Vaporware/Scanops EP

Bee Mask

Room40  |  2012
9 / 10
par Simon  |  le 10 novembre 2012

En juillet de l’année passée se révélait au monde le jeune Bee Mask, producteur arrivant d’emblée sur Spectrum Spools, filiale de l’énorme Editions Mego. On ne fera pas les archivistes, ce disque on a oublié de le chroniquer (même s’il possédait d’indéniables qualités). Ce qui est sûr par contre, c’est que ce Vaporware/Scanops, il ne faudra le rater sous aucun prétexte tant on est ici dans le divin. Présenté sur Room40 – label de l’émérite Lawrence English – le nouveau disque de Bee Mask s’appréhende comme un véritable conte en deux temps : deux titres éponymes pour une demi-heure d’aventure électronique. Et pas une seconde à mettre de côté.

Il est difficile de chauffer l’auditeur potentiel tant le disque est narratif, mutant et perpétuellement dans la recherche d’un ailleurs sonore. « Vaporware » commence sur une ambiance typique de Dopplereffekt ou Drexciya, la proto-techno amoureuse de science-fiction sort de partout, et elle va vite gonfler sous des souffles vocaux tout aussi technoïdes. La piste n’en finit pas de monter, se gave d’ambient et trouve son climax avec une quiétude impressionnante. On se dit qu’on est bons pour redescendre avec la même sagesse, mais ce titre refuse de s’arrêter et va s’incarner en claviers modulaires cosmiques, tournoyant sur la même base narrative, melodica en prime. Le final est à la hauteur du « Nanou » d’Aphex Twin, et on ne déconne pas avec ces choses-là. Après une quinzaine d’écoutes, on peut le dire sans trop de risques : « Vaporware » est proche de la perfection, et il enterre l’intégralité de ce qui a pu se faire cette année en matière de musique électronique.

Après ça, il revient à « Scanops » de présenter sa copie : rude comme passer en examen oral après le futur prix Nobel de chimie de ta promotion. Et pourtant, Bee Mask prouve là que sa prose a véritablement atteint un nouveau seuil de magnificence, que rien de tout cela n’était du au hasard. « Scanops » est un titre résolument vocal, qui s’installe dans des ambiances presque witch-house pour la tentation de l’éther pitché et balancé à géométrie variable. Une infrabasse drone donne de la densité à l’ensemble, on fait péter des carillons en fond et on travaille sur de l’électronique analogique pour habiller le tout. Le travail pur sur laptop prend des allures de gisement, on y entend de la masse qui bout, le cœur du volcan, jusqu’à son explosion en milieu de titre. C’est beau à en pleurer de contemplation.

On s’excuse du côté très académique – et probablement pourrie – de cette description carrée de cet EP. On voulait juste que vous preniez la pleine mesure de ce qui se passe à l’intérieur de ce disque. Entre inspirations techno, kosmische musik, ambient, witch-house, electronica et électro-acoustiques, cet EP/album envoie tout valser, véritablement. Aucun vague à l’âme approximatif, pas de tentative ésotérique, Bee Mask travaille l’instant avec un réalisme et un romantisme d’une profondeur insondable. Une demi-heure au-dessus des nuages, qu’on recommande comme un des vinyls de l’année.