BRNS

Botanique, Bruxelles, le 16-05-2014 | par Amaury L le 21-05-2014
Première partie: Etches, Italian Boyfriend

Tout juste revenus d'une mini-tournée anglaise, les gars de BRNS se devaient de montrer ce qu'ils avaient ramené dans leurs baluchons aux péquenots restés à la maison. Vendredi dernier, aux Nuits Bota, le groupe a montré au public de la Rotonde qu'il n'était pas là par hasard et que ses récentes pérégrinations à l'étranger ressemblaient plus à des voyages d'affaire qu'à des séjours au Club Med. BRNS veut être énorme, les gens de la Rotonde le veulent aussi. Ces mecs-là ont quelque chose à dire et tout le monde est là pour les écouter et le rassemblement a des allures de grand-messe. Autant dire que ça va être du gâteau pour les quatre gars de Bruxelles, qui prennent d'ailleurs un malin plaisir à ne pas être dans le vent et à jouer la carte de la normalité. Les pions sont placés, envoyez la purée mes salauds.

La célébration commence avec le nouveau single "Void". Timothée Philippe caresse ses cymbales afin de les faire gémir et prononce une sorte de mantra incompréhensible. Il est le chaman sur lequel tous les yeux sont rivés. C'est lui qui fait la pluie et le beau temps ce soir. Ce qui frappe, c'est avant tout le professionnalisme de ces types. Chacun connaît son rôle et celui des autres: BRNS vise la perfection. Le public, lui, hoche de la tête. Tout le monde hoche de la tête, comme si celle-ci était reliée par un mécanisme complexe à la grosse caisse de Tim. On en profite aussi pour balayer l'assemblée d'un regard, histoire peut-être de dégager le profil type du fan de BRNS. Lambda. Entre 20 et 30 ans, peu de hipsters, quelques quadras curieux, plus de mecs que de filles. Triomphe à la fin de "Void". Le groupe enchaîne avec une nouvelle chanson, à la conclusion époustouflante. On peine à contenir un début de trique. C'est que les voix sont exécutées à la perfection. Mention spéciale à celle de Timothée qui nous force à nous demander si ce serait pas du pré-enregistré, tant le timbre est identique à celui entendu sur CD. Les choeurs se fondent dans la masse langoureuse des orgues messianiques, les cloches de César apportent un petit côté étrange mais rassurant. La face B de "Void", "My Head Is Into You" débute avec les quatre gaillards équipés chacun de leur mélodica. Ronronnement général.

S'ensuit une floppée de nouvelles chansons qui figureront sûrement sur leur premier album Patine, attendu pour la fin du mois d'août. Et c'est là que ça coince. Autant le dire directement, les personnes qui n'ont apprécié de BRNS que les morceaux les plus accessibles risquent d'avoir  un peu de mal avec ces nouvelles compositions, dont la qualité mélodique est moins évidente à cerner. D'ailleurs, cela se ressent directement à l'applaudimètre. Lorsque le refrain de "Mexico" est repris par la Rotonde entière et que le groupe enchaîne avec un tout nouveau titre, c'est un peu comme si on venait d'annoncer qu'un but venait d'être annulé pour hors jeu. Mais il serait dès lors bon de prendre un peu de recul par rapport au phénomène. A la lueur de ce qui a été proposé au Bota, on pourrait déjà gager que le premier véritable album du groupe déconcertera les fans du groupe qui ne connaissent que "Mexico" mais pourrait leur attirer la reconnaissance des amateurs de math rock, de post-rock et de rock expé.

BRNS ne sera certainement pas le nouveau phénomène belge mainstream à la "My Little Cheap Dictaphone", car quoiqu'ils en disent, Patine ne comportera pas de chansons pop, encore moins d'hymnes fédérateurs à reprendre en chœur. Patine sera "juste" un excellent album de rock torturé, aux mélodies disloquées mais destinées à être enfouies égoïstement au plus profond de soi. Les gars de BRNS font ce qu'ils aiment, sans compromissions, avec une passion et une ferveur qui font plaisir à voir et à entendre. La réunion de tous ces ingrédients donne très souvent lieu à une reconnaissance critique, à défaut d'un succès commercial. Et c'est très bien comme ça, car la musique de BRNS est trop fragile que pour être partagée massivement. Heureusement.

Crédit photo: Olivier Donnet, www.olivierdonnet.be

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