Les Transardentes 2015

Halles des Foires, Liège, le 31-01-2015 | par Yann le 03-02-2015

Le problème des Transardentes, c'est que sa programmation attire beaucoup de jeunes qui portent des casquettes. Vous avez déjà essayé de danser sur de la techno en portant une casquette au milieu d'une foule? C'est simplement impossible. Dès le moment où vous vous laissez un peu aller, votre couvre-chef s'envole, fini piétiné et trempé de ce mélange de sueur et de Red Bull (oui, aux Transardentes, on boit plus de Red Bull que de bière) qui recouvre le béton au sol. Du coup, quand on porte une casquette, on ne danse pas. Et franchement, une soirée avec uniquement des DJ set où les 3/4 de la salle se regarde ne pas danser, c'est pas l'idéal pour l'ambiance.

Je suis un peu de mauvaise foi en disant cela. Dans la Sphere Room, après un Alix Perez plutôt convenable dans le registre breakbeat uptempo, les jeunes semblaient beaucoup s'amuser sur de la mauvaise drum n' bass mixée dans le seul but d'avoir des drops toutes les 1 minute 30 secondes, et de meubler entre les deux avec un MC de kermesse. Dans ce registre, Sigma et Just Blaze se sont particulièrement fait remarquer. Mais au moins ça dansait. Si vous vous avanciez plus loin, vous arriviez à la Cube Room, autrement appelée la salle des trentenaires (comme moi). Avec des trucs comme Gorgon City ou Claptone, vous étiez certain de reconnaître les hits qui passent à la radio quand vous êtes coincé dans les bouchons sur le ring, agrémentés d'un beat suffisamment entraînant pour bouger un peu sans risquer un lumbago. Le genre de mix qui passe à minuit le samedi sur Pure FM ou NRJ. Mais le pire reste à venir, car pour circuler entre les salles, vous risquiez de passer par la Red Bull Elektropedia. Si cette salle était la seule à disposer d'un jeu de lumière un tant soit peu intéressant, c'était aussi celle où les DJs aux manettes étaient plus jeunes que leur public. Autant vous dire que j'ai rarement tenu plus de 10 minutes dans cette salle. Une mention spéciale quand même pour Lost Frequencies: en passant deux fois dans la salle pendant son set, j'ai deux fois entendu un remix d'un vieux Moby, et je trouve bien que les jeunes générations continuent à faire vivre la mémoire et à garnir le portefeuille de notre végétalien chauve préféré.

Bref, la Pyramid Room restait la seule scène où il se passait des choses plus ou moins potable. Ten Walls, en guise d'échauffement, a plutôt bien échauffé. Daniel Avery a proposé une techno relativement exigeante, mais sans le côté "soulful" de la minimal, et manquant sans doute d'un peu de puissance, d'autant plus que le niveau sonore est resté assez bas une bonne partie de la soirée. Tout le contraire d'Adam Beyer, tout en puissance et sans finesse, tout comme j'aime. C'est d'ailleurs pendant son set que je me suis fait aborder plusieurs fois par des "tu carbures à quoi?" et autres "tu vends?". Faut dire que le public semblait plutôt attendre la tête d'affiche Gesaffelstein. L'enchaînement après Beyer était particulièrement cruel pour le Français. Car si Beyer a réussi à insuffler une grosse énergie à son set, Gesaffelstein s'est contenté d'enchaîner les trucs les plus bourrins possibles, tout en réussissant à être chiant. Je n'ai jamais vu "Rollin' & Scratchin'" me laisser aussi amorphe. Bref, après cette panade et le défouloir qui avait précédé, je n'ai pas laissé à Nina Kraviz plus de 10 minutes pour se défendre et quitté les lieux en laissant la fin de soirée aux jeunes motivés.

Alors, bien sûr, cette review fait un peu "vieux con", même si, en réalité, je me suis plutôt bien amusé. Moi, tant que j'ai un peu de son pour danser sur de la bonne techno, je suis content, même si je me rends bien compte qu'on ne remplit pas un Hall des Foires avec ça. Reste un sentiment diffus de tristesse et d'étonnement face à cette nuit liégeoise. Étonnement de me voir demander plusieurs fois "à quoi je carbure" simplement parce que je ne me contente pas de dodeliner de la tête. Étonnement face à cette foule amorphe amassée devant la scène principale. Et tristesse d'avoir eu l'impression d'assister à une fête où la défonce devient le but plus que le moyen. A cause de quoi? A cause de l'hypocrisie de régulations qui ne protègent pas la santé publique mais obligent les organisateurs à des contorsions parfois cocasses, au dépend de la qualité de la fête. A cause d'un public en recherche de sensation et "d'expérience" qui refuse le moindre effort pourtant nécessaire pour aborder certains genres et artistes électroniques. A cause de l'industrialisation de l'événementiel musical, les cachets délirants, la pression à la rentabilité, le sponsoring à tout va (Fred Perry habillait les Transardentes, tout un symbole), ce qui laisse peu de choix quand il faut trancher entre plaire à la masse ou aux esthètes. Est-ce un problème? Pas vraiment, tant qu'on sait où on va, et pourquoi on y va. J'avais mes craintes, mais je voulais les confronter à la réalité. On ne m'y reprendra plus*.

*NDLR: suite à différentes remarques reçues par la rédaction, le dernier paragraphe de cet article a été modifié après publication