Magnifique machine de guerre actuellement très bien rodée, le rap belge n'est pas qu'une histoire de MC's, aussi talentueux soient-ils. Dans une économie du rap qui compte aujourd'hui beaucoup sur l'algorithme de YouTube, s'offrir des clips susceptibles d'attirer l'attention est un élément essentiel de toute stratégie qui se respecte. Et à ce petit jeu-là, Benoît Do Quang aka A$ian Rocky s'est taillé une sacrée réputation dans le milieu en clippant des titres de JeanJass & Caballero ("Sur mon nom", c'est lui) ou Roméo Elvis ("Bruxelles arrive", c'est aussi lui), qui sont au rap belge ce que les trois sauces Bicky sont à ton hamburger de fin de soirée. Mais là on ne voudrait jamais savoir les éléments qui rentrent dans la composition d'un Bicky Burger, on est très contents que le réalisateur bruxellois ait accepté de nous détailler sa personnalité et sa vision au travers de dix clips qui l'ont marqué.

1995

La Suite (réal: Syrine Boulanouar / Le Garage)

C’est en regardant les clips de 1995 réalisés par Syrine Boulanouar que j’ai commencé à vouloir en faire moi-même. Dans ses premiers clips, tu vois qu’il y a très peu de moyens mais que les idées sont là, qu’il s’est lancé sans trop se poser de questions. J’aime la spontanéité qui s’en dégage, et c’est un élément auquel j’accorde également beaucoup d’importance. J’aime aussi le fait qu'il ait suivi 1995 depuis leurs débuts. On peut ressentir l’évolution conjointe de la musique et des clips. J’identifie un peu ça à ma collaboration avec Caballero, avec qui j’ai réalisé mon premier clip de rap.

The Blaze

Territory (réal: The Blaze)

Un aspect qui m’a toujours fasciné, et qui m’a donné la passion du clip, est l’alchimie imprévisible entre la musique et les images. Le fait que l’on puisse donner un tout autre sens à l’autre et vice versa, la richesse que peut créer le mélange des deux. Ce clip en est le parfait exemple et est probablement celui qui m’a le plus marqué cette année. Et je trouve ça génial qu’il soit réalisé par les membres du groupe. C’est ce qu’on s’efforce également de faire au sein d’ULYSSE (ndr: le groupe d'electro-pop de Benoît Do Quang).

Frank Ocean

Nikes (réal: Tyron Lebon)

Frank Ocean - 'Nikes' from DoBeDo Productions on Vimeo.

 

J’aime ce clip car il ne respecte aucun code conventionnel cinématographique : le format de l’image change sans cesse, il y a un mélange entre des images très léchées et d’autre très rough, des images backstage. J’aime cet aspect volontairement hybride et imparfait qui va de paire avec l’esprit DIY qui m’est cher. L’avantage à ne pas connaître certaines règles est qu’elles ne peuvent nous contraindre.

Alt-J

Breezlebocks (réal: Ellis Bahl)

Ce qui me passionne dans le clip c’est son format / sa durée. En moyenne, on se situe entre 3 et 4 minutes, ce que je trouve à la fois court et long. Court car c’est difficile d’y raconter une histoire, il faut être très direct et concis. Long car c’est de plus en plus difficile de capter l’attention des gens pendant autant de temps. J’adore ce clip car son concept (raconter une histoire à l’envers) est simple mais terriblement efficace et se prête tout à fait à ce format.

Jamie xx

Gosh (réal: Romain Gavras)

Ce clip est une véritable prouesse technique. Il m’a encore plus bluffé quand j’ai appris qu’il n’y avait aucun effet spéciaux, aucune 3D, mais réellement 400 karatékas coiffés et habillés de la même manière et chorégraphiés au millimètre. Puis il y a cette hybridation culturelle présente dans tout le clip qui résulte en quelque chose de totalement surréaliste. Je vous conseille d’ailleurs fortement de regarder le making of réalisé par Kim Chapiron.

A$AP Rocky

L$D (réal: Dexter Navy & A$AP ROCKY)

Difficile de parler de clips de rap sans évoquer "L$D". Ouvertement inspiré par Enter The Void (ndr: film tout pété signé Gaspar Noë), le clip a influencé beaucoup d’autres clippeurs, dont moi. Aucune narration ici, simplement un enchaînement violemment efficace de plans et d’effets visuels pour un résultat qui se suffit à lui-même. Je suis fanatique de la séquence du miroir à la fin.

Alpha Wann

Barcelona (réal: François Dubois)

François Dubois est le clippeur dont je me sens le plus proche parce qu’on a évolué ensemble au sein de la scène rap bruxelloise. On partage un état d’esprit autodidacte et débrouillard (à jamais). C’est le meilleur que je connaisse lorsqu’il s’agit de capter l’essence de l’instant présent. J’adore ce clip car c’est il est parfait compromis entre spontanéité et prouesse visuelle. Tu sens que tout est improvisé sur le moment et c’est pourtant d’une précision redoutable.

Kendrick Lamar

Humble (réal: Dave Meyers)

On peut désormais admettre que Kendrick Lamar est le nouveau roi de ce clip-jeu. Ce que j’adore dans "Humble", c'est sa construction : aucune réelle logique mais un enchaînement de mises en scène plus impressionnantes les unes que les autres. C’est un peu de cette manière qu’on a abordé "Tu vas glisser" de Roméo Elvis réalisé avec Robin Conrad (mais avec un peu moins de $$$).

Tame Impala

The Less I Know The Better (réal: Canada)

A mes yeux, ce clip frise avec la perfection. Le collectif Canada a réellement repoussé les limites du clip. Je suis fasciné par la faculté qu’ils ont à créer un univers de toutes pièces, et qui correspond toujours parfaitement à la musique. Je trouve la direction artistique de ce clip incroyable : le choix des couleurs récurrentes, le stylisme, les lieux. Le clip qu’ils ont réalisés pour Phoenix (ndr: pour "Trying to be Cool / Drakkar Noir") vaut aussi clairement le détour.

LOUD

56k (réal: William Fradette)

Il fallait que je mette un clip de rap queb' et j’hésitais entre celui-ci et "Ca que c’tait" d’Alaclair Ensemble