Yodh

Mizmor

Gilead Media  |  2016
9 / 10
par Simon  |  le 14 novembre 2016

C’est bête à dire, mais on n’a jamais été égaux devant la souffrance. Tout d’abord parce que chacun porte sur ses épaules un parcours plus ou moins mouvementé, puis aussi parce que la capacité à affronter les choses qui font mal au bide varie en fonction des individus. Ce qui est sûr par contre, c’est que A.L.N., seul membre du groupe Mizmor, a dû en prendre un maximum dans la gueule et ne sait toujours pas comment se départir des choses moches qui ont pu lui tomber sur le coco ces dernières années. Et si ça peut paraître dégueulasse de notre part, c’est un réel bonheur de voir autant de malheur chez un homme ; car la musique de Yodh ne peut être mise en mouvement autrement que via ce genre de réceptacle de tristesse et de haine pures. Tout ici est solitaire, dépressif et terriblement sincère.

Yodh, c'est donc une sorte de doom-metal funéraire inspiré des récents cartons de Bell Witch ou Lycus, contrebalancé par des accès de furie black metal. Le tout donne une œuvre totale, vive dans les oreilles, excessivement accidentée et qui explore tout, les rythmes et les hauteurs, pour peu que ça pue la mort, la solitude et la méchanceté. Une fois dans ce disque, il apparaît difficile d’en sortir la tête, de respirer autre chose que de l’air vicié. La plupart des disques de metal – et de blackened doom dans ce cas-ci – tentent tout ce qu’ils peuvent pour projeter de l’imaginaire sur l’auditeur avec le plus de force possible, tant et si bien qu’une fois les codes intégrés on se retrouve bien souvent à banaliser les efforts quasi cinématographiques de l’artiste. Mizmor est en cela exceptionnel qu’il rappellera la terreur et la solitude qu’on peut éprouver devant une paire d’enceintes, même dans le cœur des plus habitués.

Tout ceci, Yodh le doit à l’intelligence de ses choix dans la mise en place, bien sûr, mais également de la performance vocale de A.L.N., qui n’est rien d’autre qu’une des choses les plus intenses qu’on ait pu entendre ces dernières années. Une fois le disque lancé, cet homme fait de vous sa chose et ce n’est clairement pas une situation enviable. Une œuvre véritablement douloureuse, totale et pleine de rancune qui fait véritablement peur dans l’exposition de ses noirs sentiments.