Vortex

Kaviar Special

Howlin Banana Records  |  2018
8 / 10
par Pierre  |  le 12 février 2018

Si toutes les personnes partageant notre vie nous considèrent (à raison) comme de parfaits connards misanthropes, il nous arrive parfois de faire preuve d’humanité afin de nous racheter une conscience. Enfin on n’est pas cons non plus: cela n’arrive que lorsqu’on sait que ce don de nous-même nous rapportera rapidement quelques jouissances bien terriennes.

Et autant dire que cette fois on avait flairé le bon coup, à l’heure où tous nos potes se font refaire les fesses au rythme des fluctuations du bitcoin. Car lorsque Kaviar Special s’est retrouvé les poches aussi vides qu’une canette de 8.6 dans les mains d’un punk à chien, le groupe a dû lui aussi compter sur la solidarité et la bienveillance collective pour sortir la tête de l’indigence et boucler son troisième album. Incitant la populace à se la jouer mécène façon Laurent De Médicis 2.0, le groupe est parvenu à renflouer ses caisses et à peaufiner son Vortex, successeur d’un #2 tout bonnement impeccable.

S’il aurait donc été facile de surfer sur une formule ayant déjà fait ses preuves auprès des amateurs de rock crasseux, Vortex démontre que Kaviar Special n’est pas tout à fait rassasié. Tout du contraire même, puisque le son du groupe ne s’est jamais révélé si colossal et monolithique, alternant sans cesse (relatives) accalmies et déferlantes électriques dont les accords oppressants semblent avoir été manufacturés dans les eaux fangeuses du Styx breton.

De fait, il est évident que ce Vortex ne satisfera pas vraiment l’auditeur au pull proprement noué autour des épaules. Cependant, malgré l’indéniable pesanteur que génèrent les onze titres de ce nouveau long format, le groupe s’y révèle également plus audacieux et entreprenant qu’à l’accoutumée. C’est ainsi que Kaviar Special s’aventure plus profondément encore dans les eaux intrépides du surf-rock, et continue de nous foutre en tachycardie même lorsqu’il s’autorise à mimer ses acolytes de Sapin ("Bedroom"), eux aussi les protégés de l’éminente écurie française Howlin Banana Records. Mais c’est lorsque que Kaviar Special est le plus corrosif et le plus menaçant qu’il est également le plus convaincant, en témoignent des titres comme "The Draugr", "Busted", "Roadhouse" ou "Run Away". 

Au final, avec sa classieuse pochette plus aguicheuse qu’un trikini sur une plage de Saint-Malo, Vortex démontre que la Bretagne est tout à fait capable de rivaliser avec la Californie et ses têtes de gondole. Car s’il était jusqu’alors possible d’invoquer l’éclair de génie pour évoquer #2, Vortex nous prouve que ce deuxième album n’était en réalité qu’une rampe de lancement pour un groupe qui fait désormais office de figure tutélaire au sein d’une scène francophone en pleine ébullition.