Elbow

Forest National, le 05-11-2011 | par Jeff le 07-11-2011
Première partie: Howling Bells

Elbow a toujours traîné l'image d'un groupe inoffensif mais éminemment classe. Et surtout celle d'une formation grandement sous-estimée qui a dû attendre le succès presqu'inattendu de The Seldom Seen Kid (et le Mercury Prize qui a suivi) pour bénéficier d'une reconnaissance amplement méritée, véritablement gagnée à la sueur du front de Guy Garvey et des siens. Forcément, si on se félicite de voir Elbow enfin jouer dans la cour des grands, cette promotion s'accompagne de craintes légitimes quant à la capacité des Mancuniens à ne pas sacrifier leur élégance sur l'autel de la facilité rétributrice. Premier élément de réponse satisfaisant, le récent Build A Rocket Boys! voyait Elbow poursuivre le travail de sape orchestrale entamé sur The Seldom Seen Kid. Restait maintenant à savoir ce que tout cela allait donner sur scène, surtout dans une salle de la taille de Forest National, dont les 8.000 places se sont vendues sans le moindre problème – sans parler des milliers d'autres de la Lotto Arena d'Anvers qu'Elbow remplissait le lendemain, preuve du succès énorme dont il bénéficie en Belgique.

Première constatation: en quelques années à peine, le public d'Elbow a bien changé. Il y a peu encore, à une époque où le groupe ouvrait pour dEUS ou remplissait l'Ancienne Belgique, le trentenaire avait droit de cité. Aujourd'hui, ce dernier se prend un sacré coup de jeune en pénétrant dans l'arène bruxelloise, peuplée en grande partie de quarantenaires ou cinquantenaires, pour la plupart flamands. Sur papier, on ne s'en plaint fondamentalement pas, même si on sent certainement qu'une bonne partie du public a fait le déplacement pour entendre grosso modo deux morceaux, "One Day Like This" que le groupe attendra deux heures avant de balancer en clôture de son concert, et "Lippy Kids", carton improbable rendu possible par son interprétation à la précédente édition de Rock Werchter. Mais ce n'est certainement pas ce public de novices d'âge avancé qui a constitué le point le plus négatif de ce concert, mais bien la personnalité et la prestation de Guy Garvey, passé en une tournée du statut de frontman habité et sensible à celui de pseudo-superstar insupportable. Ainsi, si musicalement parlant la prestation du groupe s'est révélée impeccable, on ne peut pas en dire autant des jérémiades du chanteur anglais, plus enclin à faire taper des mains et reprendre en chœur les refrains qu'à insuffler cette émotion qui rendaient les compositions d'Elbow si attachantes. Ajoutez à cela un mur de LED pour en mettre plein la vue du quidam qui s'est délesté de 35 euros pour pouvoir pénétrer dans la caisse de résonance forestoise ou des moments de communion entre le groupe et son public ultra-prévisibles et vous obtenez un concert aussi spontané qu'une interview de Nicolas Sarkozy par Jean-Pierre Pernaut.

Il y a donc quelque chose de fondamentalement insupportable dans la manière dont Elbow gère ce succès fraîchement acquis alors que le groupe fête ses vingt années d'existence. Entre la scénographie outrageusement pompière, un Guy Garvey qui en fait des caisses et une setlist qui, à l'exception du magnifique "Station Approach", n'a été composée que de titres des deux derniers albums, les fans de la première heure ont eu la légère impression de se la faire mettre à l'envers par un groupe qui, à ce rythme-là, va gagner autant de fans qu'il va en perdre. A ce petit jeu là,  n'est pas The National qui veut...

Setlist

The Birds
The Bones of You
Mirrorball
Neat Little Rows
Grounds for Divorce
The Loneliness of a Tower Crane Driver
The Night Will Always Win
The River
Some Riot
Dear Friends
Lippy Kids
Weather to Fly
Open Arms

Rappel:

Starlings
Station Approach
One Day Like This  

http://www.elbow.co.uk/