The National

Montréal, Canal de Lachine, le 13-06-2013 | par Denis le 16-06-2013
Première partie: The Barr Brothers

Montréal, à force d’y passer dans le cadre de mon travail, je commence à connaître. Mais le canal de Lachine, je n’en avais jamais entendu parler. C’est pourtant là qu’est censé jouer The National ce jeudi 13 juin. Visiblement, je ne suis pas le seul à être un peu paumé : après avoir pris deux voies à sens unique et s’être esquinté à me demander si, vraiment, des fois, je n’avais pas le cellulaire de l’un des organisateurs pour qu’il nous file l’adresse exacte, le taximan, en sueur, me dépose au bord d’une étendue de terre bordée d’eau. Le cadre est plutôt sympathique, une grande scène en plein air s’y déploie (The XX et Grizzly Bear y ont joué la semaine dernière) et le ciel est joli comme un ange (c’est du Rimbaud). Je passe rapidement sur la première partie, assurée par The Barr Brothers, quatuor québécois développant un folk aussi prétentieux (et vas-y que je t’exhibe une série d’instruments inconnus à faire pâlir Mike Mogis) que désespérément plat. Fair-play, le public, sorti en grande partie d’un catalogue d’Urban Outfitters, cherche à supporter les régionaux de l’étape pendant que je pique du nez en me disant que, pour 100$, dix pintes de Cerná de L’Amère à boire et une poutine au smoked meat, je pouvais largement m’occuper de prendre en charge ce tour de chauffe (je t’aurais foutu une mixtape qui te l’aurait rendu dingue, moi, ce public). J’ai également tôt fait de repérer, juste à côté de moi, cette Montréalaise à lunettes qui fait déjà un peu trop de bruit et sera complètement bourrée après deux Coors Light à 6$50 (tip obligatoire non compris). En gros, tout semble réuni pour que ça se passe mal.

C’est évidemment sans compter sur The National. Débarquant sur scène avec « I Should Live In Salt », l’une des grandes réussites du récent Trouble Will Find Me, le groupe va redémontrer qu’il est devenu une véritable machine de guerre. Alternant nouveaux morceaux et titres-phares des anciens albums, le quintet (escorté, c’est une habitude, par deux musiciens supplémentaires officiant aux cuivres et aux synthés) propose, comme chaque soir depuis le début de la tournée américaine, une setlist inédite, fondée sur un noyau solide complété par quelques variantes. C’est de cette façon que, parmi les excellents moments de ce concert, nous avons droit à une version de l’emblématique « Baby We’ll Be Fine », pioché sur Alligator et qui s’était fait plutôt rare ces derniers temps. Du côté des titres issus du récent effort, on croit certes deviner quels nouveaux titres ne devraient pas survivre à la présente tournée (« Pink Rabbits », « This Is The Last Time » ou « Humiliation »), mais on ne peut que se réjouir de la profondeur que prend « I Need My Girl » ou du dynamisme décuplé de « Don’t Swallow The Cap », « Sea Of Love » et « Graceless ». Grand moment aussi, les retrouvailles avec « About Today », peut-être la meilleure chanson que The National ait jamais composée et dont la simplicité n’a d’égale que l’intensité. Si la présence ponctuelle de Richard Parry (Arcade Fire, accueilli par Matt Berninger en ces termes : « Everything that is good on our last record has been made by Richard. And me ») sur quelques morceaux fait partie des éléments exceptionnels permis par le contexte (Annie Clark était pour sa part venue pousser la chansonnette sur « This Is The Last Time » à l’occasion du concert au Barclays Center de Brooklyn), il est également quelques certitudes en matière des prestations live de The National. De la même façon que, à certaine époque, on pouvait aller voir Sharko en attendant que David fasse chanter sa chaussure ou se foute à poil, avec les New-Yorkais, on sait que Matt Berninger sera bourré au vin blanc en fin de set et qu’il finira bien par aller se promener dans le public avec son micro. Lors de la dernière tournée, c’était durant « Squalor Victoria » ; désormais, c’est pendant « Mr November », où les cordes vocales du chanteur démontrent une nouvelle fois toute leur résistance. Après ce titre, suivi de « Terrible Love », qui semble se présenter comme la conclusion du rappel, le groupe enchaîne sur une reprise acoustique de « Vanderlyle Crybaby Geeks » : la dernière fois que j’avais vu The National, à Forest National, quelques demeurés s’étaient permis de huer cette performance intimiste parce que, le cul posé dans les travées de la salle, ils n’entendaient pas suffisamment les paroles chantées par le groupe et que la plupart des gens étaient incapables de suivre le mouvement. Ici, le public, qui semblait relativement mou jusqu’à présent, connaît les paroles et les reprend en chœur, donnant à cette interprétation eucharistique toute la puissance qu’elle mérite. L’effet est superbe et le concert s’achève en douceur, sur des sourires et des hugs bien nord-américains. Comme s’il ne fallait pas rompre le charme de cet ultime morceau, c’est presque en chuchotant leurs impressions que les gens regagnent la sortie du site. J’en entends facilement dix laisser échapper un « That was so beautifuuuul ». C’était surtout limpide. Solide. Brillant.  

I Should Live In Salt
Don't Swallow the Cap
Mistaken for Strangers
Bloodbuzz Ohio
Sea of Love
Heavenfaced
Afraid of Everyone
Conversation 16
Squalor Victoria
I Need My Girl
This is the Last Time
Baby, We'll Be Fine
Abel
Apartment Story
Pink Rabbits
England
Graceless
About Today
Fake Empire
Humiliation
Sorrow
Mr. November
Terrible Love
Vanderlyle Crybaby Geeks

http://www.americanmary.com/