Useless Coordinates

Drahla

Captured Tracks  |  2019
8 / 10
par Jeff  |  le 9 mai 2019

Si l’on situe la naissance du post-punk vers la fin des années 70, cela fait une quarantaine d’années que ce courant musical passionnant existe, alternant entre périodes d’accalmie relative, d’indifférence polie et d’emballement disproportionné. Et d’emballement disproportionné, on peut en parler quand on voit la facilité avec laquelle de nombreux groupes ou artistes voient leur cachet connaître une croissance exponentielle et leur place sur les affiches des festivals revalorisée – en effet, qui aurait pu parier il y a encore un an que des formations comme les Viagra Boys ou Fontaines D.C. seraient les nouvelles indie darlings. Ce constat ne doit pourtant pas nous éloigner de l’essentiel : hype ou non, des bons disques de post-punk, il n’arrête jamais d’en sortir.

Remarqué ces deux dernières années par une poignée de titres tous excellents, Drahla profite d’un climat favorable pour sortir son premier album sur Captured Tracks, label brooklynite tout à fait recommandable à qui l’on doit des disques de DIIV, Wild Nothing ou Mac DeMarco. Avec un cahier des charges qu’on pourrait définir comme « jamais vraiment dans l’originalité mais résolument dans la tendance », Captured Tracks se révèle alors un tremplin idéal pour le groupe de Leeds, très respectueux d’un passé post-punk / art rock dont il maîtrise superbement les codes. Car c’est une évidence : ne comptez pas sur Drahla pour faire gambader sa musique vers des territoires inexplorés. Par contre, si vous voulez cimenter des convictions qui font de Joy Division, Sonic Youth ou Wire les plus grands groupes du monde, ruez-vous sur Useless Coordinates.

Pourtant, il serait injuste de limiter le travail du groupe à celui d’un bon moine copiste – même si on a rarement entendu une imitation de Kim Gordon aussi bluffante. Grâce à une énergie folle, une intensité de tous les instants (on sent que le disque a été mis en boîte en 10 jours seulement), une stratégie du chaos parfaitement maîtrisée (et bien aidée par un saxophone qui intervient peu, mais toujours au bon moment) et une symbiose absolue entre ses différents membres (écoutez donc « Twelve Divisions of the Day » ou « Serenity »), Drahla parvient à rendre sa musique plus importante que les modèles auxquels on le renverra sans cesse, à marquer son époque quand on voudrait essayer de les enfermer dans les années 80. 

Et si l’on peut imaginer que le nième retour en grâce du post-punk s’accompagnera de la médiatisation inutile et disproportionnée de petits merdeux opportunistes, il restera toujours des formations comme Drahla pour nous ramener dans le droit chemin et nous rappeler que c’est en ne jouant pas avec la hype mais en s’en accommodant intelligemment que l’on s’offre une carrière et une respectabilité.