Virgins

Tim Hecker

Kranky  |  2013
9 / 10
par Bastien  |  le 24 octobre 2013

Vous n'allez pas échapper à cette chronique du nouveau Tim Hecker, puisque le bonhomme est devenu la tête de gondole du mouvement ambient expérimental là où les Fennesz, Keith Fullerton Withman et consorts n'ont jamais réussi  - et c'est d'ailleurs bien malheureux - à dépasser un cercle d'initiés. Et comme le Canadien est aujourd'hui le chouchou de Pitchfork, chacune de ses sorties est guettée avec la même effervescence, et donne lieu à une avalanche de chroniques dithyrambiques. Il faut quand même reconnaître que Tim Hecker a réussi le tour de force d'être apprécié par un public plus large que celui des simples aficionados asociaux qui écoutent de l'ambient, du modern classical ou de l'expérimental. Mais on vous prévient d'entrée de jeu: ceux qui attendent ici un nouveau Ravedeath 1972 peuvent déjà passer leur chemin. Ici, la fan base solide qui appréciait les envolées d'Harmony In Ultraviolet ou de An Imaginary Country sera en terrain connu, quoique...  Et puis Virgins a aussi l'avantage de nous faire oublier l'affreuse collaboration avec Daniel Lopatin sortie l'an dernier. Et rien que pour ça, ce septième effort est salvateur. Enfin soit. La contextualisation c'est bien gentil, mais que peut encore nous proposer le boss de l'ambiant? Et bien la réponse tient en trois mots: énormément de choses.

Virgins est une véritable cathédrale sonore, avec ses recoins sombres et ses mélodies délicatement ciselées, un édifice dont on n'oublie jamais le côté magistral et puissant si cher à Tim Hecker. Construits comme des poupées russes, les morceaux du Montréalais voient des bribes de mélodies d'une piste s'insérer dans un autre morceau pour s'enchevêtrer avec une nouvelle mélodie, avant de se noyer dans un autre thème de piano ou d'être brisées par un mur sonique. Les constructions sont monumentales et très visuelles là où Ravedeath 1972 se voulait plus brumeux et suggestif. Les ensembles dissonants patiemment et douloureusement montés sont prêts à s'effondrer à chaque instant, donnant à Virgins à la fois de la puissance et une certaine fragilité. L'auditeur sera souvent pris de vertiges en se laissant happer par ces mélodies qui se dérobent sous ses pieds. Beaucoup moins taillé pour une écoute passive que Ravedeath 1972, Virgins demande une concentration maximale. L'ambient est une musique d'égoïste (de connard?) par essence, et Virgins n'échappe pas à la règle. Cloitrez-vous et écoutez ce truc à fond et en boucle. Effets garantis.