Route du Rock 2015

Saint-Malo, le 13-08-2015 | par Maxime le 19-08-2015

Rappelons le contexte : fin juillet, le festival avec Björk en prestigieuse tête d'affiche se donne les moyens de battre des records de fréquentation, les ventes de places sont au beau fixe, la météo s'annonce généreuse. Ce scénario idéal dérape dix jours avant l’échéance avec l'annulation de l’Islandaise, entrainant illico un effondrement du cours du pass trois jours sur le Bon Coin.

Une mauvaise nouvelle qui a néanmoins permis à l'organisation de faire montre de sa grande capacité à rebondir. Et finalement le festivalier s'est fort bien passé de la "diva " le temps d'un séjour malouin des plus réussi, qui a débuté par une soirée d'ouverture de toute beauté le jeudi et s'est conclu par une très belle affiche dominicale.

Entre les deux se sont succédées des après-midis enchantées sur la plage, des soirées explorant toutes les facettes du rock, et des nuits électroniques dynamitant le Fort jusqu'à épuisement des festivaliers. Plutôt que de vous détailler tout le programme par le menu comme nous l'avions fait l'an dernier, on a préféré faire le point sur nos coups de cœurs et nos (quelques) déceptions sous forme de top 3 thématiques. 

Les petits nouveaux promis à un brillant avenir, le top 3 des révélations du festival :

1/ The Districts

Pas tout à fait des inconnus pour les fidèles de GMD puisque ils figuraient déjà sur l’avant-dernier volume de nos compilations Jeunes Pousses et qu’on vous a récemment parlé de leur premier album, les natifs de Pennsylvanie ont confirmé tout le bien qu’on pensait d’eux en ouverture de la dernière soirée, avec un set sec et bluesy à souhait pour démarrer un dimanche quasi parfait.

2/ Hinds 

Elles sont fraîches, elles minaudent sur scène, parlent français avec l'accent espagnol et font bouger la fosse avec une poignée de pop song efficaces, mâtinée de garage et de psychédélisme. Bonne pioche que ce quatuor espiègle qui a quand même encore de la marge de progression en termes de présence scénique.

3/ Girl Band

L’autre « next big thing » du week-end a tenu ses promesses avec un post-punk rageur et efficace qui a remis un bon coup de fouet à la soirée du vendredi, mais qui a un peu peiné à tenir sur la durée. Attention à ne pas louper le virage de la confirmation. 

On les attendait et ils ne nous ont pas déçus, le top 3 de ceux qui ont assuré :

1/  The Soft Moon

Déjà accueillis par le festival en 2012 et de retour pour défendre l’excellent Deeper, le groupe a nettement gagné en maturité depuis son dernier passage au Fort de Saint-Père, sans pour autant concéder une once de noirceur. Un set sans concessions qui tabasse dur et sans aucun doute la meilleure confirmation du week-end.

2/ La galette saucisse

Une saucisse bien chaude le long de laquelle coule un peu de graisse fondue, enroulée dans une galette bretonne craquante, la galette saucisse fut encore cette année la compagne fidèle du festivalier malouin. Entre les concerts, pour finir la nuit le ventre plein ou encore sur la plage dans un transat, définitivement incontournable.

3/ Foals

Être la tête d'affiche unique d'un festival quand on est une artiste internationale reconnue et confirmée n'est de base pas forcément évident. Être la même tête d'affiche de ce même festival quand on a « seulement » 10 ans d’existence et une poignée d'albums derrière soi l'est encore moins. Mais quand le jeune groupe remplace l'artiste confirmée au pied levé en haut du lineup ça commence à devenir difficile. Que pouvait-il arriver de pire à Foals ? Que le bassiste finisse à l'hosto le jour du concert ? Bingo. Cela ne les a pas empêché de trouver un remplaçant au débotté et de délivrer un show pied au plancher, 70 minutes semblant en durer 10, mélange de classiques de leur répertoire et de nouveautés qui leur a permis de se mettre le Fort dans la poche. Dommage qu’il n’y ait pas eu de rappel, mais big up à eux pour le petit exploit.

Ils ont fait du bruit et on a pris notre pied, le top 3 des franchissements du mur du son :

1/ Viet Cong

Dire que les Canadiens étaient attendus est un doux euphémisme, et ils ont largement tenu leur rang. Leur set, moins noyé dans les nappes de reverb que leur album, a laissé plus de place aux mélodies et s’est terminé par un final époustouflant, longue coda rythmique jouant sur la frustration du public et ne le laissant redescendre qu’après de longues minutes de tension. Grandiose.

2/ Ride

Sans avoir autant remué les tripes du public du Fort que Slowdive l’an passé, la reformation de Ride a fait plaisir à voir et à entendre, le groupe enchaînant les classiques au point d’équilibre entre noise et pop, complétant donc après Slowdive en 2014 et My Bloody Valentine en 2009 les venues de la Sainte Trinité du shoegaze. 

3/ Thurston Moore

Avec son look d'éternel adolescent, Thurston Moore et sa formation guitare-guitare-basse-batterie ont déroulé les morceaux de son dernier disque. L’espace d’un instant hanté on s'est presque attendu à ce que Kim Gordon déboule pour nous susurrer « Shadow of a Doubt », mais même définitivement détaché de Sonic Youth le grand ancien nous a rappelé pourquoi le festival s'appelle la Route du Rock, terminant sur un mur sonique impressionnant. 

On est passé à côté, le top 3 de ce qu'on a pas vu :

1/ Kiasmos

Arrivés après le début du show et devant filer à la conférence de presse de Foals, on n'a entendu que 10 minutes de la retranscription de leur album éponyme sur scène, mais le peu qu'on en a capté était particulièrement alléchant, réussissant le tour de force de transformer une électro en apesanteur en un set déchaîné sans perdre un gramme de mélodie. On ne loupera pas la prochaine occasion de les voir.

2/ Lindstrøm

Comme il fallait se fader 1h30 de Daniel Avery avant le passage de Lindstrøm, le courage nous a manqué et on a lâché l'affaire sans aller jusqu'au set électro-disco du Norvégien, qui a pourtant apparemment entraîné les couche-tard jusqu’au bout de la nuit.

3/ Le camping

Décidément on vieillit à GMD, puisque cette année on a pour la première fois passé notre tour sur le plantage de tente dans la boue. Résultat des courses: on ne s’est pas farci le mal de dos au réveil, l’attente sans fin pour prendre une douche froide et les voisins de camping beurrés encore en train de gratouiller  "Nothing Else Matters" à 5h du mat. Mais l’ambiance était sympa (il paraît).

On ne savait pas quoi en attendre et on a kiffé, le top 3 des très bonnes surprises :

1/ Savages

Il y a eu un moment étrange le dernier jour : on s’est assis à une table non loin du bar pour croquer dans une énième galette saucisse, quelques instant avant que Savages débarque toutes guitares dehors sur la grande scène en envoyant un premier riff. Et là tous les cinquantenaires venus pour Ride se sont levés en se rendant compte que le rock n’était finalement pas mort et ont filé dans le pogo comme un seul homme. Il faut bien dire que les quatre filles de Savages auront produit le concert le plus énergique du festival, Jehnny Beth se jetant plusieurs fois dans une fosse en ébullition. Ebouriffant.

2/ Algiers

Grosse claque également avec Algiers qui venait défendre un premier album se situant à un improbable mi-chemin entre cold wave et soul. Le chanteur Franklin James Fisher, sorte de Marvin Gaye en mieux gaulé se déchaînant sur les synthés glacés digne d’un Depeche Mode trempé dans les accords de Joy Division, a créé un enthousiasme bien mérité.

3/ Les concerts de la plage

Le concert du vendredi a été déplacé à cause de la pluie, mais les deux jours suivants sous le soleil ont vu se dérouler deux spectacles mémorables : de mémoire de festivalier on n'avait jamais vu une foule si dense sous les remparts de Saint-Malo. Le samedi c'est Flavien Berger qui a entraîné une plage noire de monde dans un show planant, moins âpre que son récent Léviathan. Et le lendemain l'intenable Jimmy Whispers à l'entrain communicatif a foutu un gros dawa, balançant sa bière sur le public, torse nu et en slam dès la deuxième chanson. 

Ils nous ont touché l'une sans faire bouger l'autre, le top 3 des concerts qui ne resteront pas gravés dans nos mémoires :

1/ Ratatat

Magnifique nous avait laissé relativement indifférent, sa présentation sur scène ne nous a pas non plus convaincu. C'est sûr que c'est efficace, mais extrêmement désincarné, les deux chevelus semblant jouer à Guitar Hero à grand renfort de moulinets de bras. Tous les tubes y passent et le public du vendredi qui était visiblement principalement venus pour les natifs de Brooklyn y a trouvé son compte. Pour ce qui est de la créativité et de la qualité du show on repassera.

2/ Black Sabbath Fuzz

Coiffés comme Led Zep et grimés comme Kiss, on a failli confondre le combo formé de Ty Segall à la batterie et de ses deux guitaristes avec un groupe de hard-rock des années 80 en plein come-back. Aussi revu – et dispensable - qu’un show d’Ozzy Osbourne en 2015. 

3/ Timber Timbre

Auteurs d’un très bel album l’année dernière, les Canadiens ont été plutôt décevants en formation rock, électrifiant un chouïa trop les morceaux ouatés de Hot Dreams. Pas un mauvais moment mais pas non plus de quoi en faire tout un far breton.  

Mention spéciale « soirée d’ouverture » :

La soirée d’ouverture à la Nouvelle Vague, la salle de Saint-Malo, est toujours un peu à part puisque le pass trois-jours n’y donne pas accès et qu’il faut s’acquitter d’une obole supplémentaire pour y assister. Cette année encore on a eu le nez fin de ne pas en faire l’économie, la soirée fut une réussite, faisant se succéder les shows de grande tenue de deux groupes déjà venus au festival : Sun Kil Moon mené par un Mark Kozelek tout en ironie, subtilisant l'appareil photo d'un « fucking journalist » et se le passant autour du coup avant de reprendre Nick Cave le temps d’un bel hommage, puis The Notwist rejouant leur classique Neon Golden dans une version musclée mais enlevée s'attirant les satisfecit de la foule.

En conclusion cette année la Route du Rock se solde par beaucoup de positif, un beau bilan artistique porté par une affiche défricheuse et pertinente, un total de 23 000 places vendues ce qui reste un score plus qu'honorable pour un festival aussi indé. Et un gros coup de chapeau sur les efforts qui ont été fait au niveau de l’organisation qu’on avait à juste titre pointée du doigt les années passées : entre les travaux de drainage dans le Fort de Saint-Père, la mise en place du paiement sans contact, la multiplication par deux du nombre de WC et la disposition judicieuse de la seconde scène en vis-à-vis de la grande, le confort du spectateur a été largement amélioré. See you next year.

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