West Ryder Pauper Lunatic Asylum

Kasabian

Columbia  |  2009
8 / 10
par Popop  |  le 22 juin 2009

A lire les pages de Goûte Mes Disques, certains d’entre vous se disent sans doute que nous sommes une bande d’amateurs éclairés de musique, des défricheurs d’œuvres délicates, d’ardents défenseurs des esthètes de la pop et des orfèvres du folk. C’est vrai. Il n’y a qu’à parcourir nos billets dithyrambiques sur des artistes comme Shearwater, Elbow, Soap & Skin, Elvis Perkins ou Antony & The Johnsons pour s’en convaincre. Mais pour être tout à fait honnêtes avec vous, il y a un type d’artistes que nous affectionnons particulièrement, un genre trop rare qui mérite pourtant d’être défendu avec toute la ferveur possible : l’authentique groupe de branleurs. Attention, pas n’importe quel type de branleurs hein, les talentueux, ceux qui semblent péter plus haut que leur cul à chaque déclaration mais qui vous décrochent la mâchoire à grands coups d’hymnes imparables.

Cette race, malheureusement, est en voie de disparition avancée. Depuis le lent déclin d’Oasis entamé en 1997, personne n’a été capable de reprendre à plein temps le flambeau du « groupe le plus talentueux ET le plus arrogant du monde ». Oh, il y a bien eu quelques tentatives, on croise régulièrement ici une grande gueule, là une tête à claques, mais rien qui tienne vraiment la route. Le constat est sévère, inquiétant même. Heureusement, le Kasabian nouveau est arrivé, et avec lui, c’est tout un peuple qui reprend espoir. Car avec Sergio Pizzorno et Tom Meighan, la musique britannique a trouvé le couple de branleurs le plus impressionnant depuis les frères Gallagher. Le premier est plutôt du genre branleur intello, un compositeur doué, réfléchi, capable de trouver l’alchimie parfaite pour faire de son groupe une véritable machine de guerre commerciale et culturelle. Le second est un authentique branleur bas de front, un pur ‘lad’ de Manchester, un frontman à la fois charismatique et ridicule – bref, le digne successeur de Liam Gallagher, avec les mêmes errances vestimentaires et capillaires.

Je sais ce que vous allez me dire : « t’es gentil, mais Kasabian, ils en sont à leur troisième album, et on peut pas dire que tout cela soit bien nouveau ». C’est vrai aussi. Mais jusque-là, malgré une poignée de singles hallucinants ("Club Foot", "LSF", "Empire", "Shoot The Runner"), le groupe n’avait jamais réussi à s’imposer sur la longueur d’un album. C’est désormais chose faite avec ce nouvel opus, et ça change toute la donne.

Car malgré son nom à la con et sa pochette immonde, West Ryder Pauper Lunatic Asylum est une œuvre hallucinante de la part de branleurs qui osent tout. Tu veux un concept-album à mi-chemin entre western spaghetti et BO de série Z ? Te voilà servi ! Un mélange de rock, de pop, de dub, et d’électro ? Pas de souci, rajoute aussi une dose de new-wave et de folk pendant que tu y es ! La maison de disques veut des tubes ? Mais bien sûr mon grand, j’ai "Underdog", "Fast Fuse", "Vlad The Impaler", "Fire" et "Where Did All The Love Go ?" à te proposer. Pas envie de choisir ? OK, je te les mets tous, bien disséminés entre deux ballades et un instrumental, histoire de ne pas brûler toutes mes cartouches trop vite.

On résume donc pour les retardataires et les lents à la détente : double uppercut + direct dans le foie + coup de genou dans les valseuses + german supplex = victoire par K.O. Pour tempérer ce quasi-panégyrique, soulignons tout de même qu’au moment de sortir du ring, le groupe se prend un peu les pieds dans les cordes avec "Happiness", un flirt gospel fadasse qui plagie trop ouvertement le Primal Scream de Screamadelica (et donc les Stones de Let It Bleed) pour convaincre totalement. Ce bémol de côté, West Ryder Pauper Lunatic Asylum est le disque de rock britannique qu’on attendait vraiment depuis (What’s The Story ?) Morning Glory, celui que certains ont tenté de nous vendre avec le premier Arctic Monkeys. C’est jouissif, arrogant, moderne et classique à la fois, avec juste la dose qu’il faut de prétention. Bref, c'est indispensable et c’est pour ça qu’il faut absolument sauver les groupes de branleurs : il n’y a qu’eux pour nous pondre des disques pareils !

Le goût des autres :

note : 55/10Nicolas note : 66/10Splinter note : 88/10Soul Brotha note : 99/10Amaury L note : 99/10Thomas P.