J’ai longtemps réfléchi au genre de metal que j’aimerais jouer. Bien sûr pour cela il faudrait d’abord que je m’achète une guitare, que je prenne des cours, que je m’entraîne des nuits entières, des années durant, et que j’arrête de regarder des vidéos de chats en mangeant de la charcuterie à même les doigts. Sans compter qu’il me faudrait trouver des comparses que j'estime dignes de mon art naissant. Je ne serai donc jamais à la tête d’un groupe de metal, et c’est bien dommage. Mes pérégrinations mentales m’amènent malgré tout à me demander quel genre de métalleux j’aurais pu être en cette fin d’été. Faire du brutal death metal? Pas assez délicat pour ma voix de velours. Du raw black metal? Trop cher en costumes et maquillage. Du viking pagan metal? Mon physique tient malheureusement plus de Casimir que de Conan. Du hardcore straight edge? Ma réputation de boucher marrant n’y survivrait pas. Bref, je suis niqué. 

 

 

Non, si je devais emprunter une voie royale vers la gloire et le succès, j'opterais pour les cheveux longs, de préférence un peu gras (mais pas assez pour faire fuir les filles), et la veste en cuir trop courte parfaitement ajustée avec ce qu’il faut de nonchalance dans le regard. Je choisirais une esthétique lo-fi qui sent bon les 70’s, des couleurs mauves et ocres partout, des références sataniques au cinéma d’horreur et une odeur de weed dans le pantalon. J’abandonnerais les cris pour embrasser les larmes, ma clique vivrait uniquement pour le groove et je ne concevrais le metal que pour la puissance d’un riffing simple, terre-à-terre, épico-bath, tout plein de solos surprenants. Et j’aurais une énorme moustache. Bref, je ferais du swag-doom. Je serais Trevor William Church et j’aurais la classe.

 

 

Ramenés sur le devant la scène par la sortie de huit EP’s en un mois (après trois premiers albums qu’il serait criminel de rater), les Américains de Beastmaker s’offrent le coup fumant du mois, sinon de l’année. Quatre titres par plaque, à raison de 1 EUR l'EP, et l’affaire est pliée. Rincés de devoir se plier aux diktats d’une industrie qui ne ramène plus rien aux groupes indés, les Californiens reprennent les choses à la base en offrant le produit de sessions studio toutes en immédiateté, sans mix ni mastering. 

 

 

Et tout y est: du groove de Saint Vitus ou de Pentagram au style sabbathien (vous pouvez rajouter ici toutes les références utiles au doom des 70’s/80’s), Beastmaker taille sa route doom avec une facilité absolument dégueulasse. Aucune faute de goût, tout coule de manière honteuse, comme si écrire des bangers massifs était aussi facile que de prendre du poids. Le riffing est évidemment intense, cohérent, simple (avec des solos complètement cool un peu partout); le chant clair joue avec ce qu’il faut d’amplification pour assumer ses envies satanico-droguées et les lignes de basse nous sifflent à l’oreille que tout ira pour le mieux, malgré cette esthétique à la Dario Argento. Bref, Beastmaker c’est le style à l’état pur, un guide clé-sur-porte du doom racé et débarrassé d'une dramaturgie parfois redondante. 

 

 

Certains nous diront que les titres se ressemblent tous, que la logique est invariable, que ouin-ouin-ouin et que blablabla. Et bien moi je dis que je m’en fous, que le rock'n'roll est un art simple mais difficile à jouer simplement (surtout quand je vois déjà les difficultés que j’ai déjà pour ne pas déborder avec la confiture sur ma tartine). Beastmaker est le carton doom / stoner / heavy de cette année 2018, et ceux qui disent le contraire sont de vulgaires pisse-froid. Bon, sur ce, moi je vais commencer à faire de la techno.