VII

Koba LaD

Def Jam France  |  2018
7 / 10
par Jeff  |  le 2 octobre 2018

Si l'on prend pour point de départ son "Freestyle Ténébreux #1"et ses 15 millions de vues, on réalise que dix mois seulement auront suffi pour faire de Koba LaD le nouveau prince du rap français, jalousé par la nouvelle garde, adoubé par la vieille école - Booba en tête. Si l'on dit souvent que les carrières dans le rap se font (et se défont) en moins de temps qu'il n'en faut à un Soundcloud rapper pour passer l'arme à gauche, on a rarement connu ascension aussi fulgurante dans le double H hexagonal. En même temps, le gars d'Evry s'inscrit parfaitement dans deux tendances lourdes: celle incarnée par le mastodonte Def Jam France qui cherche à renouveler son catalogue d'abord, et celle d'une économie du rap qui recherche des personnages hors du commun avant de chercher des rappeurs au sens traditionnel du terme ensuite.

Il n'empêche: voir Koba LaD débarquer en ce début du mois d'octobre avec un premier album studio est d'abord une source d'inquiétude quand on voit combien il est compliqué, même pour des rappeurs bien mieux établis de lui, de sortir un produit digne de ce nom et qui soit autre chose qu'une poignée de gros singles noyés dans un océan de remplissage fadasse. Ce qui nous ramène déjà à la jalousie évoquée quelques lignes plus haut: vu ce qu'on entend sur VII, difficile de ne pas imaginer ses coreligionnaires maigrir à vue d'œil devant une telle démonstration de force tranquille. Car d'un bout à l'autre de VII, c'est un rappeur "larger than life" qui occupe le moindre centimètre carré d'espace libre, rappant probablement moins qu'il chante ses histoires de bicrave et de domination du binks à la façon d'un Young Thug avec qui on peut difficilement nier la filiation, que ce soit pour l'élasticité de son flow que pour les productions sur lesquelles il affectionne l'y poser. 

Pourtant, réduire Koba LaD à une simple resucée des exploits de l'OVNI d'Atlanta serait une erreur, tant il y a suffisamment d'indices déposés aux quatre coins du disque qui nous laissent penser que si le potentiel est correctement exploité et la carrière judicieusement gérée (une gageure quand on est dans le giron Def Jam France), on arrêtera vite les comparaisons et on oubliera vite les petits défauts du disque. Au premier chef de ceux-ci, il y a un tendance à parfois en faire des caisses (comme sur "Train de vie") et des textes qui tournent assez vite en rond vu le nombre restreint de thématiques abordées et l'incapacité récurrente à trouver des solutions lexicales qui atténueraient ce phénomène - à raconter à longueur d'album qu'il faut charbonner plus pour gagner plus, on se dit que rarement on a entendu rappeur aussi sarkozyste. Mais ces vilains défauts sont globalement contre-balancés par le magnétisme d'un Koba LaD qui parvient à rendre ses textes secondaires, voire carrément inutiles quand il s'en sert davantage comme un instrument mélodique que comme le vecteur d'une vision de son monde. 

Face à une telle ascension, il est difficile de prédire la trajectoire qu'empruntera la carrière de Koba LaD ou de dire s'il en a suffisamment dans le bide pour continuer à faire évoluer son personnage sans jamais déraper, mais le simple fait qu'il soit parvenu à se mettre une jeunesse et une industrie à ses pieds en un disque seulement, qu'il soit autant capable d'être dans le banger pour ter-ters de France ("Oyé", "Everyday") que dans le potentiel tube franceinterisable ("Recul") mérite qu'on profite de VII tant qu'il en est encore temps.    

Le goût des autres :