Wu-Block

Wu-Block

Module  |  2012
7 / 10
par Jeff  |  le 14 décembre 2012

Sur une échelle de l'enthousiasme allant de 1 à 10 (1 correspondant à ce chat et 10 à ce candidat belge du Juste Prix), cet album collaboratif Wu-Tang Clan / The LOX (aka D-Block) s'est toujours situé dans la fourchette inférieure de l'outil de mesure. Tout d'abord parce qu'en 2012, le Wu (comme  le LOX d'ailleurs) ne fait plus rêver grand monde – et ce ne sont pas les habituels concerts du crew au grand incomplet qui sont de nature à nous rassurer sur sa capacité à nous en foutre plein les mirettes. Ensuite parce que derrière ce projet, on ne retrouve pas les fines équipes pleinement représentées, mais les seuls Sheek Louch et Ghostface Killah – qui ne manquent cependant pas d'inviter les copains, on s'en doute. Alors oui, au regard des récents états de service des protagonistes, on était méfiants. Pire encore, on s'en est battu les steaks. Pour quand même finir par télécharger illégalement le projet, parce qu'il n'y a pas que Rick Ross, A$AP Rocky ou 2 Chainz dans la vie, bordel. Et qu'en plus, aucun de ces trois-là n'est en featuring sur l'album qui nous occupe, ce qui, en 2012, relève un peu du miracle.

Agés respectivement de 42 et 36 ans, Ghostface Killah et Sheek Louch ne sont plus vraiment ce que l'on peut appeler des jeunes loups. En fait, les deux emcees de la Big Apple font surtout penser à ce vétéran de ton équipe de foot. Ce mec deux fois plus gros et deux fois moins rapide que toi, mais avec suffisamment d'expérience pour te mettre dans le vent à tout moment en ayant recours aux mêmex vieux trucs de roublard. Tu sais que le petit tour de passe-passe va te tomber dessus, parce que c'est souvent gros comme une maison, et pourtant tu te fais blouser à tous les coups. Et bien c'est exactement ça un disque du Wu-Block: l'assurance de ne pas être trompé sur une marchandise qu'on sait de qualité. Et vas-y qu'on te sort les mêmes vieilles thématiques éculées (la rue, la drogue, l'alcool, les potes), racontées sur les mêmes vieux sons sous perfusion soul. Et vas-y qu'on s'organise une petite sauterie entre gens biens et surtout interdite au moins de 30 ans: le GZA, Cappadonna, Raekwon, masta Killa, Styles P, Jada Kiss, Method Man ou Erykah Badu, ils sont tous venus.

Forcément, sur papier, le scénario est à peu près aussi prévisible qu'une scène de film porno impliquant une blonde à forte poitrine avec deux mains gauches et un plombier bien gaulé avec deux testicules bien remplies. Mais au fond, on s'en fout, puisque l'ensemble fonctionne à merveille, comme une vidéo taggée #vintage sur YouPorn qui te rappelle tes premières parties de cinq-contre-un dans ta chambrette. C'est bien simple, ce disque pourrait être sorti en 2002 qu'on n'y verrait que du feu. Et la frange des amateurs de hip hop old school pourfendant les excès d'une jeunesse qui ne fonctionne plus vraiment sur les mêmes valeurs étant conséquente, on imagine que le Wu-Block trouvera sans forcer son public de vieux b-boys aigris.