Route du Rock 2014

Saint-Malo, le 14-08-2014 | par Maxime le 03-09-2014

Cette année l’équipe de GMD n’était pas qu’à Dour, elle est également allée traîner ses esgourdes du côté de la Route du Rock, le plus grand des festivals indé de France qui se tient depuis 24 ans à Saint-Malo. Compte-rendu en détails.

Soirée d'ouverture - Jarvis ou les moines copistes

Le mercredi est le jour de la pré-chauffe, qui n'a pas lieu sur le site "officiel" du festival mais dans la plus modeste salle de concert de Saint-Malo, la Nouvelle Vague. Autant le dire tout de suite, LA grosse claque, ou tout du moins LA grosse révélation de cette 24ème édition, était placée dès cette soirée d'ouverture avec le très jeune combo de Montréal Ought. Un groupe qui vient de sortir son premier effort sur Constellation, et est emmené par un frontman déchaîné évoquant de manière assez troublante un Jarvis Cocker jeune qui aurait écouté The Fall, Television et les Modern Lovers en boucle. Avec une fougue juvénile bluffante, et des morceaux qui bien que bourrés de références ont leur propre personnalité, cette entrée en matière aura mis tout le monde d'accord, le groupe n'ayant eu besoin que de deux titres pour mettre la salle entière à ses pieds. Et on ne doute aucunement qu'ils en auraient fait autant sur la scène du Fort. 

On passera rapidement sur la performance d'Hamilton Leithauser à l'image de son album solo : honnête, mais sans plus. En gros, parfois trop de crooneries et plus assez de ce qui faisait l'excellence des regrettés Walkmen dont le batteur et le guitariste sont toutefois toujours de la partie. Ceci étant dit, Hamilton c'est quand même toujours la grande classe, on ne pourra pas en dire autant du grand guignol qui nous attend ensuite.

On a toujours eu un problème avec Frànçois and the Atlas Mountains, (ce côté boy scout sans épaisseur, trop gentil et  propre sur soi), impression qui ne se sera pas arrangée avec ce concert où on aura eu droit à un mélange de spectacle de derviche tourneur, de systématiques et interminables duels de percus (non mais arrêtez pitié!), de chorégraphie guitare-basse second degré digne d'un mauvais clip des années 80, et surtout de coupes de cheveux qu'on croirait tout droit sorties de la redif' annuelle du Nom de la Rose sur France 3. Non mais sans déconner les gars c'est pas possible, je veux bien que la musique soit ce qui compte mais là changez de coiffeur, ou alors trouvez-en un.

Jour 1 – de la boue et des galettes saucisses 

L’arrivée sur le vrai site de la Route du Rock 2014 se fait sous une pluie battante. Le temps de planter la tente au camping dans un sol déjà presque liquide que les sneakers toutes neuves sont déjà flinguées. Comme on n’a pas pensé aux bottes une seule solution : reprendre direct la caisse pour aller s’en procurer au légendaire Cora de St. Malo. Evidemment tous les festivaliers ont eu la même idée, et on arrive à arracher les dernières paires. Les actions Aigles ont dû monter ce week-end. Ceux qui ont eu le malheur d'hésiter s'en mordront les doigts (de pied) dès le premier soir. Le lendemain tous les vendeurs de bottes de la zone commerciale se seront fait dévaliser et à part chausser du 28 ou foutre 110 € dans une paire de luxe vous étiez sûrs de retrouver vos vieilles grolles toutes crottées le lendemain.

Le temps de retourner au Fort de Saint Père et d’attendre dans la caisse que la dernière grosse  averse se calme pour se jeter - et la suite de la soirée nous confirmera ce bon mot - à l'eau, qu’on a déjà loupé (à notre grand dam) la première sensation de la journée, Angel Olsen. On se console en voyant les nuages foutre le camp, mais il a quand même suffisamment plu jusque-là pour que toute la fosse devant la grande scène soit transformée en piscine. Le public est donc logiquement encore un peu clairsemé devant The War On Drugs puis Kurt Vile & The Violators. Le premier est pro, ça sent les grands espaces américains, mais c'est un peu trop propret quand même. L’ami Kurt apporte son grain de folie en jouant les longs morceaux de son déjà classique Walkin’ on a Pretty Daze. Les deux ex-compagnons de route y vont même chacun de leur petit solo de guitare lors du set de l’autre, le symbole est sympa même si on l’avait vu venir. En somme même si les deux sets sont forts sympathiques et si les albums nous avaient vraiment séduits, c'est quand même par moment limite chiant et trop classic rock, bien que le final de Kurt Vile avec Adam Granduciel relève un peu la sauce. 

Il est temps d'aller vérifier que bien que les éditions passent, que les groupes se  séparent et se reforment, que l'équilibre financier pour la Route est toujours difficile à atteindre (on se souvient de l'édition catastrophique d'il y a deux ans, qui malgré une belle affiche s’était complètement vautrée en termes de fréquentation, notamment le dernier soir d'où le recalage du festival sur jeudi-vendredi-samedi et l'ouverture aux fin de soirées en mode électronique), que malgré tous ces aléas, la galette saucisse est fidèle à sa réputation: toujours aussi savoureuse et légèrement relevée. Elle reste la meilleure amie du festivalier quels que soient les affres de la météo.

Pendant ce temps de l’autre côté du site les sympathiques Real Estate déroulent sur la petite scène un set à leur image, modeste et plaisant. La sauce prend bien mais ils sont interdits de rappel par la régie malgré la demande du public. Car Thee Oh Sees prend le Fort d’assaut armé de sa réputation de bête de scène. Ça déménage sévère mais leur prestation est courte, très courte. A peine trente minutes, et donc première déception de la journée. Le set est orienté très garage, avec un seul extrait du dernier album, et même si la prestation est bonne (quand même très au-dessus de la moitié de ce que l'on voit et entend en temps normal, c'est dire le niveau) on sent John Dwyer bien en dessous de ce qu'il est capable de donner habituellement (il ne terminera même pas torse poil). On en vient même à se demander s'il n'y a pas eu un problème quelconque ayant écourté la prestation de la première vraie grosse tête d'affiche du premier soir. 

C’est une nouveauté depuis l’an dernier, les concerts de la nuit délaissent le rock pour lorgner du côté de l’électronique. En ce premier soir c’est Caribou puis Darkside qui s’y collent. « I Can’t Do Without You », le nouveau single des premiers est sur toutes les lèvres, et on le réentendra tout au long du festival lors des DJ set où dans la bouche des festivaliers encore arrachés au réveil. Et alors là autant la prestation de Caribou nous aura très agréablement surpris de légèreté (et il en fallait de la légèreté quand on a les pieds depuis sept heures dans la merde) et de finesse, entre hédonisme et cérébralité, autant celle de Darkside aura été insupportable. Lourd, dix fois trop fort (et vas-y que je te balance des kicks et des infrabasses à t'en faire remonter la galette saucisse par l'œsophage) et scéniquement outré de la part de Dave Harrington. De la grosse daube qui carbure aux plans de guitare à la sous-Gilmour. Bref on aurait cru entendre un mauvais tribute band à Pink Floyd du fin fond de la Sarthe. Darkside de la lune, mais pas la même, hein. Enfin bref tout ça pour ça, et pour l'heure qui nous aura paru la plus longue de tout le festival.

Jour 2 – foule des grands jours et chenille géante

Ce qui est marrant dès ce deuxième jour, c'est qu'il n'y a plus besoin de toiser le poignet du jeune en ville pour savoir s'il en en est où pas avec son bracelet orange, il suffit de regarder son fut et ses pompes. La quantité de boue séchée pourrait même indiquer s'il est au camping voire même dans quelle partie du camping dans certains cas. Plus sérieusement, c'est aussi le moment de se poser quelques questions sur l'organisation. Si tout le monde se sera félicité de l'apport de foin sur les mares devant la scène principale, il reste tout de même qu'il aura fallu attendre le deuxième jour pour que ce soit fait, alors que le site était totalement embourbé dès l'ouverture. Et pourquoi faire passer l'accès au site par les sentiers plein de terre alors que l'accès se faisait auparavant par la route goudronnée ? Ou alors le but était peut-être de mettre dans l'ambiance dès le départ et jusqu'à la sortie où il aura fallu s'armer de patience et de sang froid pour réussir à sortir la caisse embourbée des ornières géantes du parking et éviter la nuit à trois dans la bagnole. Quant à l'emplacement actuel c'est pas possible non plus : impossible de circuler, rentrer ou sortir du site à l'heure de pointe. Dommage, même si l'on sait que les organisateurs demandent aux élus locaux depuis trois ans des travaux dans le Fort pour refaire les remblais et le sol de manière à mieux évacuer l'eau. Il paraît que ça va être fait cette année, il paraît.

Bref le vendredi ça se bouscule au portillon pour voir les grands anciens – Slowdive  et Portishead sont les têtes d’affiche de cette soirée qui de mémoire de festivalier n’avait jamais vu le Fort aussi rempli.  Ce second sold-out de toute l’histoire de la Route (la première fois c’était pour The Cure en 2005) débute par un nouveau petit problème d'organisation puisque même armé des meilleures intentions, le plus ponctuel des festivaliers ne pourra voir que la fin du concert des Cheatahs, le groupe ayant dû commencer avant l'ouverture du site au public... Anna Calvi sur laquelle on n’avait pas vraiment misé tout notre pognon enchaîne ensuite, et la furie rousse en talons aiguilles a le diable au corps et le rock n' roll dans le ventre tout au long d’un set musclé, mais qui peine toutefois à décoller. Une belle surprise ensuite avec Protomartyr, qui livre un show impeccable coincé entre post-punk et post-hardcore so 90's, le tout servi par un groupe remuant et un chanteur au flegme déconcertant  De quoi se mettre en jambe avant le shoegaze classique de Slowdive, qu’on n’espérait pas voir un jour à Saint-Malo devant une foule enfin digne du groupe. La joie sur le visage de la chanteuse Rachel Goswell est communicative, et le public leur fait honneur. Le son est impeccable et l'émotion présente aussi bien sur scène qu’à côté puisque si on n'a pas réussi à savoir qui était le jeune homme à gauche de Neil Hastead (un roadie, un technicien, un fan autorisé ?), il était soit complètement chimiquement transporté soit écrasé par la musique du groupe. Pour nous c’est le deuxième temps fort, bien au-delà de ce que l'on aurait pu espérer de cette reformation que l'on devine tout sauf pipeau. Mais ce n’est rien à côté de l’accueil réservé à Portishead, qui retrouve le festival malouin 16 ans après leur dernier passage. Leur set dense d’une heure et demie comprend des morceaux de leurs trois albums, s’éloignant progressivement du son studio (magnifique « Wandering Star » en acoustique), et se termine sur un rappel fulgurant. Beth Gibbons, descendue dans la fosse sur le final, est toujours aussi fragile et touchante, la Corona à la main, dans un informe manteau kaki à l'exact opposé de sa grâce vocale.

Après tant d’émotion on va picoler au bar, loupant par la même occasion Metz, mais histoire de reprendre des forces pour Liars qui viennent mettre le feu à la soirée avec un show moitié tribal moitié électro et 100% déjanté, dont on ne saura dire s'il s'agit d'un immense foutage de gueule ou si le virage eurodance et bas du front est réellement assumé. Angus Andrew chante (hurle) avec une énorme chaussette de laine multicolore sur la tête, sautillant d’un bout à l’autre des planches. Mais ce sont les morceaux de WIXIW, leur précédente galette avant Mess, qui font l’unanimité, la foule explosant sur « N°6 Against The Rush ». Le concert se conclut par une improbable chenille géante du public devant la grande scène. A genou on rentre sans la force de finir la nuit devant Moderat.

Jour 3 – Montgolfières et poubelle qui slame

Pour cette ultime journée le sol du Fort est enfin sec, mais on a bien compris que le ciel de Saint-Malo pouvait être capricieux et on n’a pas lâché nos bottes. On attendait avec impatience Perfect Pussy, qui aura déroulé un set condensé d’énergie brut, mais mal servi par un son horrible. Pas trop problématique pour Meredith Graves, qui s'affirme comme une frontwoman bien plus généreuse et simple que le buzz précédent le groupe n'aurait pu le laisser présager. Mac DeMarco commence ensuite de l’autre côté, et on n’aurait loupé ça pour rien au monde. Le garçon est accompagné de trois autres branleurs, le groupe donnant de l’ampleur à ses compos lo-fi. Une corde de sa gratte casse ? Pas de soucis il la change tranquilou assis devant nous tandis que ses compères reprennent « Yellow » de Coldplay en mode je m'en-foutiste. Instant de grâce sur le magnifique « Chamber of Reflection » quand deux montgolfières passent au-dessus de nous, avant que Mac ne se jette dans la foule pourtant pas encore très compacte pour un slam débraillé, s’allumant une clope et s’envoyant une bière qu’on lui tend. En voilà un qui est à la hauteur de la hype et de l’excitation qui l’entoure depuis plusieurs mois. Après lui Baxter Dury en dandy cintré dans son costume fait bien pâle figure. Trop british, trop lisse, trop crooner nonchalant ?

La dernière partie du festival a divisé nos chroniqueurs sur place. Disons simplement que pour l'un d'entre eux les derniers concerts furent parsemés de bonnes surprises, Toy d'abord: sur la petite scène, ces fils spirituels de The Horrors déploient une rythmique de feu. Puis The Temples, très à l’aise malgré leur jeunesse, et clairement attendus par le public, qui livrent un set maîtrisé mais puissant, en dignes héritiers de la pop anglaise. Pour l'autre, malgré une réelle envie de voir Toy, il n'aura finalement tenu que 4 morceaux, tant le set est d'un systématisme épuisant et usant d'artifices mille fois vus et entendus en mieux ailleurs, quant à Temples, ça sentait pour lui clairement trop le vieux patchouli pour le convaincre, le tout taillé au cordeau sans aucune prise de risque ou originalité.

La nuit se termine sur le concert débridé des français de Cheveu, grand n'importe quoi très vilain qu'on aura préféré regardé de loin une dernière bière insipide à la main : une fosse en ébullition, trois mecs et une poubelle en roue libre, avant que Jamie XX puis Todd Terje concluent le festival en transformant le Fort en dancefloor géant, même si le set du premier comprendra un quart d’heure disco jamaïcain un peu douteux. Pas une goutte de pluie pour terminer, la Route du Rock 2014 prend fin sur une belle performance de fréquentation mais un bilan artistique qui aura divisé.

Message personnel de Michael : ah et désolé au couple dans la Clio grise sur le parking à l'entrée de Saint-Père vendredi soir, j'espère qu'on vous aura pas trop dérangé, mais visiblement non... 

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