#30

Loops of Infinity (A Rave Loveletter)

DJ Metatron

“This is not a perfect party. We are not the perfect people” ouvre ce disque de DJ Metatron, et rien que cette phrase pourrait résumer celui qu’on a pu appeler Traumprinz, Prince of Denmark, DJ Healer ou encore Prime Minister of Doom. Car cela fait des années que DJ Metatron fait une musique pour les clubs vides et les gens qui dansent seuls. Tout au long de ces 90 minutes, il est en effet question de la fin de l’euphorie, de la descente tranquille qui précède le calme, et des retours de soirée doux-amers à la manière d’un Burial, de nostalgie et de mélancolie déployées tout au long de morceaux dans lesquels on erre et on se se perd.

#29

Domesticated

Sébastien Tellier

On a un espoir dont on pense qu’il se réalisera dans quelques années : parler de Sébastien Tellier comme d’un grand personnage de la chanson française. Depuis Politics, tous ses disques s'essaient à la dissection musicale d'un thème: la politique donc, puis la sexualité, la couleur bleue, l’aventure des plages brésiliennes, et désormais le foyer. Domesticated n’est pas seulement la promesse du retour d’un enfant prodigue dans le paysage musical français, c’est aussi l’exigence d’une dissertation musicale sur un sujet : l'espace domestique. Tantôt surprenant, tantôt décevant, ce nouveau disque fait malgré tout un bien fou, celui d’un Tellier de retour avec de nouvelles idées, et une envie maximum de nous faire plaisir, comme il nous l’a montré avec son second disque de l’année, Simple Minds.

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#28

Phoenix : Flames Are Dew Upon My Skin

Eartheather

Le parcours de Eartheater est à l’image de sa musique et existe dans sa capacité à ne pas s’enfermer dans une case. Entre pop contemporaine, folk déstructuré et expérimentations vocales loufoques, la productrice a choisi de ne pas choisir. Si cette ambivalence résume à la perfection sa volonté de croisement des genres, Phoenix : Flames Are Dew Upon My Skin marque toutefois un tournant significatif dans sa quête d’hybridation. Exit les collaborateurs externes, l’entièreté de la production est à mettre au crédit de Eartheater. Les rythmiques breakées sont remplacées par des riffs de guitare et les arrangements sont complétés par les violons et flûtes de l’Ensemble de Cámara, quatuor affilié au Conservatoire d’Aragón, lieu de sa résidence de création. Un changement de cap radical pour un retour à un son plus organique et une direction artistique faisant la part belle aux expérimentations acoustiques. Le résultat est tout simplement grandiose et la balade proposée tout au long d’un album d’une rare puissance.

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#27

LMF

Freeze Corleone

Le rappeur Freeze Corleone a fait son grand retour le 11 septembre avec son album LMF. Il n’a pas fallu plus de quatre jours pour que la Ligue Contre le Racisme et l’Antisémitisme réagisse à la parution du clip "Hors ligne". Le dossier aurait pu rester entre les mains de la justice. Mais non, il a fallu que le nom de Gérald Darmanin vienne s’associer à la publication de la LICRA. Dans un enchaînement aussi diabolique que logique, le sujet change de main et les hyènes des chaînes d’infos en continu s’en sont emparé pour s’adonner à leur sport favori : déboulonner du rappeur alors même que le genre est totalement absent des lignes éditoriales le reste de l’année. Une polémique et des débats ont fait rage plusieurs semaines jusqu’à évincer la qualité (et les faiblesses) de LMF. Ce cirque aura une nouvelle fois permis de mettre en scène la pléthore de pompiers pyromanes qui peuplent notre belle république. Pour pleins de raisons, un moment fort de l’année du rap français.

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#26

DJ Kicks

Mr Scruff

Ce mix de ce vieux briscard du digging qu’est Mr. Scruff, c’est la démonstration irrésistible d’un talent qui renvoie pas mal de new kids on the block à leurs chères CD-J. Car être un homme de goût et un mélomane curieux, c’est une chose. Être un excellent DJ en est une autre. Et si on ne reviendra pas sur l’insoluble débat de l’importance de la technique dans un set, on notera quand même que de technique, il en est bien question ici. De fait, le premier mot qui vient à l’esprit quand il faut décrire ce DJ-Kicks, c’est 'fluidité'. On sait combien il est difficile d’être sur des enchaînements parfaits quand on passe du ragga à l’afrobeat avec des détours par la musique brésilienne ou électronique, mais rien chez Andrew Warthy ne semble forcé, et tant l’agencement des titres que les transitions entre eux fonctionnent invariablement dans l’intérêt des artistes sélectionnés. Entre les doigts agiles de Mr. Scruff, des morceaux que l’on trouvait anodins sur album prennent une toute autre dimension quand il les amène avec autant d’intelligence.

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#25

Au Paradis

Thousand

L’itinéraire que trace Stéphane Milochevitch, alias Thousand, depuis une dizaine d’années n’en finit pas de nous réjouir. Tout l’intérêt de l’album réside dans sa volonté de jouer avec nos repères. Musicalement, la plupart des morceaux restent de facture classique, mention spéciale à Bryce Dessner (The National) qui a écrit et arrangé toutes les cordes. Toutefois, Thousand se permet quelques sorties de route maîtrisées, par exemple avec l’apparition d’un synthé kitsch et d’une voix féminine autotunée au milieu d’une rengaine rock à la guitare dans "Jeune Femme à l’Ibis". Ce mélange permanent de registres donne à l’album une certaine fragilité mais fait au final sa force. C’est précisément dans ces ruptures de ton au sein de compositions musicales homogènes que l’auditeur prend du plaisir. Thousand inscrit son œuvre dans le mouvement car c’est sans doute la seule façon de jouir du présent. Nous n’avons pas affaire à quelqu’un qui (se) cherche mais simplement qui sillonne. Et ce sillon abreuve nos envies d’ailleurs.

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#24

Erotique New Beat

Various

Quelle année (encore) pour les Suisses de Mental Groove / Musique pour la danse, passés maître dans l’art de la réédition qu’on n’imaginait pas aussi indispensable à nos vies avant de la tenir entre nos mains. On aurait pu mettre ici en évidence l’excavation du Room Service de Orlando Voorn (sous son alias The Living Room) ou la trilogie Break The Limits terminée en janvier dernier, mais Erotique New Beat est venu coiffer sur le fil tout ce petit monde. King of the Beat, originellement sortie en 1989, c’est une phénoménale compilation pondue en quelques semaines à peine dans un studio bruxellois et dont le tracklisting aligne les pseudos derrière lesquels on retrouve quelques opportunistes entrepreneurs de la New Beat, prêts à inonder le marché de leurs créations pondues à la chaîne. Et puis le disque vaut autant pour son contenu que pour ses liner notes, où l’on croise Telex, les Schtroumpfs, le Roi Baudouin, Lou Deprijck et Manneken Pis. Une certaine idée de la Belgique qui gagne.

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#23

Meet The Woo 2

Pop Smoke

Lancer Meet The Woo 2 c'est s'offrir une plongée au cœur de la rue, entre descente dans les sous-sols sordides des trap house et face à face avec un calibre chargé. Quoi de mieux que les sonorités obscures de la drill - avec ses drums nerveuses et ses basses ronflantes - pour mettre en musique la pauvreté et la violence qui continuent encore et toujours de ronger les quartiers afro-américains? Une musique qui transpire le vécu donc, et qui n'a rien d'étonnant lorsqu'on s'attarde sur le parcours chaotique de Pop Smoke, qui perdra tragiquement la vie le 19 février 2020, lorsque quatre hommes cagoulés s'introduisent chez lui. 20 ans, une carrière prometteuse et le voilà entre quatre planches. Chienne de vie.

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#22

The Loves of your Life

Hamilton Leithauser

En 2020, Hamilton Leithauser a plus que jamais été ce crooner dont on a tous besoin de nos vies. Dans The Loves of Your Life, on trouve toujours cet équilibre qui lui est si particulier, entre un falsetto bouleversant et une douceur de timbre aussi claire qu’enveloppante. Le songwriting y est également remarquable. Plus qu’une tentative d’épuisement du lieu commun par un guide touristique un peu blasé, cet album zoome sur une carte du souvenir, des grandes artères gorgées de bruit jusqu’à l’impasse sentimentale. Ici on ne ressasse pas, on évoque. S’il n’a plus personne à convaincre depuis longtemps, Hamilton Leithauser continue bien d’impressionner son (trop) petit monde. En restant le même, sans s’éparpiller, il sait encore apaiser et foudroyer. Un disque à son image, tout aussi maîtrisé que classieux.

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#21

Ludi

Chassol

Ludi est un magnifique travail d’introspection dans lequel on nous révèle certes une perspective sur le concept de jeu, mais aussi sur la façon dont l’artiste vit la création. C’est que les règles, chez Chassol, sont rapidement identifiables : le matériau de départ est le monde en ce qu’il a de sonore ; tel un merveilleux psychotique, il nous montre le mélodique qu’il croit entendre partout, et tel un véritable génie, y parvient. Les sons, les cris, les paroles humaines se réécoutent alors toujours musicales, transformées à jamais par le prisme de l’artiste. C’est toute la "rejouabilité" des disques de Chassol qui font que chaque morceau se développe dans une mélodification qu’on prend plaisir à écouter, puis réécouter, encore et encore. Cette méthode, c’est celle qui sous-tend tous ses disques, bien qu’on s’étonne à chaque fois qu’il puisse l’appliquer à autre chose.

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