instrus, il semble possédé. Beaucoup plus génial que son compère Ariel Pink je trouve, car plus cohérent, plus jusqu'au-boutiste. Il y a comme quelque chose de religieux dans ce titre. Une musique sacrée, cheap et tordue.

Marie Möör

Je veux

Il faut avoir le coeur bien accroché pour écouter cette chanson qui n'en est pas une, mais plutôt un poème en forme d'anaphore, couché sur des nappes de claviers. Un texte désespéré et sublime, récité d'une voix détachée, résignée, ce qui lui donne une force incroyable. "Je veux demeurer comme ça, paupières mis-closes, rêver ma vie, ma vie de rêve, je veux une trêve, je veux une pause, je veux quelque chose, je veux quelque chose, je veux quelque chose de nouveau..."

Robert Dean Taylor

There's a Ghost in my House

Un Canadien qui a intégré le pool d'auteurs/compositeurs du légendaire label Motown dans les années 60. Il a écrit pour les Four Tops et les Supremes, mais n'a jamais eu de succès avec ses propres chansons pourtant superbes! J'adore ce morceau, ça swingue à mort, les arrangements sont terribles, ça donne vraiment envie de bouger son cul. "Il y'a un fantôme dans ma maison, le fantôme de ta mémoire, le fantôme de l'amour que tu m'as pris, je ne peux pas me cacher, j'écoute tes pas dans l'escalier...". The Fall en a fait une super reprise car ce titre avait relativement bien marché en Angleterre.

Os Mutantes

A Minha Menina

Surement le titre le plus connu du collectif psyché pop brésilien. J'ai écouté ça tout l'été en buvant du Spritz. Une certaine idée de l'insouciance, du bonheur d'être avec des amis. C'est foutraque, et totalement jouissif, on sent vraiment qu'ils s'amusent en jouant ça. Le thème à la guitare fuzz bien aigrelette vaut son pesant de Caipirinha.

Boards Of Canada

Nlogax

Un vieux titre du duo écossais. 125 Bpm, Beat 4/4, claps en folie, cowbell de 808 surmixée et petit riff de synthé en contre-temps... A priori une tentative de morceau de disco-funk rachitique. Puis tout part en poudre quand déboule des tréfonds du mix une volute de synthé complètement en mode avion qui vous vrille le cerveau. A la fin des voix hip-hop passées au hachoir viennent se taper l'incruste. On dirait que deux morceaux différents passent en même temps. On ne sait plus où on est. La montée est vraiment rude, j'appréhende la descente.

Anne Laplantine

Pour

Quelques minutes de pure poésie abstraite qui me plongent instantanément dans une mélancolie insondable, comme quand j'écoute Satie. Je me souviens de ma venue au monde, je me souviens du temps d'avant ma venue au monde, je me souviens de l'intérieur du ventre de ma mère, je me souviens que j'étais bien, là.