Main Square Festival

Arras, le 06-07-2008 | par Jeff le 11-07-2008

Aaaah les festivals d’été… quelle joie de retrouver les files interminables associées à n’importe quelle activité un minimum essentielle (boire, bouffer et pisser), les toilettes malodorantes, les hamburgers plus indigestes qu’une vanne de Guy Montagné, les poufiasses qui trônent fièrement sur les épaules de leurs mecs, les caméras à bras télescopique qui vous obstruent la vue avec leur mouvement ample dont le seul but est de permettre à quelques centaines de péquenauds de bouger leur bras ou, palme de l'idiotie, les centaines d'apprentis artistes qui passent le plus clair de leur temps à prendre des photos/vidéos irregardables (avec flash à 20 mètres de la scène évidemment) qui polluent mes recherches sur Flickr ou YouTube. Dit comme ça, on croirait presque que les festivals d’été sont une corvée pour votre serviteur. Heureusement, il n’en est rien. Surtout lorsque l’affiche mérite à elle-seule que ledit serviteur s’enfile 250 kilomètres pour pénétrer en lignes ennemies, au pays de la mauvaise bière, du public froid et des gens qui vous disent « On dirait qu’il y a des Belch’ ici, une fois » dès que vous ouvrez la bouche.

Direction Arras donc, et son Main Square Festival. Après une première soirée consacrée à la musique électronique (2 Many DJ’s, Underworld, Chemical Brothers, …) et une seconde à la musique qui refoule du slip (Mika, BB Brunes, Panic At The Disco, …), la journée de dimanche mettait à l’honneur… Radiohead. Oh, quelques groupes sont bien venus compléter l’affiche, mais c’est principalement pour la troupe d’Oxford que se sont déplacées près de 30.000 personnes ce dimanche. Normal en même temps, puisqu’il s’agissait de l'unique date du groupe dans un festival français et la dernière de sa courte tournée dans l'Hexagone. Mais avant de se voir offrir deux heures de Radiohead, les festivaliers avaient droit à un « avant-programme » de haute volée, composé de quatre groupes dont on a beaucoup parlé ces derniers mois.

Mais en ces temps de Tour de France, je m’en voudrais de ne pas vous parler rapidement du cadre du Main Square à la manière d’un Jean-Paul Ollivier, lui qui distille dans une certaine indifférence des informations de premier ordre sur les plus beaux monuments de France pendant qu'un Fedrigo, 160ème au général, a pris une bonne quinzaine de minutes d'avance sur le peloton lors d'une étape de ligne de seconde zone. C’est donc sur les milliers de mètres carrés de pavés de la Grand'Place que se déroule le Main Square. Conçue à l'origine pour accueillir de grands marchés et être un centre d'activité marchande dès le XIème siècle, la majestueuse Grand’Place est du style baroque-flamand, comme en témoignent les dizaines de façades de maisons qui l’habillent.

En bons garçons « college educated », il ne fait aucun doute que ce genre d'informations aurait intéressé les Vampire Weekend, à qui revenait la lourde tâche d'ouvrir les hostilités. Heureusement, comme leur live est une copie plus ou moins conforme de leur indispensable album, impossible d’être trompé sur la marchandise. Leur ‘afro pop’ pleine de fraîcheur passe comme une lettre à la poste et a le don de mettre les festivaliers de bonne humeur avec des morceaux aussi efficaces et virevoltants que « A-Punk » ou « Cape Cod Kwassa Kwassa ».

The Wombats

De la bonne humeur, les Anglais des Wombats en ont également à revendre. Dans un style différent des Américains qui les ont précédés, proche de ce qu’on fait avant eux The Jam ou les Arctic Monkeys, le groupe de Liverpool ne s’encombre d’aucune fioriture et propose en quarante minutes un set survolté qui voit le groupe passer en revue les titres de A Guide to Love, Loss and Desperation. Ceux-là n'ont clairement pas inventé la poudre, sonnent comme une chiée d’autres groupes britons, mais n'ennuient pas, et c'est déjà ça. Bref, parfait pour siffler quelques bières en attendant le groupe suivant.

C'est donc au tour de The Dø de venir nous présenter les titres de son A Mouthful, porté par l'imparable « On My Shoulders » et gorgé de mélodies à la fraîcheur revigorante. Malheureusement, le concert va être gâché par le jeu excessif du batteur que s'est adjoint le duo Dan Levy/Olivia B. Merilahti pour les besoins de sa tournée et qui se prend un peu trop pour Phil Collins. Alors qu’A Mouthful séduit par le côté artisanal et sucré, et qu’Olivia B. Merilahti séduit elle par sa seule présence, sa version live perd de son charme à vouloir se donner un côté 'grosse machine' qu'elle ne devrait nullement revendiquer. Une grosse déception, à n'en point douter.

The Do

Mais à peine le temps de ravaler son amertume suite à la prestation étonnamment décevante de The Dø que les Islandais de Sigur Rós prennent place derrière leurs instruments. Alors qu'une bonne partie du public s’attendait à voir le groupe remplir la majeure partie de l’heure qui lui avait été allouée avec des morceaux de son dernier opus (Með suð í eyrum við spilum endalaust), c’est par le morceau qui l’a fait découvrir, le majestueux « svefn-g-englar », qu’il décide d’ouvrir son concert. S’ensuit alors une prestation tout bonnement parfaite, parcourant toute la discographie du groupe et ne s’attardant qu’à deux reprises sur le dernier opus, et se permettant même le luxe d'enfoncer une dernière fois le clou avec « popplagið », le meilleur morceau de ( ) dont la montée en puissance est absolument irrésistible. Accompagné du quatuor à cordes Amina et d’une section de cuivres tout de blanc vêtue, le groupe islandais emmené par un Jón Þór Birgisson plus ensorcelant que jamais vient de placer la barre très haut et on se dit qu’il faudra bien un groupe du gabarit de Radiohead pour espérer faire mieux.

Sigur Ros

Cela tombe bien, Thom Yorke, sa bande et l’énorme rideau de néons lumineux qui illumine la scène ne sont probablement pas venus pour faire de la figuration. Et cela, le public le sait, à en juger par le tonnerre d’applaudissements qui accueille la venue du groupe d’Oxford qui prendra d’assaut la scène pour ne la quitter que deux heures plus tard. Si l’engouement du public n’aura pas fait défaut tout au long du concert, il y en aura, comme votre serviteur, pour exprimer une certaine déception au terme de la prestation de Radiohead. Aujourd’hui, le groupe a acquis une telle maîtrise de son sujet que même en mode ‘pilote automatique’, il reste un cran au-dessus de la mêlée. Et à l’évidence, la prestation livrée par le groupe à Arras, bien que plaisante, n’est pas à ranger parmi les soirées inoubliables. Pas vraiment aidé par une setlist qui alternait trop souvent les ambiances pour vraiment plonger le public dans son univers, Radiohead est toutefois parvenu à émailler sa prestation de ces moments de rare intensité émotionnelle dont il a le secret – sur « Exit Music », « There There » et « The National Anthem » notamment.

Malgré une météo pas vraiment clémente, une infrastructure qui ne semble pas toujours adaptée lorsqu’il s’agit d'accueillir des foules massives et des artistes que l'on aurait préférés en meilleure forme, le Main Square reste un festival unique et éminemment sympathique qui mérite sa place dans un calendrier estival déjà bien chargé.

www.mainsquarefestival.fr/