Vous l’avez senti, ce petit rayon de soleil ? Celui qui vous fait croire que l’été n’est pas si loin ? Celui qui vous rappelle également qu’il est temps de vous occuper de votre calendrier des festivals ? Parmi le choix d’événements où vous irez boire plus que de raison, il y a les grosses kermesses habituelles, les festivités dont on a vaguement entendu parler et celles qui passent régulièrement sous nos radars. Aujourd’hui, on se penche sur ces deux dernières catégories, histoire d’aller s’aventurer sur de nouveaux terrains de jeu.

Rewire

29 au 31 mars 2019

La Haye, Pays-Bas

Tandis que le public belge pleure la disparition du Brussels Electronic Arts Festival (dévoré par les Nuits Sonores, cette blague), la France ne peut même pas se targuer de posséder un festival réellement qualitatif dans cette veine expé/électronique - il y a bien Villette Sonique qui reprend du poil de la bête en 2019, mais son public cible reste davantage le fan des Boredoms et de The Jesus Lizard que celui de Alva Noto ou Chris Watson. Heureusement, les propositions ne manquent pas à l’étranger. On pense au Atonal en Allemagne, au Unsound en Pologne ou au Terraforma en Italie. Mais cette année, on a envie d’en placer une pour le Rewire, dont l’affiche est tout bonnement somptueuse et la proposition alléchante : à la manière du Guess Who? à Utrecht, le Rewire occupe une autre ville des Pays-Bas que l’on ne visiterait pas si le festival n’existait pas, La Haye. Du 29 au 31 mars, ce « festival international de musique aventureuse » investira des clubs et des salles de concert, mais également des églises ou des friches industrielles. Et pour faire vivre les lieux, le festival batave se paie une affiche qui ratisse assez large sur le spectre des musiques délicieusement obliques, en conviant des gens comme Actress, Low, Laurel Halo, William Basinski + Lawrence English, Yves Tumor, Bill Orcutt ou encore Tomaga et le compositeur Pierre Bastien pour une création originale. Bordel, rendez-nous le BEAF, mais en attendant, vous savez ce qu’il vous reste à faire.

AVA Festival

31 mai au 1er juin 2019

Belfast, Irlande

Les Britanniques ont de nombreux défauts, mais il y a une chose qu’on doit bien leur reconnaître : il y a dans leur manière excessive de faire la fête quelque chose d’extrêmement plaisant et qui contribue à créer une ambiance incomparable à condition de se mettre à leur diapason - ce qui nécessite de faire subir à son organisme quelques excès, autant le préciser tout de suite. Comme tout le reste de l’Europe, le Royaume-Uni a lui aussi vu fleurir de nombreux festivals exclusivement dédiés à la musique électronique, où les affiches se ressemblent un peu toutes, les bookers se contentant de piocher dans la même liste d’une trentaine de DJ’s dont les tarifs sont entretenus par l’existence d’une bulle spéculative alimentée à longueur d’année par l’industrie et le public. Bref, on qu’on aille, on sait que l’on verra (au pif) Motor City Drum Ensemble, Avalon Emerson, Dixon, The Black Madonna, Mall Grab, Helena Hauff ou Call Super. C’est finalement le choix du lieu et du public qui l’investit qui importe. Et à ce petit jeu, le AVA Festival de Belfast a ceci de séduisant qu’il nous fait miroiter la perspective de passer 3 journées sur un ancien chantier naval en compagnie de Nord-Irlandais chargés à God knows what, et dont la seule perspective à court terme est de s’amuser et de tenir debout jusqu’à ce que leur corps les envoie chier pour la nuit. Tout ça au son de DJ’s que vous pourriez tout aussi bien voir au Peacock Society ou à Dour. Mais un peu à l’image de ce dernier, on sait qu’un festival vaut autant pour les gens avec qui on le passe que pour les artistes qui nous convainquent de faire le déplacement.

Beaches Brew

3 au 6 juin 2019

Ravenne, Italie

D’après les bouches averties, la région d’Émilie-Romagne serait la destination suprême pour s’en mettre plein la panse. Le top of the panier de la gastronomie italienne. Entre ce qui nous concerne, il ne nous en faut pas beaucoup plus pour nous déplacer. Le bonus de cette hypothétique virée italienne se situerait donc à une heure de Bologne, à la marina de Ravenne.
Le Beaches Brew possède trois atouts incontestables : une dimension ultra réduite (4000 festivaliers par jour, ça tempère l’agoraphobie), les pieds plantés dans le sable (l’air de l’Adriatique, ça soulage les articulations meurtries) et une entrée gratuite (ça détend bien le portefeuille). Côté affiche, le festival se charge de fournir quelques valeurs sûres (King Gizzard, Oh Sees ou Weyes Blood en 2017, Khruangbin, The Comet Is Coming ou Sudan Archives en 2018, Courtney Bartnett pour la prochaine, la liste définitive n’étant pas encore bouclée) ainsi que pas mal de noms en devenir (Ron Gallo, Big Thief ou encore Tropical Fuck Storm, le projet parallèle des vétérans australiens de The Drones). Le Beaches Brew ne mise pas sur le tape à l’œil, mais uniquement sur la fraîcheur de la pêche du matin. Si vous comptez traîner dans le coin, le détour en vaudra certainement la peine.

Festival Yeah !

7 au 9 juin 2019

Lourmarin, France

À force de trimballer ses valises d’un hôtel à l’autre, dévouant son âme et sa petite santé à faire bouger des milliers de culs depuis près de trente ans, on se dit que Laurent Garnier a tout de même bien le droit de s’octroyer quelques jours de vacances par an dans un trou perdu en Vaucluse. La merveilleuse nouvelle, c’est que tout le monde est invité (en tous cas, tous ceux qui sont suffisamment vifs pour choper un pass avant qu’ils ne se volatilisent en une poignée de minutes). Depuis cinq ans déjà, Lolo et ses deux acolytes, Arthur Durigon et Nicolas Galina, ouvrent les portes du château de Lourmarin et n’y font strictement que ce qu’il leurs plaît. Le micro-festival est déjà réputé pour son ambiance détendue du slip et son tournoi de pétanque annuel. L’été dernier, ce fut sa compétition de air-DJing qui a remporté tous les suffrages. Entre la bonne bouffe et les promenades dans « l’un des plus beaux villages de France » (c’est Stephan Bern qui l’a dit), on s’y rend également pour sa programmation hétéroclite fort bien ficelée (The Soft Moon, Rone, Aufgang, Girls In Hawaii, Cannibale, Kokoko!... lors de la session 2018) qui fait la part belle aux découvertes. Les premiers noms de la prochaine édition viennent de tomber et on y croise notamment Nova Materia, les 2 Many DJ's, Snapped Ankles, LAAKE, The Psychotic Monks ou Phoebe Killdeer. Et GMD sera même présent indirectement, puisque notre rédac' chef adjoint y emmènera sa Boudin Room. Yeah, tout simplement.

Obscene Extreme

3 au 7 juillet 2019

Trutnov, République Tchèque

À une époque que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, aller à un festival, c’était passer une grille pour se retrouver dans une enceinte où tout était plus ou moins permis, et où l’on se foutait de ce que disait, faisait ou portait la personne à côté de nous. En 2019, la liberté en festival est une belle illusion, et traverser les 19 contrôles préalables donne accès à une zone où les fashion faux pas sont autant scrutés que les artistes qui se produisent sur scène. Et toute l’Europe y passe. Toute ? Non, un petit village d’irréductibles Tchèques résiste encore et toujours à l’envahisseur. Ainsi, si sur le spectre des festivals métal le Hellfest n’est rien d’autre qu’une version cheveux longs et vestes en cuir de Tomorrowland, le Obscene Extreme se situe à l’exact opposé avec une philosophie qui ferait passer le carnaval de Dunkerque pour un team building d’experts-comptables : pendant 3 jours, le champ de bataille de Trutnov est investi par des milliers de metalheads que l’on encourage à faire n’importe quoi - par n’importe quoi, on entend que les invasions de scène sont conseillées, qu’il est tout à fait acceptable d’entrer dans un circle pit déguisé en Pikachu et que la biture permanente est de rigueur. Si la seule lecture de ce paragraphe vous imprime des WTF en Comic Sans MS sur la rétine, le délire prend tout son sens lorsque l’on visionne quelques concerts des éditions précédentes - on vous conseille le passage en 2015 de Rompeprop, sympathique groupe hollandais de goregrind. Ah oui, ultime précision : si ta définition du métal se limite au Black Album et au best of de Motörhead, passe ton chemin. Avec des groupes comme Cannibal Corpse, Municipal Waste et SIEGE en haut de l’affiche, et des formations aux noms aussi engageants que Stillbirth, Pulmonary Fibrosis, Vomitory, Purulent Spermcanal ou Brutal Sphincter (des Liégeois dont le dernier album s'intitule Analhu Akbar) pour gonfler le line up, on comprend que le le festival n’a pas l’intention de tromper sur la marchandise.

Down The Rabbit Hole

5 au 7 juillet 2019

Beuningen, Pays-Bas

Aaaah, Beuningen… Ses routes, ses arbres, ses habitants.
Ouais bon, on ne va pas se mentir, on ne domine pas des masses l’historique du patelin. 362 jours par an, Beuningen apparaît comme un petit repaire tranquille posé en bord de Waal qui est, d’après notre maîtrise de Google Maps, une rivière. Les 3 jours restants, Beuningen se transforme en alléchant rendez-vous d’une musique généraliste qui se respecte. En se basant sur les précédentes programmations qui ne présentaient pratiquement aucune faute de goût (Nick Cave, David Byrne, Leon Bridges, Queens of the Stone Age, Fever Ray, Oh Sees, St. Vincent… rien que pour l’édition 2018), on peut s’attendre à ce que celle de cette année (encore incomplète à l’heure actuelle) soit toute aussi excitante. Pour l’instant, on peut déjà pointer les passages de Robyn, The Roots, Kamasi Washington, Parquet Courts, Low, The Comet Is Coming, Thom Yorke, Underworld ou encore le retour de Vampire Weekend dans nos contrées. Entre deux concerts, l’événement propose aussi aux festivaliers de participer à diverses performances artistiques bien perchées qui devraient se marier à la perfection avec la consommation de « produits locaux ». Son joli plan d’eau, ses recoins boisés où se terrer la nuit tombée et une organisation que l’on suppose irréprochable (on est aux Pays-Bas après tout…) devraient en convaincre plus d’un à passer la frontière.

BBK Live

11 au 13 juillet 2019

Bilbao, Espagne

Parmi les poids moyens sur lesquels nous n’avions pas pris le temps de nous pencher jusqu’à présent, le BBK Live a particulièrement attiré notre attention cette année en remportant le premier passage européen des Strokes depuis un bail. Cela dit, ce seul nom ne pouvait suffire à notre bonheur. Fort heureusement, l’affiche révélée par la suite a délivré suffisamment de matière pour réjouir celles et ceux que la programmation du Primavera avait pu décevoir par, entre autres, un sévère manque de guitares.
Des starlettes du hip hop hybride (Brockhampton, Vince Staples, Nathy Peluso, Princess Nokia) à un bus rempli de Britishs teigneux (Slaves, Sleaford Mods, Shame, Idles) en passant par les représentants d’un dancefloor qui enjaille sans effort (Yeaji, Todd Terje, Modeselektor, Laurent Garnier), le BBK Live ratisse large, mais maintient la barre suffisamment haut pour que chacun puisse prendre son petit plaisir en bord d’estuaire. Hot Chip ou Omar Souleyman à l’heure de l’apéro, cela semble un plan difficile à décliner... Un certain nombre de gloires locales seront également présentes, mais nous admettrons que nos connaissances en musique ibérique sont encore trop limitées pour vous conseiller à ce sujet.
Vous ajoutez à cela une météo assurée, des tapas généreuses, des collines verdoyantes à portée de ville et l’occasion de vous cultivationner au musée Guggenheim et les raisons de décliner le city trip deviennent de moins en moins nombreuses.

Supervue Festival

26 et 27 juillet 2019

Liège, Belgique

On ne va pas se mentir : en 2019, un festival ne vend plus qu’une simple affiche. Il vend aussi un concept, une putain d’expérience. Dans le cas du Supervue Festival, on peut même dire que l’expérience prend le pas sur la programmation. En tout cas, on doute que l’année dernière, la foule ait fait le déplacement pour une affiche qui, si elle ne manquait pas de jolis noms (Acid Arab, Ivan Smagghe, DJ Lycox), était surtout une affaire de connaisseurs et de curieux - mais aussi d’amateurs d’art, le Supervue intégrant cette dimension à la façon du HORST. En tout cas, passer une journée sur les hauteurs de Liège, dans une ambiance décontractée et avec une vue imprenable sur la ville, c’est forcément le genre de plan qui attire le chaland. Et d’ailleurs, on est les premiers à vouloir retenter l’expérience en 2019 après avoir été vus au bord des larmes en voyant se profiler le chaudron de Sclessin tandis que Front De Cadeaux faisait suer les fions des fêtards sur la deuxième scène du festival. Le potentiel du Supervue est donc comme le site qui l’accueille : immense.

We Out Here Festival

15 au 18 août 2019

Cambridgeshire, UK

Un an. C’est ce qu’il aura fallu à la scène jazz anglaise pour s’envoler dans la stratosphère et acquérir une notoriété et une street cred inimaginables à la sortie en février 2018 de la compilation We Out Here sur Brownswood, le label de Gilles Peterson. En vieux briscard de ce festival jeu (c’est lui qui organise le Worldwide Festival à Sète depuis des années), le tonton Gilles s’en ira battre le fer tant qu’il est encore bouillant dès cet été dans le comté du Cambridgeshire - avec un nom pareil, on a peur de se faire dérober tous nos tickets boisson par un vin malandrin. Le We Out Here Festival investira en plein mois d’août un site par le passé occupé par Secret Garden Party, un boutique festival (un festival de taille moyenne quoi) qui a disparu en 2017. Logiquement, l’affiche fera la part belle au jazz et à des artistes s’en inspirant comme A Certain Ratio, Theo Parrish ou Matthew Herbert. Outre les nouvelles têtes de la scène UK (Joe Armon-Jones, Moses Boyd, KOKOROKO ou Shabbaka Hutchings, qui se produira avec Sons of Kemet et The Comet Is Coming), on croisera également des true OGs comme Gary Bartz (le saxophoniste qui a accompagné Miles Davis ou Charles Mingus), des pontes de l’afro-jazz (coucou Hailu Mergia et Idris Ackamoor). Par ailleurs, Gilles Peterson a également fait fonctionner son carnet d’adresses pour convier un plateau de DJ qui n’a rien à envier à certains festivals de musique électronique, avec des sets de Mr. Scruff, Objekt, Call Super, Skee Mask, Carista ou Lefto pour vous sucer jusqu’à la dernière goutte d’énergie positive coulant dans vos veines. Comme quoi, parfois la hype ça a du bon.

Dekmantel Selectors

22 au 26 août 2019

Tisno, Croatie

Si l'on ne présente plus le Dekmantel, on aurait presque envie de ne pas trop vous parler de sa déclinaison Selectors qui envahit chaque été un petit coin de paradis sur la côté dalmatienne croate. Organisé autour du principe du "size matters", le festival tient à sa dimension humaine (2.000 personnes), à son ambiance décontractée (la sécurité y est pour ainsi dire inexistante), et à son line up qui s'y produit bien conscient que ce festival-là se met vite les doigts de pieds en éventail (quand ils ne sont pas plongés dans l'eau turquoise), loin des cadences frénétiques et des cahiers des charges contraignants. Forcément, qui dit Selectors et Dekmantel dit aussi line-up de diggers patentés qui n'ont pas leur pareil pour se mettre le public dans leur poche avec des sélections riches en pépitos. Et puis, à l'inverse du navire amiral amstellodamois, le Dekmantel Selectors n'est pas une course à la tête d'affiche, mais repose sur un programme où la sélection vaut plus que le nom - même si cette année, vous croiserez quand même des sommités de la curation qui fait danser, à l'image de Young Marco, DJ Marcelle ou Ben UFO.

Meakusma Festival

6 au 8 septembre 2019

Eupen, Belgique

Au rayon des festivals trop cools qui se déroulent dans des endroits qu’on n’aurait pas soupçonnés, le Meakusma se pose bien là. En effet, à moins d’aimer les pandas, la choucroute ou les balades en forêts, vous n’allez pas souvent dans la région germanophone de notre chère Belgique. Et pourtant c’est bien à Eupen, en septembre, et ce depuis 2016, que le Meakusma propose son affiche de qualité. Le créneau est simple, c’est de musiques électroniques d’avant-garde dont il s’agira ici. Une organisation familiale qui, malgré sa jeunesse, ramène des artistes comme Shackleton, Huerco S, Chris Watson, Philip Jeck, Andrea Belfi, DJ Stingray, Dj/Rupture, Thomas Brinkmann ou Asmus Tietchens. Un mélange parfait entre musiques obliques, musiques de club, conférences, cartes blanches et autres installations qui n’en finit pas de conquérir son public année après année. Et tout ça à une bonne heure de Bruxelles.