Yallah Mickey Mouse

CYRIL CYRIL

Bongo Joe Records / Bandcamp  |  2020
8 / 10
par Amaury S  |  le 23 octobre 2020

Yallah Mickey House fait partie des albums qu’il faut apprivoiser pour en savourer la compagnie. Tel un animal sauvage inconnu, il inspire autant la crainte que la fascination. Sans concession, il tentera parfois de nous séduire avec des sonorités suaves et exotiques avant de bondir avec ses riffs acérés. Il joue du flot de parole aussi bien que de la répétition. Il aime ce qui est imagé tout comme ce qui est trivial. Mais d’où sort donc cette créature ?

Yallah Mickey House est le second album de CYRIL CYRIL, groupe genevois composé de Cyril Yeterian et de Cyril Bondi. Ces deux disquaires (issus du groupe Mama Rosin pour l’un et des géniaux La Tene pour l’autre) avaient sorti un premier album intitulé Certaines Ruines en 2018 qui proposait déjà une musique expérimentale aux accents orientaux et psychédéliques.

Pour ce second disque, le duo a fait le choix de pousser le curseur vers quelque chose de plus organique, de plus viscéral. Dès l’ouverture sur "Les Gens", l’efficacité de la basse couplée à l’étrangeté de cette énumération nous plongent dans un univers inconnu mais euphorisant et les changements de rythmes et de sonorités ne font qu’accentuer cette sensation. Ensuite, les titres défilent et les les expériences s'enchaînent. On s’intoxique avec une dangereuse volupté dans "Grisou"; on scande en cadence dans "Président"; on chevauche halluciné sur "Yallah Mickey Mouse". Tout cela est très grisant. 

Mais peut-on résumer cet album à un bouquet de morceaux loufoques et haut perchés ? Assurément pas. Et c’est là que le disque frappe assez fort. Derrière ces allures de bizarreries, ces 40 minutes menées tambour battant sont surtout un témoignage de notre époque qui mêle la politique avec la poésie. Dès le morceau inaugural, les deux Suisses évoquent l’incapacité que l'on a de se retrouver seuls dans ce monde surpeuplé. Plus loin, dans "Animal", cette voix neutre presque glaçante nous assène : "il apparait à présent que la plupart des différences qui nous distinguent de ceux qu’on appelle des animaux sont plutôt d’ordre quantitatif". Que dire d’"Effondrement", où l’on se prend la main en attendant la catastrophe inéluctable. Pas étonnant dès lors de retrouver le Club de Rome dans "Petit Destin".

La peur des lendemains qui déchantent est partout mais l'élégance de l'écriture évite tout pathos. Yallah Mickey House s’avère donc être un rugissement cathartique où s’unissent la fièvre, la malice, le constat, le plaisir, l’espoir et le désespoir. Un mélange étonnant qui enivre, stimule, et apaise en même temps. N’ayez pas peur. Approchez.