The Veils

Paris, La Maroquinerie, le 29-04-2009 | par Splinter le 04-05-2009

En 2004, lors de la sortie de The Runaway Found, le premier album de The Veils, Finn Andrews, leur leader, n'avait que 19 ans.  A une époque où les bébés rockers et les apprentis Strokes ne couraient pas encore les rues, l'expérience consistant à placer un frêle jeune homme sur scène pour le livrer aux regards avides et souvent critiques du public pouvait se révéler particulièrement déstabilisante pour celui qui en était le sujet. Et, à ce moment-là, personne ne se serait étonné qu'Andrews, à peine sorti de l'adolescence, craque face à la pression. Trop jeune, trop tôt : tout aurait pu s'expliquer.

Cinq ans plus tard, après plusieurs tournées mondiales et trois albums de très haute tenue, dont l'exceptionnel Nux Vomica et l'excellent Sun Gangs, sorti quelques jours plus tôt, il devrait en être autrement. Pourtant, et manifestement, Andrews ne semble pas avoir trouvé ni confiance en lui ni paix intérieure. Lorsqu'il débarque sur la scène de la Maroquinerie ce 29 avril 2009, de la manière la plus abrupte qui soit faute de première partie, on découvre un gamin presque terrifié, quasiment les larmes aux yeux, au bord de l'explosion.

Ceux qui ont déjà vu Fiona Apple sur scène se souviennent certainement de ses prestations sur le fil du rasoir, à se demander si le concert se poursuivrait la minute suivante ou si la demoiselle enverrait tout valser, comme elle semblait tentée de le faire, prise dans sa folie douce. Il en va presque de même pour Andrews, le visage déformé par la douleur et, surtout, ces yeux, ces yeux rouges et imbibés par la peur, par la rage, à moins que ce ne soit par le Pastis, que le groupe sirote ouvertement sur scène. En regardant le chanteur de The Veils ce soir, on se retrouve face à un adulte qui ne semble pas encore prêt pour affronter la lumière et le regard des autres.

Et pourtant ! La prestation du groupe, devant une salle loin d'être pleine, aura soufflé tant les fans les plus ardents que les béotiens. En attaquant le concert par les trois titres les plus violents et énergiques de Sun Gangs, à savoir "Three Sisters", "The Letter" et "Killed by the Boom", Andrews tente la démonstration de force, la poignée de mains bien virile, comme pour contrebalancer une apparente fragilité qui s'exprime autant dans la maigreur de ce corps que dans ce regard, toujours lui, et ces lèvres crispées, déformées par on sait quoi, du tourment ou du dégoût, à moins que ce ne soit par ces morceaux, qu'Andrews habite et incarne manifestement. Mais puisque The Veils ne sont pas un groupe bourrin, les morceaux les plus lents du groupe - les plus subtils - auront évidemment et naturellement trouvé leur place sur scène, de "Sit Down by the Fire" à "Larkspur" et "It Hits Deep".

Avec un répertoire alliant désormais qualité et quantité, The Veils disposent d'une matière suffisante pour emmener leur public dans un voyage qui s'apparente presque à une visite de famille, les chansons de Finn Andrews ayant souvent pour dénominateur commun de renvoyer à des expériences personnelles impliquant ses proches. Nux Vomica et Sun Gangs regorgent en effet de ces références familiales, de "Not Yet" ("Mama'd tell me all how riding feels") à "Jesus for the Jugular" ("Would the son still rise if there was no one around"), en passant par "Nux Vomica" ("You see my sad wife and my high margin of profit") ou "Three Sisters" ("Three sisters were my mother's pride"). Chacun de ces titres était présent ce soir, aux côtés des classiques "Calliope!" ou "Advice for Young Mothers to Be", toujours aussi enthousiasmante.

Mettant de côté les titres de The Runaway Found de manière sans doute regrettable, Andrews aura tout de même opéré un petit crochet par son premier album en toute fin de concert, après le premier rappel. Seul à la guitare, il aura offert une version acoustique de "Lavinia" et "The Tide that Left and Never Came Black", tout simplement éblouissante. Terminant le set enfin décontracté et libéré de la pression du concert après une heure trente de show, le jeune homme se risquera à quelques plaisanteries en promettant de revenir à Paris. C'est peu dire qu'on l'attend de pied ferme.

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