Les Transardentes

Halles Des Foires, Liege, le 29-01-2008 | par Simon le 26-01-2008

Pour des raisons externes, ma participation à ce « festival-d’un-jour » fut écourtée tant dans son démarrage que dans son atterrissage, l’occasion quand même de passer en revue une partie des producteurs ayant composé ces Transardentes. Une soirée qui commence donc plutôt bien avec la prestation endiablée du teuton Stephan Bodzin, véritable héro de la minimale mélodique actuelle. Sa présence dans ces hauts lieux de la haute société électronique se faisait essentielle, alors que cette personnalité ne se révèle vraiment qu’après de nombreuses années à officier pour le compte d’autrui (Marc Romboy, Thomas Schumacher,...). Un passage par la cité ardente qui se voulait attendu, l’occasion rêvée d’appréhender la version live du monument que fut son premier album Liebe Ist.... Tout en finesse, l’allemand délecte son public d’une prestation époustouflante de maîtrise, projetée en douceur entre minimal trancey et expérimentations débordantes de sagesse. La foule se prend au jeu instantanément et n’a d’yeux que pour ce producteur dont le nom était, pour certains, encore inconnu deux heures plus tôt. Le « Bremen Sound » était bel et bien en place. Assurant le spectacle sur la longueur, on assiste à un spectacle sonore de grande qualité, mené par un chef d’orchestre atypique et épanoui par le contact avec son public. En somme, un premier contact avec la soirée qui annonçait le meilleur.

Brodinski

Malheureusement, la prestation du brêmois ne nous laissait que peu de temps pour apprécier à sa juste valeur le son de Brodinski, valeur montante de l’electro qui tache. Une demi heure après, on sortira étonné par le côté, une fois n’est pas coutume, strictement électro d’un artiste qui nous avait habitué à une fusion diabolique entre laminage technoïde et brassage d’electro populaire. Il n’en reste pas moins qu’on prend toujours autant de plaisir à voir le jeune Rémois derrière ses platines, proposant avec enthousiasme son programme loin de toute démagogie musicale. Le public l’a bien compris et remerciera le français en conséquence.

Autre salle, autre ambiance ; il était déjà temps pour nous de nous poster devant Steve Bug pour continuer un voyage minimal bien entamé par Stephan Bodzin. Quoi de mieux pour ce faire que d’envisager pas moins de deux heures en compagnie d’une ponte du genre, Steve Bug, l’homme à la tête de l’inévitable écurie Poker Flat (Trentemöller,...) qui semble traverser le temps avec une facilité déconcertante (en effet, on a pu encore l’apercevoir récemment aux commandes d’un mix de la très pointue série Fabric). Grosses attentes donc placée dans cette prestation. Et malgré un départ quelque peu faiblard (peut-être due à la surexcitation provoquée par Bodzin), le Dj set de l’allemand se met correctement en place pour atteindre aussitôt des sommets. Mélodique et tendu, le son se fait un plaisir d’occuper l’espace à sa disposition et chapeaute véritablement un dancefloor érigé en place forte du bon goût minimal housy. Nonante minutes qui ont semblé bien courtes, laissant un public fatigué sur sa fin, malgré la progression de qualité proposée par ce grand monsieur.

Matthew Johnson

Suivant à la lettre le conseil de nos amis routiers « Après deux heures, une pause s’impose », je profitais de ce répit pour faire le plein de bières bien méritées et autres boissons spiritueuses, le regard posté du côté des platines pour l’arrivée d’un autre ténor du genre minimal, à savoir Mathew Jonson. Connu pour ses travaux sur un éventail de labels aussi grandioses que Perlon, Sub Static ou encore Minus (l’increvable « Decompression » entre autres), le canadien, revenu en force avec son nouveau projet Cobblsetone Jazz, était vivement attendu au tournant lors de cette prestation live. Une fois pardonné un temps de préchauffage relativement barbant, je constate que malgré l’avancement inéluctable du mix, je peine à apprécier le spectacle ici proposé. On ne pourra remettre cette déception sur le compte de la technique, irréprochable de bout en bout de la part du canadien, mais plutôt sur l’allure quelque peu poussive du contenu général. Je persisterai malgré tout à tenter de forcer dans ce mix une ouverture mais rien n’y changera rien, le charme n’opèrera donc pas ce soir.

Le temps pour moi de me déplacer vers la « Sphere Room » qu’il était déjà l’heure de me farcir le gratin de la scène electrotrash pour clôturer en beauté une soirée ma foi, jusque là, réussie. Les hostilités démarrent avec l’unique représentant du label Ed Banger, Sebastian. Pour être honnête, j’appréhendais un peu la setlist du français que j’imaginais comme à l’habitude forte de démagogie honteuse et de propagande edbangeriste (mais peut-on réellement leur en vouloir).

Et il faut croire que pour l’occasion, Sebastian a pris en considérations mes craintes les plus légitimes au moment de concocter sa playlist, car l’ensemble, à tort de transpirer la révolution, se voulait un poil plus original dans sa progression. Aux côtés des inévitables (« Cocotte » des Teenage Bad Girl, « &Down » ou « Frau » de Boys Noize, « Blue Monday » de New Order, « Waters of Nazareth » de Justice ou encore une poignée de remix par nos petits belges de Soulwax ), on retrouvera en effet une série de titres marquant par leur trop rares apparitions (« Smack My Bitch Up », « Killing In The Name of Sebastian » ou encore le hip-hop oldschool de Pharoahe Monch). Parsemez le tout d’un « Lower State of Consciousness » furibond et d’un tube de Surkin et vous obtenez sans plus de mal une machine à danser implacable. Le résultat est sans appel : la foule crie à tue-tête et se déhanche à s’en peter les lombaires. Mission accomplie pour lui.

Erol Alkan

Last but not least, on assistera finalement à la prestation du phénomène Erol Alkan, devenu intouchable au cours de ces dernières années au moyen de Dj set enflammés, fait de mash-up parfaitement domptés et d’énergie bâtarde à la pelle. Dans les faits, Erol nous gratifiera d’un son correct, assurant de bien belle manière le minimum requis pour déchaîner une foule de kids difficile à rassasier, n’atteignant toutefois pas les sommets qu’on a pu lui connaître dans ses apparitions antérieures. Malencontreusement, je fus contraint de quitter les lieux prématurément, laissant à l’histoire le soin de vous expliquer la suite.

Sans réelle surprise, cette première édition des Transardentes remplit toutes ses promesses et séduit par une réelle fraîcheur quant à ses choix musicaux, se montrant ainsi à la hauteur de son grand frère festivalier. Le sérieux de l’entreprise et la qualité des artistes présents ce soir là suffiront amplement à séduire mon cœur de jeune loup, sur que ces Transardentes me reverront l’année prochaine.

Photos: Sébastien Cuvelier - www.sebweb.org

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