Want Two

Rufus Wainwright

Geffen  |  2004
9 / 10
par Popop  |  le 15 février 2004

Il aura fallu un peu plus d'un an à Rufus Wainwright pour tenir sa parole et publier le second volet de la série Want. Il faut dire que malgré ses nombreuses fanfaronnades promotionnelles, le prodige canadien n'avait à la sortie de Want One que quelques morceaux en réserve et sans doute pas de quoi remplir un album. Qu'à cela ne tienne, le coup de bluff a marché, autant auprès de sa maison de disque que de ses fans, et après quelques aller-retours entre le studio et les scènes du monde entier, Want Two est finalement en boîte, joliment empaqueté et accompagné d'un copieux DVD comprenant l'intégralité du concert donné au Fillmore de San Francisco plus tôt dans l'année.

Partant de ce constat, la première crainte concernant cette suite est de se retrouver avec une collection de raretés et d'inédits, vite compilés, mal mixés et mal ordonnés. Un bref coup d'oeil à la tracklist n'arrange pas grand-chose : "Little Sister" suit le chanteur depuis la tournée de Poses, les titres du EP Waiting For A Want sorti sur iTunes cet été, sont tous présents, et "The Art Teacher" est présent en version live, Rufus n'ayant soi-disant pas eu le temps de le réenregistrer en studio. Pourtant, et c'est là qu’est la vraie surprise, il y a une cohérence dans cet album que l'on ne trouvait plus dans les oeuvres du chanteur depuis son premier album éponyme. Les styles abordés sont pourtant variés : "Little Sister" flirte avec Mozart, "Agnus Dei" s’imprègne d’ambiances orientales et de messes latines, "The One You Love" est le tube pop que l'on attendait vraiment depuis "California" et "An Old Whore's Diet" marrie la salsa et la voix d’Antony.

Aussi gargantuesque que son prédécesseur mais plus aéré, plus aérien aussi comme sur "Waiting For A Dream", Want Two est sans doute le disque le plus abouti du canadien, celui qui lui ressemble le plus, à la fois profond et cabotin, sensible et libertin. Abordant à plusieurs reprises et de manière directe l'homosexualité (sur "Hometown Waltz" ou "Gay Messiah", qui avec son évocation d'un baptême au sperme vaut au chanteur son premier sticker 'Parental Advisory Explicit Lyrics'), Rufus Wainwright fait table rase du passé et tente d'exorciser ses démons. Au détour du touchant "Memphis Skyline", il retrouve le fantôme de Jeff Buckley, qu'il avoue avoir longtemps détesté et jalousé avant de le rencontrer en vrai peu de temps avant sa mort.

Ceux qui attendaient désespérément un retour du chanteur au style épuré de ses débuts en seront pour leurs frais. Plus que jamais, Rufus Wainwright apparaît décidé à embrasser tous les styles que son ambition démesurée semble prête à porter. Un talent fou mis au service d’un ego surdimensionné. Qui pourrait rêver plus belle et plus houleuse collaboration ?