X

The Hacker

Different  |  2008
8 / 10
par Jeff  |  le 25 juillet 2008

Dix années d’une carrière entièrement consacrées à la techno, cela se fête. Surtout lorsqu’au cours de cette période, on est parvenu à devenir l’un des artistes électro les plus influents de l’Hexagone. En effet, même si c’est en 1989 que The Hacker à commencer à triturer du vinyle, c’est véritablement en 1998 que décolle sa carrière avec la création du label Goodlife (du nom du classique de Inner City) et la sortie sur celui-ci de Mélodies en sous-sol, son premier album. Après, comme dirait l’autre, ce n’est que du bonheur : des collaborations à la pelle (Kiko, David Carretta, …), des remixes en veux-tu en voilà (Air, Fisherspooner, …), des sets aux quatre coins du globe, le déclenchement de la lame de fond ‘electroclash’ avec sa comparse Miss Kittin et un deuxième album (Rêves mécaniques) pour couronner le tout. Et quoi de mieux pour boucler la boucle qu’un album live agrémenté d’un DVD histoire de régaler les fans?

Enregistré dans sa ville natale de Grenoble il y a de cela deux ans, X est donc une plongée en immersion dans l'univers sombre de Michel Amato. On y retrouve évidemment les meilleures productions de The Hacker dans des versions totalement live, ce qui rend notre plaisir encore plus grand. La tracklist, qui offre un équilibre juste entre les deux albums précités en se permettant d'ajouter quelques titres sortis en maxis, est savamment agencée et donne un album extrêmement cohérent. Dès les premières notes, glaciales, de « Sequence », on pénètre dans un monde habité par les fantômes de la new wave et les plus dignes représentants de la scène de Détroit, Jeff Mills en tête. Les amateurs du genre ne s’y tromperont pas : la réputation de The Hacker n’est plus à démontrer et ce dernier se montre clairement à la hauteur, enchaînant les morceaux avec une extrême précision et parvenant à ne jamais faire baisser son set en intensité. Et comme The Hacker est d'humeur généreuse sur X, au terme des 52 minutes de concert, il nous gratifie de trois morceaux studio exclusifs, enregistrés en studio et se révèlant aussi percutants et inspirés que ceux qu’il nous a été donné de découvrir au cours des dix dernières années – avec une mention spéciale pour « A New Angle » et ses synthés rappelant ceux utilisés par Gary Numan sur « Are Friends Electric ».

Mais alors que nous avons déjà le ventre bien plein, il nous reste encore un beau plat de résistance à nous enfiler, à savoir le copieux DVD qui constitue un addendum essentiel à la captation live. Occasion rêvée d'opérer un retour en arrière sur une période riche en rencontres, expériences et musiques, The Hacker a voulu nous faire découvrir l’univers dans lequel il aime tant graviter et où il retrouve toutes ces personnes qui lui ont permis de vivre sa passion - et ont accessoirement participé au développement de la musique électronique partout dans le monde. Le film de 52 minutes, très classique dans sa présentation, commence donc par évoquer les premières amours de The Hacker et ses premiers bidouillages dans sa chambre sur un Korg MS 20 et les premières raves en compagnie des potes Kiko, Oxia ou Jack de Marseille. Ensuite, c'est l'époque Goodlife, et surtout les cinq années passées en compagnie de Miss Kittin sur Gigolo qui constituent la pièce centrale du documentaire. Grâce à de nombreuses images d'archives et interviews (dont DJ Hell et Miss Kittin), on peut se faire une idée plus claire de la personnalité et des intentions d’un artiste effacé mais extrêmement consciencieux. Il n’y a qu’à le regarder préparer son concert à Grenoble (celui qui se trouve sur le premier CD justement, mais est également repris sur le DVD) pour comprendre que The Hacker ne laisse rien au hasard.

Extrêmement bien fourni et d’excellente qualité, X ne s’adresse pas uniquement aux fans indécrottables de The Hacker. Toute personne ayant un tant soit peu d'affection pour la musique électronique de qualité devrait trouver son compte sur ce CD/DVD permettant de mieux cerner l’un des plus dignes représentants français en matière d’électro. Et quand ce dernier laisse entendre qu'il compte bien explorer de nouvelles voies, moins dark, dans un futur proche, on se dit qu'on est prêt à le suivre les yeux fermés.