Coachella 2013

Indio, Californie, le 20-04-2013 | par Jeff le 24-04-2013

Ça, c'est fait. Il a bien le Glastonbury qui traîne encore dans un coin ou le Sziget qui gratte à la porte mais parmi les gros méchants festivals, la bête Coachella vient d'être rayée de la liste. Deux jours et quatorze aspirines plus tard, il est temps de faire le point, entre béatitude (beaucoup), déception (à peine) et total trou noir.

Gwen

Pourquoi Coachella, c'est trop le meilleur festival du monde :

1. Parce que l'affiche. Même si les organisateurs ont manifestement foiré leur coup cette année (les Red Hot Chili Peppers en clôture réchauffée, pas d'exclusivité daftpunkienne, de Depeche Mode, ni même de Queens of the Stone Age qui cuvent pourtant au coin de la rue), le festival rassemble tous les groupes qui tourneront cette été. Depuis les reformations (Stone Roses, Blur, The Postal Service) jusqu'aux valeurs sûres (Nick Cave, Sigur Ros, Richie Hawtin) en passant par les inévitables seconds couteaux (Foals, Tame Impala, Portugal. The Man). On retrouve peu de fautes de goût (pas de bouse EDM en vue cette année) et celles-ci peuvent facilement être ignorées.
2. Parce que le décor. Des immenses pelouses avec des palmiers dedans et des montagnes autour. Tu trouves ça beau quelle que soit l'intensité de ta gueule de bois.
3. Parce que le site. Environ 80 000 personnes par jour et aucune sensation d'oppression. Il y a bien un peu d'encombrement aux heures de pointe mais rien d'insurmontable. Les espaces sont ouverts et des installations monumentales animent le passage d'une scène à l'autre.
A la tombée du troisième jour, toujours aucune crainte de poser son cul sur un vieux carton tapissé de sauce Bicky. Tassé et jauni, le gazon reste toutefois étonnamment clean grâce au dressage préalable des festivaliers... et à une brigade de Mexicains qui, royalement ignorée par la foule, semble s'activer dans un monde parallèle.
4. Parce que l'organisation au poil. "May I ask you to open your bag, M'am? Thank you very much and enjoy the concerts." Les équipes de sécurité ne badinent pas avec l'inspection du slip mais sont manifestement contentes d'être là. La flicaille se déplace en vélo, à la fraîche, et se réjouit de ramasser les bongs sur les tables plutôt que d'assister deux retraités de Palm Desert qui se chamaillent autour d'une voiturette de golf. Tout est huilé à la balsamique : l'installation en rangs d'oignons dans le camping, la location de casiers pour éviter de pénibles aller-retours aux tentes pendant la journée, la file aux différents stands, l'attente des taxis qui défilent en fin de soirée et même le coin des parents, venus récupérer leur marmaille en leur foutant la honte de leur vie.
5. Parce que chacun est heureux de faire partie de la fête. Les festivaliers ont lutté pour obtenir leurs places, viennent souvent de loin et sont donc prêts à en profiter au maximum. L'ambiance est détendue, propice aux rencontres en tous genres. Les joints qui tournent sont aussi gros que des bûches (à se demander comment de telles quantités ont pu traverser les barrages) et il suffit de maintenir le nez en l'air quelques minutes pour être pété comme un coing sans avoir déboursé un centime. Une économie appréciable lorsqu'on apprend le prix du plat de nouilles.

Pourquoi Coachella, c'est finalement pas aussi cool que ça en l'air :

1. Parce que la putain de fournaise de l'aisselle de Satan. Si tu as une peau de roux, t'es mort.
2. Parce que si le sol est propre, on ne peut pas en dire autant des toilettes. Par cette chaleur, une Cathy Cabine qui suinte, c'est la promesse d'un incident nucléaire. Du côté du camping, les douches trop peu nombreuses accusent des files interminables de zombies en décomposition et les robinets se font rares afin de t'inciter à dépenser tes maigres dollars dans des bouteilles d'eau.
3. Parce que boire, c'est renoncer. Limite légale oblige, il faut déployer sa carte d'identité pour obtenir le droit de s'alcooliser dans des "parcs" aménagés à cet effet. Isolé dans ton enclos, tu peux alors déguster une pauvre Heineken à 7 dollars et dois impérativement vider ton gobelet avant de t'en extraire. Ton penchant pour le houblon te poussera donc à sacrifier le premier morceau de (presque) chaque concert. On notera tout de même les aspects positifs du système : l'absence de gros blaireaux qui commencent à pisser sur les bâches vers quatre heures de l'aprèm (dans l'enceinte du festival du moins...) et d'odeur acide qui précède les flaques de vomi.
4. Parce qu'avec un tel budget, aucun accroc technique n'est tolérable. Malgré leur structure majestueuse et leur sono en béton, les cinq scènes principales ne cessent de se court-circuiter, la faute à des distances trop courtes et/ou une mauvaise orientation. Étant donné la façon dont Sigur Rós s'est fait tamponner par Phœnix, on n'ose même pas imaginer les dommages infligés par le bulldozer Major Lazer au petit groupe ska du coin.
5. Parce que le fashion show permanent. Aaah, Coachella... Le lieu où les stars tentent de se faire passer pour des gens du peuple et où le peuple tente de se faire passer pour une star. En tant que tel, ce cortège de Pompadours est loin d'être désagréable. C'est même assez amusant à observer et il faut féliciter les Californiennes pour leur manque total d'inhibition. En revanche, certaines propositions vestimentaires sont de véritables agressions pour la rétine. On passera sur l'overdose de couronnes de fleurs en plastique à la Lana del Rey et les parures de chef indien qui emmerdent tout le monde lorsqu'il s'agit de suivre l'action sur les écrans. Par contre, l'élégance en prend réellement un coup lorsque des nénettes grimées à la pelle enfilent des maillots en lycra à trous-trous. Être bronzée et avoir des jambes de gazelle n'empêche pas d'avoir des goûts de chiottes.

Et pour terminer, petit pêle-mêle ultra-subjectif:
- Le groupe qui ne s'attendait certainement pas à accueillir autant de monde sous sa tente et qui aura du mal à s'en remettre : Alt-J
- Le mec qui parvient à associer platines et chapeau de cowboy avec une classe infinie : DJ Harvey
- Ceux qu'on n'aura pas eu l'occasion de voir car la file d'attente était beaucoup trop longue et l'appel de la pizza trop forte (mais apparemment, c'était bien) : Four Tet
- Le type qui se demande encore ce qu'il est venu faire dans cette galère : Graham Coxon
- La nana qui était trop contente d'être là et on était vachement content qu'elle soit contente : Natasha Khan
- Le groupe Hello Kitty que tu coincerais bien dans ta boîte à tartines entre ton berlingot et ton Mini Babybel : Vampire Weekend
- Le mec qui n'a plus rien à prouver mais qui te met quand même une claque pour te rappeler que c'est lui le patron : Nick Cave
- Le morceau qui met tout le monde d'accord dans un coucher de soleil : "Elephant" de Tame Impala
- Les professionnels du "make some mothafuckin' noooooooooise" (même si on n'a pas compris grand chose à ce qu'il se passait sur scène) : Wu-Tang Clan
- Le mec qui a toujours du mal à chanter juste ses propres chansons : Anthony Kiedis