Zandoli

Charlotte Adigéry

DEEWEE  |  2019
8 / 10
par Jeff  |  le 12 février 2019

Depuis le début de leur carrière, les frères Dewaele ont toujours été dans le contrôle, que ce soit avec Soulwax, avec les 2manydjs ou au sein du projet Despacio mené de front avec James Murphy de lcd soundsystem. Et si cela n'a pas toujours pu sembler évident aux yeux de tous, il est autrement plus difficile de ne pas voir dans l'aventure DEEWEE une volonté d'afficher cette prise de contrôle totale sur le processus créatif pris dans son intégralité. En effet, c'est dans les studios gantois de la fratrie que la magie opère, c'est là qu'ils supervisent le travail de leurs protégés, de l'écriture à la production en passant par l'artwork, l'idée étant évidemment de se forger une identité sonore clairement identifiable sans jamais trop cannibaliser ou diluer les personnalités - et il suffit d'écouter les deux derniers albums de Soulwax, ou les EPs de gens comme Asa Moto pour se rendre compte que cette approche fonctionne à merveille. Pourtant, ces derniers temps, on voit la philosophie du label évoluer, avec un contrôle créatif qui semble moins restrictif. Et là encore, comment ne pas donner raison au duo flamand, dont la structure continue d'enfiler les perles. Dans cette perspective, on pense d'abord au 12" des Sworn Virgins l'été dernier, une des rares sorties de DEEWEE qui n'a été que mixée dans les studios. Ici, on était dans quelque chose très loin de FROM DEEWEE, mais très proche de Moodymann. Carton plein (dans nos petits cœurs du moins).

En ce début d'année, c'est Charlotte Adigéry (aka WWWater) qui montre des signes d'émancipation après un premier EP pour DEEWEE qui respectait bien davantage le cahier des charges imposé par Stephen et David Dewaele. Épaulée par un fidèle de la maison (Bolis Pupul) tout acquis à sa cause, Charlotte Adigéry brille sur un EP qui nous rappelle la démarche de son compatriote Baloji l'année dernière sur 137 Avenue Kaniama : il y a dans cette manière de déterrer ses racines caribéennes une volonté de respect et une absence d'opportunisme qu'on se doit de saluer. Là où c'est le rap qui était dans l'ADN de Baloji, c'est le r&b et la musique électronique qui guident le métissage de la paire Adigéry / Pupul pour un résultat qui, quand il ne revendique pas sa singularité (le tubesque "Paténipat"), renvoie à l'élégance intemporelle d'une Robyn (<3 "Okashi" <3). Que ce soit sous le pseudo WWWater ou en son nom propre, Charlotte Adigéry a néanmoins un très vilain défaut : l'incapacité à briller autrement que sur format court. Certes confortable et moins risqué, celui-ci se révèle également terriblement frustrant quand on y fait étalage d'un tel talent et d'une telle sensibilité. Et si l'on avait pu accepter qu'elle se fasse d'abord un nom en avançant à pas feutrés, Zandoli affiche très ouvertement ses ambitions, ce qui laisse forcément un goût prononcé de trop peu dans la bouche avec sa grosse vingtaine de minutes au compteur. Bref, à l'avenir, on sera un peu moins coulants. Pour le moment, on va surtout se réjouir de voir la Belgique compter dans ses rangs une des plus belles promesses de l'electro-pop mondiale.

Le goût des autres :