Ed Bangerland

La Grande Halle de la Villette, le 01-03-2013 | par Aurélien le 13-03-2013

On s'était pourtant promis de ne pas retenter l'expérience après la désastreuse édition 2012 des Soulwaxmas : à 23 piges et au bout de son cursus, il est grand temps d'arrêter de côtoyer les soirées French Touch. Et si on avait plutôt bien tenu cette promesse jusqu'alors, on ne s'est pas fait prier quand la Green Room on nous a invités aux frais de la princesse au dixième anniversaire d'Ed Banger. La vérité, c'est qu'on avait choisi de ne strictement rien attendre de cette soirée de peur d'attendre trop d'une scène qui, malgré tout l'attachement qu'on lui porte, sent carrément le renfermé. Et si la nostalgie a eu bon dos ce soir-là, force est de constater qu'elle a surtout réussi à remporter notre adhésion.

Première bonne surprise : c'est beau. Très beau, même. Le père Busy P s'est coupé en quatre pour faire de l'anniversaire de son label un truc inoubliable, au moins visuellement parlant : c'est coloré, cartoonesque et l'espace est vite envahi de manèges et d'odeurs de gaufre chaude. Le résultat est tellement éblouissant qu'on loupe Boston Bun, trop occupé à profiter de la fête foraine qui occupe un bon tiers de la Grande Halle de la Villette. Vu la file par contre, on n'a pas tellement eu l'envie de participer. Mais face au sourire radieux affiché par les plus courageux, on devine que le jeu en valait la chandelle.

Côté son, c'est aux rythmes doucement funky du live de Breakbot qu'on commence à s'échauffer les guiboles. Dans la fosse par contre, c'est l'effroi : même avec moins d'un quart de siècle au compteur, on se sent vieux. Et mine de rien, le set de Thibaut Berland, riche en références à la house française des 90s, n'arrange rien. Le plaisir coupable demeure difficile à nier malgré un live un peu décousu que le groove sans faille du Français et l'appréciable présence vocale d'Irfane viendront bien rattraper. Les gammes continueront avec le mix impeccable d'un Feadz qui met toute sa science des decks au service d'un set jonglant entre house, trap et juke. Et il faisait très chaud quand le DJ rouquin quitte la grande scène, un large sourire aux lèvres, visiblement tout excité d'avoir joué dans des conditions aussi parfaites. On ne l'était pas moins.

On passe au gros morceau de la soirée lorsque DJ James s'attaque avec une poignée de danseurs à l'hommage à DJ Mehdi : quinze minutes au cours desquelles l'ancien DJ de NTM passe en revue la carrière du regretté producteur, d'Ideal J à Carte Blanche, en passant par Karlito ou (The Story Of) Espion. L'émotion est totale et le set, très bien senti quand on sait qu'une grande majorité des gens présents ce soir connaissent mieux le producteur pour ''Signatune'' que pour ''La Rue Cause''. De notre côté en tout cas on plaide coupable : malgré la durée, on était à un doigt de la transe.

La foule scande encore le nom de ''Mehdi'' quand Busy P s'installe derrière les decks pour un gros mégamix retraçant l'histoire du label. Et l'exercice est plutôt réussi, d'autant que l'apport d'un VJ interactif à la 2 Many Dj's renforce encore l'immersion dans l'univers sonore et visuel d'Ed Bang'. Seulement, l'intérêt d'un tel set trouve vite ses limites : le nombre de standards alignés par le label se révèle insuffisant pour éviter la redondance ou nous rappeler à d'éventuelles pépites oubliées. Le moment est donc venu de quitter une fosse devenue trop compacte et d'aller se réhydrater à grand renfort de bières, en tapotant tranquillement le pied d'ici à la suite des événements.

La soirée passe à un niveau supérieur d'effervescence lorsque Justice finit par investir la scène de la Grande Halle pour un set que visiblement pas mal de monde attendait. L'installation lumineuse prévue pour accueillir les figures de proue du label enfin installée – épileptiques s'abstenir – le combo Xavier de Rosnay/Gaspard Augé ne tarde pas à envoyer de la basse plus lourde qu'une vanne de Laurent Ruquier pour le plus grand bonheur des kidz. Et pour nous qui n'avions pas été habitués à voir le combo aussi à l'aise en DJ Set, la surprise est plutôt bonne : dégainant une prestation entre le live et le DJ Set, les Justiciers nous tiendront en haleine 75 minutes durant, alternant bangers, hymnes disco – bien vu le ''Rasputin'' de Boney M au moment où on s'y attendait le moins – et hymnes tirés de leurs plaques. Sacrément badass.

Finalement, ce n'est que sur le coup de 5h du matin que la fête finira par partir en eau de boudin. Responsables de cette tardive baisse de régime, les abus de codéïne de SebastiAn et Jackson qui leur feront accoucher d'un truc particulièrement laid, mal mixé et qui en a découragé pas mal. La salle est donc déjà pas mal vidée – et rafraîchie – quand toute la clique du label  investit la scène pour le final et que Brodinski se décide à larguer le ''Boulbi'' de Booba sous les regards hilares du public restant. On décrète donc l'état d'urgence et préférons quitter au plus vite la Villette avant de partir sur un mauvais souvenir.

Vous l'aurez sans doute compris : malgré toute l'inquiétude et la médisance qu'a pu générer cette soirée, on a finalement été plutôt clients de cette célébration en grande pompe des dix ans du label de Pedro Winter. Maintenant, s'il est difficile de savoir si tout cette sympathique fratrie sera encore à la page dans dix ans, il n'en demeure pas moins que l'on gardera un bon souvenir de cette soirée colorée et décomplexée que même les 16€ de parking souterrain et les 30€ de bières dépensés n'ont pas réussi à ébranler. On se serait crus de retour en 2007 le temps d'une longue nuit, et ça, ça n'a pas vraiment de prix par les temps qui courent.  

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