London Calling

Paradiso, Amsterdam, le 12-11-2010 | par Jeff le 15-11-2010

Vu le nombre de touristes francophones croisés dans les rues d'Amsterdam ce weekend, on se dit que les chances qu'une partie de notre lectorat se retrouve dans la capitale néerlandaise un jour ou l'autre sont assez élevées. Alors tant qu'à faire, autant bien choisir son weekend! Et celui coïncidant avec le festival London Calling ne serait peut-être pas un mauvais choix. Depuis 1992, cet évènement est organisé deux fois par an dans la légendaire salle du Paradiso et concentre toute son attention sur les groupes émergents, principalement issus du Royaume-Uni. Ainsi, des groupes comme Blur, Supergrass, The Libertines, Oasis, Franz Ferdinand ou I Am Kloot ont tous fait étape à Amsterdam à une époque où ils commençaient à percer. Pour cette nouvelle édition, l'affiche était une nouvelle fois très intéressante, quoique plus orientée du côté de la hype pure et dure que la découverte permanente, avec le premier jour les Futureheads, Villagers, We Are Scientists ou Ratatat et le lendemain Yuck, Warpaint, Wavves, Tame Impala ou The Hundred In The Hands – le tout à chaque fois réparti sur deux salles, la salle principale (un bon 1500 personnes) et une petit salle pouvant accueillir 300 personnes environ. Un peu lent à la détente, nous n'avons malheureusement pas pu nous procurer de billet pour les deux soirs. Mais la première soirée méritait quand même bien un petit papier…

Si on ne va pas s'attarder sur la prestation des Américains de Jaill, dont le premier album  sympathique convainc difficilement lors de l'exercice scénique, on s'en voudrait de ne pas revenir plus en longueur sur le concert des Gallois de Race Horses. Déjà séduit par leur Goodbye Falkenburg depuis quelques mois dans les bacs, sa transposition en mode live fait elle aussi plaisir à entendre. Pourtant, ce n'était pas gagné avec une dizaine de minutes seulement pour installer le matériel et faire un soundcheck pour le moins spartiate, les gars de Jaill ayant pris du retard sur l'horaire et forçant Race Horses à raccourcir un set qui n'était déjà pas bien long. Mais ces petits contretemps n'ont en rien entamé l'enthousiasme du groupe, dont le mélange capiteux de pop psyché et de rock plus tranché s'est révélé particulièrement efficace en live. Y'a du "wouhouhou" dans tous les coins, des vieux claviers et un raffinement quasi permanent qui font clairement de Race Horses l'un des groupes les plus sous-estimés de 2010.

On va également faire l'impasse sur le cas Airship, qui dans la grande salle jouait beaucoup trop fort, et surtout ressemblait à beaucoup de choses pas vraiment recommandables – un peu Coldplay, un peu Placebo, un peu Snow Patrol pour un résultat très chiant. Idem pour The North Atlantic Oscillation, que le programme nous annonçait comme un mélange de The Beta Band, Fuck Buttons et les Flaming Lips pour un résultat qui ressemblait à du très mauvais Archive. Bref, idéal pour siffler quelques bières en attendant la venue de Villagers dans la grande salle – concert pour lequel il était expressément demandé au public, via des affiches placées un peu partout dans le Paradiso, de respecter l'artiste irlandais et de rester silencieux pendant le concert. Si la prestation de Villagers nous aura notamment permis de voir que le Hollandais n'est pas un exemple à suivre en matière de respect des consignes, elle nous aura également prouvé à quel point le buzz autour de la personne de Conor O'Brien est pleinement justifié. Moins geignard que le Conor Oberst auquel il est souvent comparé, le frêle songwriter nous a livré un concert quasi similaire à celui donné quelques mois plutôt au Pukkelpop – bref, une alternance parfaitement maîtrisée entre moments intimistes bousillés par un public peu respectueux, explosions électriques jouissives et grands moments de lyrisme folk.

Et tandis que, dans la petite salle, les Anglais de Rolo Tomassi effrayaient une grosse partie du public avec leur mélange assez inaudible et vite épuisant de punk, de hardcore et de death metal, la grande salle se préparait à accueillir comme il se doit les Futureheads. Chose assez incompréhensible, le groupe de Sunderland n'aura jamais dépassé le statut de promesse du rock anglais, voyant les lauriers lui filer sous le nez et être remis aux défunts Rakes ou à Franz Ferdinand. Pourtant, le quatuor n'a jamais cessé de sortir des bons albums, et leur petit dernier, The Chaos, en est la preuve ultime. Malheureusement, l'ingé son du groupe semblait aux abonnés absents ce soir. Avec un son aussi pourri et atteignant un volume à la limite du supportable sans bouchons, il a été bien difficile de profiter comme il se doit des brûlots post-punk qu'a dispensé le groupe avec son habituelle énergie. Heureusement qu'il n'en fut pas de même pour la tête d'affiche de la soirée, We Are Scientists. Si le dernier album du groupe est à éviter à tout prix, il faut reconnaître aux New-Yorkais un certain savoir-faire en live. Son au poil, attitude soignée et quelques tubes dans leur besace suffisent au trio pour faire monter la température de quelques degrés, se permettant même le luxe de faire exploser la cocotte minute et de déclencher une invasion de la scène sur un "After Hours" mémorable.

Autre "tête d'affiche" dans la petite salle, et peut-être la seule véritable révélation de la soirée, les Anglais de Frankie & The Heartstrings sont clairement un groupe taillé sur mesure pour un festival comme London Calling. Non seulement parce que cette formation suinte l'Angleterre par tous les pores, mais aussi parce qu'il est fort probable qu'elle déchaîne les passions, fasse les choux gras du NME et remplisse des salles biens plus grandes dans les mois à venir. Originaire de Sunderland comme les Futureheads, ces cinq jeunes types au look ultra-soignés et aux poses frôlant parfois le ridicule (notamment dans le chef d'un chanteur qui sait être aussi risible que son collègue de The Drums) semblent déjà posséder un beau paquet de tubes dans leur besace, à l'image des sautillants "Hunger" et "Tender" qui devraient faire un joli petit massacre dans pas trop longtemps.

Et puis London Calling, c'est aussi une after party dans la grande salle où l'on retiendra surtout la prestation quatre étoiles de Ratatat. Une bonne dizaine d'années d'existence et quatre albums sous le bras tous salués par la critique, cela vous donne un groupe bien rôdé, qui pioche dans l'ensemble de sa discographie histoire d'offrir un spectacle digne de ce nom. Mélangeant avec beaucoup d'efficacité beats synthétiques, guitares hurlantes et visuels un brin flippants, le duo new-yorkais peut se targuer de posséder une identité musicale forte et un pouvoir hypnotique certain.  Vous vous en doutez, vu l'heure avancée et les litrons de Heineken consommés par une bonne partie du public, il n'en fallait pas plus pour terminer cette soirée de la plus belles des manières. Et d'envisager un retour en terres amstellodamoises pour la prochaine édition de London Calling, déjà prévue pour le mois de mai 2011...

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