Future

Le Zénith de Paris, le 17-10-2017 | par Aurélien le 19-10-2017

Ça n'aura échappé à personne: depuis le début des noughties, le rap n'est plus une usine à textes mais bien usine à refrains. Quant au rap grand public, il est carrément devenu une industrie de l’hymne. Pour tout un tas de raisons logiques, d'ailleurs: pour le rappeur lambda d'aujourd’hui, pas d’hymne veut dire pas de buzz. Et pas de buzz veut dire peu de chances de tourner. Pas surprenant donc qu'aujourd'hui l'industrie du live ait des allures de bulle spéculative: plus la côte du rappeur augmente, plus le prix du billet évolue de manière significative. Une façon de souligner à quel point le concert est devenu aujourd'hui l'unique manière pour le MC d'augmenter la rentabilité de son moment de gloire.

Triste paradoxe pourtant, alors que les prix grimpent, l'exercice est de plus en plus souvent pris par-dessus la jambe. Cette année 2017 fut d’ailleurs symptomatique de cet entre-deux nauséabond, le cul entre une mongolerie profonde et amour trop prononcé pour la planche à billets. Il y a d’abord eu Drake en février avec ses deux heures de medley devant un Bercy se demandant quand il allait entendre un titre en entier. En avril ensuite, il y a eu D.R.A.M et Lil Uzi Vert et leurs sympathiques quarante minutes de set (vingt minutes chacun donc) payées à prix d’or. Enfin, il y a eu Gucci Mane et Rae Sremmurd en juillet, un concert qui a bien failli ne pas avoir lieu pour une histoire de chaîne en or à perdue dans la fosse dès l'entame du set. Mais le vrai problème, c’est que le concert rap s’est rapproché du showcase, au grand dam des spectateurs qui doivent payer cher pour voir leur idole se pavaner 45 minutes sur scène pour un show qui frise régulièrement avec le foutage de gueule.

Dans ce contexte, dire que l’on n’attendait rien du concert de Future est un doux euphémisme. Surtout que cette année, le rappeur d’Atlanta a sorti ce qui ressemble à son plus gros single en date ("Mask Off") et qu’il n’a absolument pas besoin de forcer la promo pour s’offrir une date à guichets fermés. Le rendez-vous est donc pris au Zénith, et le cahier des charges ne surprend pas, ou peu: il y aura beaucoup de bandes, des morceaux de la longueur d’un snippet ITunes, et un show qui joue la montre. Bref, sur le papier, ce concert de Future représente à peu près tout ce qu’on a plus envie de voir. A ceci près que tout ce qui n'a pas marché sur scène chez une popstar comme Drake a fonctionné, de façon assez miraculeuse, chez quelqu’un comme Future. 

D’abord parce qu’un concert de Future, c’est avant tout un showcase avec des moyens. Et un putain de bon showcase. Sur scène, c’est loin d’être épuré: si DJ Esco n’est pas présent pour cette tournée européenne, le rappeur d’Atlanta n’est pas seul sur scène puisque quatre danseurs se démènent à ses côtés, pendant que de beaux visuels viennent habiller ses meilleurs tubes. Pour boucler la boucle, on peut compter sur une setlist qui satisfait toutes les franges du public de l’ATLien, de ceux qui le connaissent comme l’homme aux refrains jusqu'aux fans qui le suivent depuis Astronaut Status. S’il s’appuie beaucoup sur ses bandes, Future se fait entendre et livre une prestation correcte, en tout cas suffisamment habitée pour que la sauce prenne. Et il faut le voir pour le croire, mais un Zénith entier qui scande le refrain du "Bugatti" de Ace Hood, en plus de  réveiller l'homo erectus qui sommeille en nous, ça donne chaud. Très chaud même.

A l’arrivée, si on ressort plutôt satisfait de cette honnête heure de set, ce n’est pas pour la prestation de la superstar d’Atlanta, qui n'a pas mouillé sa chemise plus que de raison: c’est plutôt que les attentes sont devenues tellement peu élevées pour un concert de rap que la moindre bonne surprise fait péter les plafonds de verre. Ce set un peu bâtard, mi-showcase mi-concert, a en tout cas eu le mérite de nous avoir toujours tenu en haleine. On y a perdu la voix, et beaucoup de sueur. Bref, une petite victoire pour un concert dont le prix d'entrée du billet commençait à 45 euros.