Zukunftsmusik

DJ Hell

International Deejay Gigolo Records  |  2017
8 / 10
par Yann  |  le 27 juillet 2017

Il semblerait que certains artistes ont pour tactique promotionnelle de se faire oublier. Pas certains que cela fonctionne pour tous, et en tout cas pas trop pour DJ Hell. Huit ans après Teufelswerk, son précédent album studio plutôt réussi, on ne peut pas dire qu'on ait tant entendu parler de son dernier-né. Et c'est bien dommage, car le teuton de 54 ans y développe une musique électronique construite sur des sons "à l'ancienne" mais avec l'ambition de parler de l'avenir. Le résultat est à la hauteur des attentes de ceux qui auraient pu en avoir: des claviers et des vocodeurs kraftwerkiens, des influences electroclash bien digérées, une pointe d'expérimentation quand il le faut, le tout dans des morceaux qui sortent des structures habituelles de l'électro.

Ce n'est pas parce que le label de DJ Hell, International DeeJay Gigolo, est un peu passé de mode que son créateur est pour autant has been. Ce que démontre avec brio Zukunftsmusik, c'est justement combien le producteur allemand est capable de sublimer ses influences revendiquées pour réinventer une musique du passé. Impossible de ne pas entendre du Kraftwerk dans "Wir reiten durch die Nacht" ou une certaine réminiscence de Bowie dans "Army Of Strangers". Et que dire de "I Want U", le banger de l'album qui semble juste là pour rassurer sur la capacité de DJ Hell à sortir des titres electroclash comme en 2000? Oui, le passé est présent tout au long de ce disque, mais comme l'indique le titre (Zukunftsmusik signifie "musique du futur"), il sert avant tout à se projeter dans l'avenir. Ou plutôt à rappeler que la manière dont on voyait le futur n'a pas finalement beaucoup changé ces 30 dernières années, et que les musiques futuristes de ces dernières décennies ont, chacune à leur façon, toujours porté une vision similaire.

Branlette intellectuelle que tout cela? Certainement. Zukunftsmusik est un album d'érudit, produit par quelqu'un qui traîne ses guêtres dans les clubs depuis 30 ans. Une fois qu'on accepte cela, on découvre tout au long des 72 minutes du LP (oui, c'est long) de très jolis titres: "High Priest Of Hell", cauchemard psalmodié en plusieurs langues, "Guede" et son saxophone crépusculaire, le très romantique "Anything Anytime"ou même la petite touche 90's de "Wild at Art" avec son clavier cheesy à souhait. Et évidemment les singles "Car Car Car" ou "I Want U", dont le clip reprenant les dessins de l'artiste Tom of Finland rappelle combien les thématiques du sexe et de la marchandisation du corps sont centrales dans sa musique.

Comme pour son précédent album, DJ Hell signe un disque fait pour s'inscrire dans la durée. Il tente, en mélangeant toutes les influences qui ont traversé sa musique de définir sa vision de l'universel. Zukunftsmusik n'est pas un disque dont on tombe amoureux, mais on sait déjà qu'il aura toujours sa place sur nos platines dans 5 ou 10 ans.