Chokebore

Le Romandie, le 13-11-2011 | par Michael le 07-12-2011
Première partie: Navel

S'il y a bien quelque chose de rageant, c'est de louper le passage d'un de ses groupes préférés surtout si celui-ci vient de se reformer après de longues années et qu’il vous fait l’honneur de venir jouer dans le fin fond de votre campagne quercynoise. Quand ce groupe s’appelle Chokebore et que l’on connaît sa réputation scénique, c'est encore plus agaçant.

En revanche, s’il y a bien quelque chose qui fait plaisir c’est de partir en vacances à Lausanne et de se rendre compte au coin d’une rue que ce même groupe y joue pendant votre séjour. Cela confirmera le statut de vraie ville rock de Lausanne, puisque dans la même semaine il y passera Explosions In The Sky, les Kaiser Chiefs, Bill Callahan, Aucan et Chokebore, donc. Pas mal non? Lausanne compte en effet trois très bonnes salles : les Docks, le Bourg et le Romandie, pour le concert qui nous occupe.

La salle est assez étonnante puisque encastrée dans les arches d’un des grands ponts du centre-ville. Après avoir gravi une volée d’escaliers, on accède à une petite salle dont la jauge ne doit pas dépasser les 150 personnes. Le plafond voûté en pierre sombre du haut des arcades donne l’impression de pénétrer dans une grotte ou une grande cave.

Navel, jeune trio suisse allemand, assure la première partie. Le groupe produit  une musique proche du Black Rebel Motorcycle Club, assez planante, parfois plus enlevée et jouant beaucoup sur les plans de guitare brumeux et les rythmiques poisseuses. Un psychédélisme rock de bon ton de nos jours. La prestation est honnête, le guitariste fait parfois penser à Thurston Moore dans ses attitudes, mais le set est toutefois un peu long pour une première partie. Un petit peu plus d’originalité ou de personnalité aurait sans doute remporté plus d’adhésion de notre part.

On voit ensuite rapidement apparaître les membres de Chokebore pour installer leur matériel. Jon a pris un sacré coup de vieux. James a les cheveux qui ont bien blanchi mais il arbore toujours fièrement ses nombreux tatouages et son look grunge de skateur adolescent. Christian Omar Madrigal Izzo s’est un peu raccourci les cheveux et attend nerveusement assis sur le côté de la scène en sirotant une bière et en enfilant ses gants noirs, les yeux perdus dans le vide. Et que dire de Troy Van Balthazar, vêtu d’un long manteau noir dans la salle pourtant bien chauffée, qu’il quittera dès le début du set, révélant un sobre ensemble chemise-pantalon noir et petite cravate colorée. Le groupe attaque par un faux départ avec un titre lent et tendu avant d’enchaîner sur deux morceaux issus de Motionless. C’est dire si on va réviser ses classiques ce soir. Le groupe, bien que visiblement fatigué, délivre un concert intense et sans temps morts durant lequel il revisite l’ensemble de son répertoire avec un plaisir manifeste, surtout pour James et Christian, Jon semblant sur une autre planète et Troy… égal à lui-même, avec peut-être plus de retenue que d’habitude. On aura tout de même droit à quelques « chorégraphies » dont lui seul à le secret ainsi qu’à ses fameux « dos cassés » pendant les passages instrumentaux les plus enlevés.

Parmi les morceaux  de bravoure du soir on relèvera  « Ciao L.A. »,  « Narro »,  « Little Dream »,  « You Are The Sunshine Of My Life » ou  « The Perfect Date ». Un  « Police » tout en finesse viendra tempérer le set et plonger la salle dans une douce transe. Un « Geneva » obligé pour ce passage dans la ville voisine, une belle interprétation de « Valentine » et surtout un « Thin As Clouds » dopé aux amphés qui fera parler la foudre (seul regret de la soirée : que l’on n’ait pas eu droit à davantage de titres de l’excellent Anything Near Water). « Lawsuit » sera le seul titre extrait du nouvel EP du groupe (Falls Best, paru chez Vicious Circle) que jouera le groupe ce soir, basique mais efficace. La bande à Troy terminera en rappel sur le légendaire « A Taste For Bitters » dans une version moins tendue que l’originale mais délivrant tout de même sa dose d’adrénaline.       

En conclusion, un concert intense et une soirée très agréable en compagnie de la bande à TVB dans un cadre intimiste qui se prêtait bien au spleen et à la rage contenue de la musique de Chokebore. Et pour tous ceux qui n'ont pas eu la chance de voir le groupe sur scène, on ne saurait trop leur recommander de guetter à l'avenir les prochaines sorties du groupe, la tournée actuelle étant désormais finie. Dans une récente interview à nos excellents confrères de Noise, Troy révèle que le groupe ne serait pas opposé à l'enregistrement d'un nouvel album. Affaire à suivre...

www.chokebore.net/
www.myspace.com/navelofswitzerland