Why Hasn't Everything Already Disappeared ?

Deerhunter

4AD  |  2019
7 / 10
par Maxime  |  le 16 janvier 2019

En presque 15 ans de carrière, Deerhunter a bâti une discographie dans l'ensemble impeccable et inattaquable, composée d’albums ayant chacun leur propre couleur et une saveur distincte, oscillant entre art-rock (Cryptograms, 2007), dream-pop (Halcyon Digest, 2010) et aspérités garage (Monomania, 2013), traçant un sillon éclectique dont il est délicat de faire émerger un seul chef-d'œuvre. Le dernier album en date, Fading Frontiers, voyait quant à lui le combo d’Atlanta se déporter vers un son plus lumineux, et cette nouvelle livraison va plus loin encore dans la démarche.

Soyons clairs d'entrée de jeu : Why Hasn't Everything Already Disappeared ? n'est pas la meilleure galette de Deerhunter. Enregistré dans un Texas rural d’ailleurs mis en avant dans le clip de "Death in Midsummer", le disque est atmosphérique et lorgne volontiers vers les grands espaces, se détournant des efforts psyché des précédents disques de la bande pour aller arpenter des terres plus lo-fi déjà largement défrichées par Pavement. Est-ce à dire que Bradford Cox, à la fois la tête et le cœur de la formation, va mieux ? Peut-être, et dans ce cas on pourrait comparer l'évolution actuelle du groupe à celle de Wilco quand Jeff Tweedy a commencé à vider son cerveau des idées noires qui le tourmentaient. Quoi qu'il en soit, l’album est plus solaire que jamais tout au long de ses 37 minutes où se mêlent sons et instrumentations très travaillés.

Soigneusement construit et écrit avec élégance, Why Hasn't Everything Already Disappeared ? présente moins de saillies qu'auparavant et déroule une forme de nonchalance heureusement jamais surjouée, mettant en avant des structures limpides et des harmonies qui rappellent parfois Spiritualized, le grain de folie en moins. Quelques pistes catchy comme "Plains" ou "What Happens to People ?" font le break, les guitares minimales cédant la place aux piano et clavecin qui, occupant alors une place centrale, font peut-être de ce disque leur plus délicat à ce jour. Mais la noirceur caractéristique de Deerhunter affleure toujours par endroits, et on citera en particulier "No One’s Sleeping", merveille de songwriting dont le propos porte sur le meurtre de la députée travailliste Jo Cox quelques jours avant le referendum sur le Brexit.

L’envie d’unicité se fait sentir à l’écoute de l’album et il sera difficile d’en extraire tel ou tel morceau pour le balancer dans la playlist Essential Indie que ponce votre collègue qui a arrêté d'écouter sérieusement de la bonne musique il y a 6 ans, Why Hasn't Everything Already Disappeared ? fait néanmoins preuve de moins de cohérence d’un point de vue esthétique que Fading Frontiers. Est-ce dû au fait que le groupe a sous-traité la production à d’autres artistes (Cate Le Bon pour la crédibilité indie, Ben H Allen qui a travaillé avec Gnarls Barkley pour l'efficacité) ? En tout cas, le disque prend parfois des virages imprévisibles, à l'image de ces harpes et ces chœurs qui alourdissent des arrangements parfois dispensables. Le tout forme un ensemble légèrement vaniteux par moment, parfois étrange, mais globalement toujours très beau. Car même un disque de Deerhunter en mode mineur reste un excellent disque. Et cela, c'est aussi la marque des plus grands.