Variables

Magda

Items & Things  |  2012
7 / 10
par Simon  |  le 17 septembre 2012

Il est assez étonnant de voir la manière avec laquelle la cote de popularité de M_nus a chuté, et de manière inversement proportionnelle, celle avec laquelle Items & Things s’est élevée. Une histoire de dissension, dont on ne connait toujours pas le fin fond de l’histoire. On imagine sans doute que le gigantisme de Richie Hawtin a fini par lui causer sa perte. Un constat qui se vaut en dehors du cas présent : au fur et à mesure que M_nus marchait en référence sur les terres techno et house minimal, les identités de Magda, Marc Houle et Troy Pierce se sont vues proportionnellement  grandissantes, jusqu’à jouer les semblables avec Monsieur Hawtin. C’est donc en esclaves affranchis que ces trois-là, représentant depuis bien longtemps les dernières cendres créatrices de M_nus, ont décidé de se tailler la part du gâteau, cette fois sans celui qui est devenu aujourd’hui sa propre caricature. Items & Things étonne, M_nus déçoit. Un passage de témoin en règle, sans accroc ni scandale.

Alors ce label, représenté par un triangle qui symbolise l’union de ses trois pères fondateurs, ne s’est pas contenté d’être la doublure de M_nus, il s’en est allé chasser sur des terres bien différentes. Et c’est là le gros coup de force de la structure. Si le propos reste indéniablement house, fini de prendre des postures minimal-aqueuse pour plaire. Ici le groove est résolument disco. Mais on ne parle pas de la frange prout prout du business et les influences proviennent presqu’intégralement de la scène italienne : les films d’horreurs des 70’s, Dario Argento en tête, les arpeggio qui délirent et les effets spéciaux au stabilo. On retrouve les Goblins à tous les coins de tracks. Mais pas que. On sent qu’ici, tout fonctionne à l’instinct, tout le monde se fait plaisir: on célèbre l’electro-funk minimaliste de Drexciya, on va même jusqu’à tirer sur les cordes de l’electro-glam carrément sombre qui a fait le succès d’International Deejay Gigolo Records à ses heures de gloire. Si on rajoute cette foutue tendance à jouer la scène selon des critères ralliant la scène minimal (cette relance permanente du kick et cette manière de jouer droit), on finit avec un produit qui ne ressemble plus à aucun autre. C’est le grand intérêt du label.

Cette sélection mixée, composée exclusivement de titres du label, a beau se distinguer de ce qui restera son demi-frère désavoué, Items & Things n’en garde pas moins que le son plus gros trait de caractère: la cohérence. Il était facile, mais juste, de qualifier M_nus de « label total », comme si intégrer l’équipe signifiait renoncer à sa propre identité. L’esthétique du label passait avant le nom même de celui qui le faisait vivre. Un code de l’honneur qui fera passer le label pour l’une des plus grosses teams de la musique électronique (constat que l’on retrouve aujourd’hui au sein de la scène techno, et plus particulièrement chez des labels comme Ostgut Ton ou Stroboscopic Artefacts), et tant pis pour les individualités. Items & Things reproduit le même schéma, celui du label vu comme un tout, où chaque personne est une pierre à un édifice reconnaissable de loin. Tout cela marche tant qu’il y aura de la créativité. Quand les poussins d’hier se voudront les lions de demain, il faudra peut-être revoir sa copie. D’ici là on est tranquilles. Jusqu’à la prochaine révolution de palais. Plus qu’une simple déclaration d’intention – le label a été trop actif sur presque deux ans pour cela – Items & Things propose un programme politique à l’échelle d’un label entier. Et c’est plutôt costaud.