[PIAS] Nites

Tour&Taxis, Bruxelles, le 16-02-2013 | par Denis le 17-02-2013
Première partie: Balthazar

Dans le soir de Bruxelles, les affiches pour l’édition 2013 des [PIAS] Nites côtoient celles qui annoncent la prochaine expo du Musée des Beaux-Arts, ce qui a pour effet de juxtaposer curieusement Kavinsky et Kandinsky. Absent le vendredi, je n’ai pas vu le set donné par le Français à Tour&Taxis, mais j’en ai lu et entendu beaucoup de bien et c’est en espérant autant de réussite que je me rends à la soirée du samedi.

La première entreprise, en pénétrant dans le Shed 2, est de s’approvisionner en jetons de boissons, ce qui, je le conçois très bien, n’est certainement pas l’information qui vous paraît la plus essentielle à la lecture d’un tel compte rendu. Mais c’est à ce moment, pourtant, que se noue en partie le succès d’une soirée. Au bar, j’échange l’un des huit jetons que je viens d’acquérir pour vingt euros contre ma première bière. Au moment de rendre le gobelet qui a contenu cette dernière, l’une des serveuses m’apprend qu’il est consigné et me rend un demi-jeton. Les instructions délivrées aux bénévoles du bar manquaient peut-être de clarté, mais toujours est-il que la personne qui m’a servi toute la soirée m’a involontairement permis que chaque bière ne me coûte qu’un demi-jeton, soit 1,25€, un prix qu’on ne pratique même plus dans les buvettes des clubs de foot de la région liégeoise.

Précédant la grande salle, un petit salon cosy a été aménagé, dans lequel se produisent, pour de courts sets, quelques invités-surprises non annoncés sur l’affiche. L’un des ingés son me tend gentiment la timetable, où je découvre les noms d’Aaron Espinoza, Valerie June et An Pierlé. Trois beaux artistes de chez Pias, assurément, qui conviennent bien à ce cadre intimiste (et la chanteuse de “Mud Stories” s’en tirera particulièrement avec grâce), mais j’avais espéré que l’occasion serait donnée aux Girls in Hawaii de renouer avec le public bruxellois sans trop de pub autour de l’événement. Ce sera pour une autre fois.

À cet espace minimaliste s’oppose la grande halle où est établie la scène principale. Le genre de hangar fascinant sur le plan architectural, mais dans lequel il est compliqué d’obtenir un son de qualité, comme Jason Lytle aura l’occasion de l’éprouver. Arrivé trop tard pour assister aux concerts de Champs et de Lord Huron (dont “Time To Run” vaut le détour), je ne parviens pas à m’intéresser véritablement à la prestation d’Andy Burrows. Sans être franchement désagréables, les morceaux de l’ex-membre de Razorlight me paraissent trop policés et se laissent entendre sans s’écouter. Le fait de ressembler vaguement à Chad Kroeger ne joue pas non plus en la faveur de Burrows, et je regarde plus souvent vers le parterre que vers la scène, en songeant que, sans pouvoir aucunement être réduits à du Nickelback, les titres qui s’égrènent ne dépareraient pas dans une mauvaise série sur la vie d’un campus américain.

Le concert de Jason Lytle constituera la seule véritable déception de la soirée. S’il n’est pas aidé par le bavardage incessant de la foule (à se demander si la moitié du public avait conscience d’être face à l’une des légendes de la scène indie), le Californien, confronté à des problèmes de son, ne parviendra jamais à faire décoller un concert qui n’en finit pas de s’enliser dans de trop fréquents interludes au piano. D’autant plus regrettable que si les titres de son récent Dept. of Disappearance rompaient avec la dimension enjouée de la pop de Grandaddy pour ne conserver que sa facette plus mélancolique, ceux-ci n’en mériteraient pas moins d’être dévoilés dans un contexte qui leur convient mieux. Comme le loft que je viens d’acheter dans Prenzlauer Berg ou le petit salon dans lequel jouait An Pierlé, par exemple.

Les (quasi) régionaux de l’étape, Balthazar, se sont hâtés de remettre les pendules à l’heure, en livrant une prestation pleine d’énergie et de charisme. Au risque du cliché, voilà un groupe qui prend une vraie dimension supplémentaire en live. Contrairement à notre rédac’chef, j’étais resté plutôt indifférent au moment de découvrir l’album Rats : sur scène, pourtant, les qualités de ce dernier sont décuplées et, si je ne tiens pas encore le groupe pour les Walkmen belges, Balthazar fait montre d’une maturité et d’une solidité appréciables. Ce qui semblait propret en version studio devient tranchant et la retenue cède le pas à la hardiesse, sans que le groupe ne sombre jamais dans la confusion. Juste avant de prendre le chemin de la Scandinavie pour quelques dates avec les Local Natives, les Courtraisiens ont eu l’occasion de montrer à ceux qui, comme moi, en doutaient pourquoi on les considère comme l’un des meilleurs groupes belges du moment.

Le risque est grand, dans ce genre de cas, que la première partie en vienne à éclipser la tête d’affiche. Il n’en sera rien tant le public, qui se presse aux avant-postes dès la fin du concert de Balthazar, est en réalité dévolu à la cause d’Alt-J. En un peu moins d’une heure, le quatuor enchaîne les titres issus d’An Awesome Wave avec classe et maîtrise. Devant cette démonstration de précision, je souris en repensant à la chronique assassine publiée sur Pitchfork à propos de cet album, sans doute motivée par la rage d’avoir raté l’émergence de ce véritable phénomène. Le set d’Alt-J est impeccable et tout s’y enchaîne naturellement : des percussions entraînantes de “Breezeblocks” aux alternances vocales dignes de Yoni Wolf sur “Fitzpleasure”, l’ensemble est cadré, précis, cohérent. Et quand je me prends à penser que tout cela est, justement, peut-être un peu trop rôdé, que les titres sont peut-être trop proches de leur excellente qualité studio, le groupe lâche la bride sur “Taro”, qui conclut le concert dans une explosion sonore aussi plaisante que frustrante. Autour de moi, nombreux sont les mongolos qui tentent de faire revenir le groupe en formant des triangles avec leurs doigts (il y a visiblement plein de façons différentes de le faire et pas encore de consensus autour de la combinaison fédératrice), ce qui est, en soi, aussi ridicule que les gamines qui font des cœurs avec leurs mains pendant les concerts de BB Brunes — mais sans l’excuse de l’âge. Un dénommé Jasper prend place derrière des platines installées à la va-vite. Le sol est jonché de cadavres de bouteilles de coca vides. Il me reste un gobelet, un demi jeton et le type qui n’a pas tout à fait compris le système de consignes est toujours derrière le bar. C’est une bonne soirée.

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